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L’analyse des résultats définitifs des scrutins du 6 novembre

ImageAlors que Barack Obama va prêter serment pour un second mandat, lundi 21 janvier, retour sur le sens du vote des Américains.

Participation « forte »

L’abstention a augmenté depuis 2008 mais pas si fortement que ne le laissaient supposer les derniers sondages avant le vote : on compte 129, 134, 843 millions de bulletins exprimés (l’ouragan Sandy est responsable d’un million de voix manquantes environ) contre 131,463,122, soit un taux de participation de 72,5% des électeurs inscrits contre 74,4% lors du précédent scrutin précédent. Le phénomène de non-inscription sur les listes électorales étant massif aux Etats-Unis, les spécialistes mesurent par rapport à la population en âge de voter (PAV). En 2008, cela donnait 58,3%. Nous ne disposons pas encore du chiffre pour cette élection mais il devrait être inférieur. 2008 et 2012 (ainsi que 2004) s’inscrivent dans la moyenne plutôt haute des participations électorales de ces trente dernières années. Après les années Bush père-Clinton, les mandats de « W. » Bush, très « clivants », ont eu pour conséquence de remobiliser l’électorat.

Nette victoire de Barack Obama

Le président sortant a 65,9 millions de voix, en recul de 3,5 millions par rapport à 2008 (69,5 millions). Il est le premier président depuis Eisenhower à obtenir plus de 51% des voix lors de ses deux élections (52,87% en 2008, 51,03% en 2012). Ces chiffres confirment l’analyse de certains chercheurs (dont Ruy Teixeira) qui avaient prédit l’émergence d’une majorité durable pour le parti démocrate, conséquence des bouleversements démographiques qui voient la part des WASP (blancs anglo-saxons protestants) décliner au profit de celle des minorités (37% de la population), dont les Latinos sont désormais les plus importants représentants avec 16% de la population. Ils ont constitué 10% de l’électorat de novembre dernier et ont voté à 72% pour Obama et 27% pour Romney. C’est grâce à ce vote que le président sortant est réélu.

Le bon score d’Obama est à mettre au crédit du « vote » stratégique d’électeurs déçus (dont de  nombreux Latinos) par son premier mandat mais qui n’ont pas voulu, pour autant, la victoire de l’ultra-droitier parti républicain. Cette mobilisation de dernière minute est particulièrement visible dans les « swing states » où l’abstention a été moins forte (sauf dans l’Ohio industriel) en 2012 qu’en 2008 (contrairement à l’évolution nationale),

Le plafond républicain

60,5 millions de suffrages pour Bush en 2004. 59,9 pour McCain en 2008 et 60,9 pour Romney : alors que la population américaine a augmenté de 35 millions d’habitants en dix ans et le nombre d’électeurs enregistrés de dix millions, l’électorat républicain stagne. La force (de nuisance) du parti de l’éléphant, réside dans la mobilisation permanente et la cohérence de sa base sociale. Son « petit » problème est que cette-dernière, dont les Blancs évangéliques sont le pilier, est en déclin numérique.

Parlement : les démocrates majoritaires en voix mais minoritaires en sièges

Les candidats démocrates ont obtenu, aux élections à la Chambre des représentants qui se sont déroulées le même jour que le scrutin présidentiel, 1,4 millions de voix de plus que leurs adversaires. Pourtant, ces derniers ont gardé leur majorité (233 à 200 malgré une perte de neuf sièges). L’explication ? Le redécoupage électoral. Après le recensement de la population de 2010, les Etats les plus dynamiques démographiquement (dans le Sud notamment) ont gagné des sièges. Les législatures et gouverneurs républicains qui y sont en place, chargés de la nouvelle carte électorale, ont sorti les ciseaux de compétition. Exemple : le Texas qui a gagné 4 sièges grâce à un boom démographique dont les Latinos, qui votent massivement démocrate, comptent pour 80%. Le parti républicain a gagné trois des quatre nouvelles circonscriptions dont il faut voir le dessin tortueux pour comprendre tout le mal que les « charcuteurs » se sont donnés (voir ci-dessous l’exemple de l’aire métropolitaine de Dallas)… Voilà comment un parti minoritaire lors des scrutins de novembre peut bloquer la politique américaine.

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Débat à Montpellier le 16 janvier

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Falaise fiscale : deux, trois choses sur l’acte I

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La grosse frayeur est passée : les Etats-Unis n’abordent pas l’année  en situation de défaut de paiement. Mais l’accord trouvé in extremis ne donne que deux mois de répit : fin février, la question du plafond de la dette se reposera. En attendant l’acte II, que retenir de l’acte I ?

–          Mini-défaite pour les Républicains.

On aurait pu aussi écrire : mini-victoire pour Obama. Mais comme ce sont les Républicains qui détiennent la majorité au Congrès et qui ont décidé de faire de l’obstruction systématique, prenons le compromis dans ce sens-là. 238 représentants et 41 sénateurs membres du Grand Old Party avaient en effet signé « l’engagement de Norquist », du nom de l’ultra-conservateur républicain. L’engagement ? Refuser toute hausse d’impôt fédéral, quelle qu’elle soit. Certains des appelants se sont déjugés et ont voté l’accord qui s’est dessiné à l’heure du réveillon. Les impôts augmenteront bien pour les familles gagnant plus de 450.000 dollars par an (400.000 pour un célibataire). Le relèvement est modeste (de 35 à 39% pour les revenus salariaux et de 15 à 20% sur les dividendes). Durant sa campagne, Barack Obama avait fixé le seuil à 250.000 dollars. Il a transigé mais on peut légitimement considérer qu’il a marqué un point sur le principe même si l’épisode signe un énième échec de sa stratégie de recherche de solutions « bipartisanes ».

–          Confirmation de la polarisation croissante de la vie politique

Si quelques républicains – des sénateurs, surtout – ont abandonné en rase campagne la vache la plus sacrée de leur parti, une immense majorité des élus ont refusé de transiger. On peut trouver l’une des explications dans une enquête récente de Nate Silver, le « M. Sondage » du New York Times (http://fivethirtyeight.blogs.nytimes.com/2012/12/27/as-swing-districts-dwindle-can-a-divided-house-stand/?emc=eta1). En 2012, le nombre de circonscriptions disputées n’a jamais été aussi faible (35 contre en 1992) et celui des districts ultra-bleus ou ultra-rouges jamais aussi élevé : 117 pour les démocrates (contre 65 en 1992) et 125 pour les républicains (58 en 1992). A Washington, les députés sont en quelque sorte les porte-paroles fidèles de leurs électeurs, nous dit le journaliste. Le redécoupage de 2010, effectué suite au recensement de la population, a renforcé l’homogénéité sociale et politique des districts électoraux. La seule chose que peut craindre un représentant républicain élu avec 75% des suffrages c’est d’être concurrencé sur sa droite lors des prochaines primaires s’il ne s’avère pas assez ferme sur les « fondamentaux ». Comme les représentants sont élus tous les deux ans…  Et comme les électeurs républicains se radicalisent… Le processus vaut aussi pour le côté démocrate de l’échiquier, aussi bien avec la radicalisation des électeurs eux-mêmes (voir dans le précédent post la façon dont les démocrates déclarés abordent le sujet de la falaise fiscale : https://presidentiellesamericaines.com/2012/12/26/mur-fiscal-ce-quen-pensent-les-americains/) que des députés. Les rangs du « caucus » progressiste au Congrès, créé en 1991 (http://cpc.grijalva.house.gov/), n’ont jamais été aussi bien garnis. Il est désormais le plus important « caucus » parmi les élus démocrates tandis que le caucus des « blue dogs » (démocrates conservateurs) est passé en quelques années de 54 à 14… Pour information, le graphique en tête du poste montre que les courbes de la polarisation à la chambre des représentants celle des inégalités sociales (mesurées par le coefficient de Gini) s’épousent parfaitement, comme les travaux de Nolan McCarty, Keith T. Poole et Howard Rosenthal l’ont mis en lumière dès 2006 (voir http://voteview.com/polarized_america.htm). Pour un tableau complet de cette polarisation : http://www.people-press.org/files/legacy-pdf/06-04-12%20Values%20Release.pdf.

– Comme les économistes prévoient un accroissement des inégalités dans les années à venir…

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Armes à feu : Los Angeles contre l’Utah

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Depuis quelques jours, il n’y en a que pour l’Utah. Des dépêches, des articles qui reprennent les dépêches, des reportages télés. Jeudi, 200 enseignants (contre une quinzaine habituellement) ont participé à la formation annuelle au maniement des armes. Quelques semaines après le massacre de Newton, chaque média y voit évidemment une progression d’une réaction inspirée par la NRA (National Rifle Association), le puissant lobby, qui, par la voix de son président, a déclaré la semaine dernière : « Le seul moyen d’arrêter un méchant armé d’un revolver, c’est un gentil armé d’un revolver. »

On a même eu droit au titre ou au lancement : « l’idée fait son chemin aux Etats-Unis ». Il est évident que la peur entretenue après Newton a provoqué, chez de nombreux Américains, une position de repli et d’armement. Mais encore faut-il préciser que l’Utah, dont on fait le théâtre de tout un pays, est le 45e Etat par sa population (2,7 millions d’habitants dont 60% de mormons), que c’est un bastion du parti républicain (Romney, régional de l’étape, y a recueilli 72% des suffrages), très lié à la NRA, et qu’il figure déjà dans le peloton de  tête des Etats avec le plus fort taux d’armes par habitant.

Il y a une autre Amérique dans sa façon de se comporter après Newton : c’est l’Amérique de Los Angeles (3,8 millions d’habitants soit 40% de plus que l’Utah), bastion démocrate (Obama y a décroché trois-quarts des suffrages). Mercredi, la ville a réalisé une opération d’échange d’un type un peu particulier : des bons d’achat contre des armes à feu. 100 dollars pour un pistolet, 200 pour un fusil d’assaut. « Je pense que tout le monde a été traumatisé, a déclaré Antonio. Villaraigosa, le maire. Les gens se sont dit ’’on ne va pas attendre le Congrès, j’en ai marre des débats interminables sur la législation des armes à feu, je veux agir. » »  Bilan : 2037 armes à feu, dont 75 armes d’assaut et deux lance-roquettes, récupérés.

Sur la question des armes à feu, Los Angeles et l’Utah symbolisent parfaitement le bras-de-fer à l’œuvre aux Etats-Unis. Mais que l’on cesse de nous faire croire, par des reportages qui cèdent toujours au sensationnalisme et au cliché, que toute l’Amérique est à l’image de l’Utah…

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« Mur fiscal » : ce qu’en pensent les Américains

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Dans quelques jours, si rien ne change, les Etats-Unis finiront dans le « mur fiscal ». Enfin, ils se préparent surtout à sauter dans le vide puisque outre-Atlantique, il s’agit du « fiscal cliff ». Allez savoir comment une « falaise » est devenue un « mur », ici… Bref. Les Républicains font de l’obstruction, comme d’habitude. Et Barack Obama fait des concessions (comme d’habitude), pourtant considérées comme insuffisantes par ses adversaires (encore et toujours, comme d’habitude). Et si nous sortions un peu du face à face Maison Blanche-Capitole pour savoir ce qu’en pensent les Américains. Une enquête réalisée par le très sérieux Pew Research Center.

Commençons par les mesures rejetées.

56% sont opposés à au recul de l’âge d’éligibilité (actuellement 65 ans) à Medicare (le système de protection sociale pour les seniors), 55% à la baisse des dépenses militaires. 55% également au recul de l’âge de la retraite (55%). 58% disent « non » à la réduction des fonds publics pour les services sociaux et 77% à celle du budget de l’éducation.

Les mesures majoritaires, désormais.

Réduire les pensions de retraite pour les hauts revenus : 51%

Réduire les prestations Medicare pour les plus hauts revenus : 51%.

Augmenter le taux d’imposition sur les revenus du capital et des dividendes. : 52%.

Limiter les défiscalisations : 54%.

Augmenter les impôts pour les revenus de plus de 25000 dollars : 69%

Apparaît clairement une option : celle de faire payer leur «  part juste » (fair share) aux plus hauts revenus qui ont bénéficié de deux plans de réductions massives sous Bush (2001 et 2003) et qui n’ont jamais été aussi peu imposés depuis les années 20.

Si l’on entre dans le détail en fonction du positionnement partisan des personnes interrogées, on peut tirer quelques enseignements intéressants :

–          La mesure phare de l’augmentation des impôts pour les plus riches reçoit l’assentiment des démocrates (86%), mais aussi des indépendants (68%) et même des républicains (52%). La position « ultra » sur ce sujet (comme sur d’autres) des élus républicains au Congrès ne reflète même pas l’approche de leur électorat. Obama pourrait (devrait) en jouer.

–          Tout comme il pourrait (devrait) s’appuyer sur la grande cohérence politique de sa base sociale et électorale. Que pensent les électeurs démocrates ? Qu’il faut augmenter les impôts pour les plus riches (86%), on l’a vu. Mais aussi, contrairement aux électeurs républicains,  qu’il faut réduire le budget militaire (57%), ou augmenter le taux d’imposition sur les revenus du capital et des dividendes (62%).

Bref, l’opinion publique est clairement derrière Obama. Comment s’en servira-t-il contre les Républicains. S’en servira-t-il, simplement ?

 

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Derrière les petites phrases, le consensus Obama-Romney

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Quelques « zingers ». Deux, trois divergences. Mais finalement un consensus. Voilà le bilan que l’on peut tirer du troisième et dernier débat présidentiel. Ah, oui, autre leçon aussi : les femmes journalistes sont bien meilleures que les hommes, Bob Scheiffer s’étant montré aussi incapable que Jim Lehrer de conduire la confrontation alors que Candy Crowley (deuxième débat Obama-Romney) et Martha Raddatz (débat Biden-Obama) avaient joué leur rôle de journalistes.

Revenons à cette ultime joute qui portait sur la politique étrangère.
Commençons par le plus futile : les « zingers », donc. Des phrases-choc. Il y en eut deux, toutes deux provenant d’Obama. «Romney propose une politique étrangère des années 80, une politique de société des années 50 et une politique économique des années 20. » Bing. Et à Romney qui répétait pour la millième fois que la flotte américaine n’avait jamais eu aussi peu de bateaux depuis 1917, Obama a rétorqué qu’il y avait également « moins de chevaux et de baïonnettes ». Bang.

Romney a essayé de se démarquer du président sortant en tentant de l’affaiblir dans l’affaire de l’assassinat de quatre Américains à Benghazi, en l’accusant de nouveau d’avoir fait une « tournée de repentance » au Moyen-Orient sitôt élu, en le décrivant comme un mou face à la Russie et à la Chine. Obama a rétorqué en soulignant les incohérences et les changements de pied de Romney d’un débat à l’autre et encore n’eut-il pas le temps de toutes les mettre en lumière tant elles sont nombreuses.

Finalement, le candidat républicain s’est rangé derrière la politique du président sortant dans de nombreux domaines, notamment celle de l’utilisation des drones dans le cadre de l’action anti-terroriste. Les deux ont répété que la puissance américaine était « indispensable » (le mot est d’Obama mais Romney a opiné du bonnet) au monde. A part ça, dans ce débat sur la politique étrangère, pas un mot sur l’Europe, pas une phrase sur l’Amérique latine, pas un échange sur les négociations de paix israélo-palestiniennes.

C’était vraiment à celui qui montrerait qui est le meilleur « commander in chief ». Comme Obama en porte légalement les habits, logique qu’il l’ait emporté sur ce terrain. Et d’un commun accord, on a donc évité les vrais sujets, par exemple : le reste du monde pense-t-il que les Etats-unis lui sont « indispensables » ? quelle place pour la puissance américaine dans un monde qui sera forcément plus équilibré dans une génération ?

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23 octobre 2012 · 1212 56

Lu dans la presse: un plaidoyer pour l’Obamacare

Chronique à la fois très politique et très émouvante de Nicholas Kristof dans l’édition dominicale du New York Times. Il y raconte l’histoire de Scott Androes, son colocataire à l’Université d’Harvard il y a plus de trente ans, actuellement hospitalisé. L’homme, âgé de 52 ans, a un cancer de la prostate diagnostiqué très tardivement, pour une seule raison : il n’avait pas d’assurance… La chronique est rythmée par des extraits du mail que Scott a envoyé à Nicholas Kristof. Il explique, qu’après avoir quitté son job en 2003, il n’a pas acheté d’assurance en raison du coût exorbitant. (La majorité des assurances sont liés à l’emploi et sont « fournis » par l’employeur). En 2011, première alerte : du sang dans les urines. Scott consulte… Internet mais pas un médecin, qui lui aurait coûté des centaines de dollars. Une fièvre de 40 degrés l’oblige bientôt à aller voir un spécialiste. Le diagnostic est établi : cancer de stade avancé. Scott est pris en charge par une équipe médicale hautement qualifiée, dont certains médecins ne lui envoient pas les factures d’honoraires… Même s’il dispose d’un programme dit « de charité » de l’hôpital qui l’exonère de l’immense majorité de la facture (actuellement 550000 dollars), il va y laisser son plan épargne-retraite, probablement, sa vie, aussi.

Le chroniqueur cite une étude de l’Urban institute : en 2008, 27000 Américains, entre 25 et 65 ans, sont morts prématurément parce qu’ils n’avaient pas d’assurance-santé. Il est fort probable que le nom de Scott Androes vienne s’ajouter à la liste. Conclusion de Nicholas Kristof : cette élection a le pouvoir de sauver d’aider à sauver beaucoup d’autres vies de personnes qui n’ont pas d’assurance (référence à l’abrogation d’Obamacare promise par Romney, NDLA).

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Quand Romney mange le terrain d’Obama

Le temps d’un débat, le candidat républicain s’est recentré. Du coup, le président sortant, centriste invétéré, n’avait plus beaucoup d’espace pour lui… Et comme il a mal négocié sur la forme ce premier rendez-vous, toute la presse américaine écrit et dit : avantage Romney. Explications.

ImagePour l’immense majorité des milliers de journalistes présents à l’Université de Denver et des milliers de reporters et observateurs arrimés devant leur poste de télé, le débat présidentiel s’annonçait ennuyeux et inutile. C’est la loi du genre. Et pour deux exceptions pour lesquelles ce genre de joute a fait pencher la balance en faveur de l’un des deux prétendants (Kennedy en 1960 et Bush en 2000), combien de confrontations sans effets politiques. Il est évidemment trop tôt pour mesurer si la confrontation intellectuelle de mercredi soir entre Barack Obama et Mitt Romney rentrera dans la catégorie des grands basculements mais elle a déjà produit une surprise : Obama, disons-le comme cela, a été mauvais et Romney s’en est bien sorti. Ce jugement tient à la fois de la politique et du caractère, une élection aussi personnalisée qu’une présidentielle relevant forcément des deux.

Romney, combattif et « centriste » d’opportunité

Ses conseillers redoutaient une gaffe, dont l’ancien gouverneur du Massachusetts est un grand spécialiste. Ils n’en ont pas eu à en déplorer une seule. Mieux, Romney s’est montré à l’aise, combattif, réactif, maniant l’humour et l’ironie. Il n’a pas été pris en défaut sur les grands dossiers abordés (économie, impôts, protection sociale).

Mais la vraie « nouvelle » de la soirée tient dans la tentative de recentrage du candidat républicain. Cela prouve déjà que les recettes ultralibérales proposées depuis des mois par le ticket Romney-Ryan n’ont pas trouvé un écho suffisant dans l’opinion publique. Attaqué à d’innombrables reprises par Obama sur les baisses d’impôts pour les plus riches, Romney a rétorqué à chaque fois qu’il ne baisserait pas les impôts pour les grandes fortunes. Il a de même assuré qu’il ne remettrait pas en cause la Sécurité sociale (système de retraites) et les programmes d’assurance-maladie pour les plus de 65 ans (Medicare) et les plus pauvres (Medicaid). Il a même promis de les sauver en les réformant sans jamais donner une once de début de solution. Si l’équipe Romney a manifestement décidé de gommer les aspects les plus « ultras » du programme républicain, elle n’a pas pensé à un « plan B ». Le candidat républicain n’a donc formulé aucune proposition concrète sur les grands sujets. Il n’a tout de même pas voulu démobiliser la base républicaine et a multiplié les professions de foi contre le gouvernement et pour la responsabilité individuelle. Ce qui, en creux, dessine un programme que Romney ne parviendra certainement pas longtemps à masquer…

Obama, professoral et… « centriste » convaincu

On ne sait si ses conseillers le redoutaient (rien n’avait vraiment transpiré dans la presse) mais ils ont vu, mercredi soir, le pire d’Obama. Côté prestation pure, le président sortant est apparu irrité (ah, la technique du « split screen » par laquelle on voit les deux débatteurs, celui qui parle et celui qui réagit), parfois suffisant. Plus Romney se montrait pugnace, plus Obama s’abandonnait à son vieux défaut : un ton professoral, monotone et ennuyeux.

Sur le fond de son discours, les progressistes les plus critiques diront qu’il a débattu comme il a gouverné pendant quatre ans : il ne s’est pas battu, il n’a même pas essayé. Après 1h30 de débat, on se demande encore quelle est la vision du monde d’Obama. Sans parler de son projet : comme Romney, il n’a quasiment pas formulé de propositions concrètes. Certes, il se dit favorable à une éducation pour tous, à la promotion des énergies vertes, à des impôts payés par tous, à une régulation de la finance… Mais tout ceci ne prend vraiment relief qu’au regard des propositions « ultras » des républicains que Romney a tenté de masquer hier soir. Le discours d’Obama ne fait pas sens en lui-même, si ce n’est celui d’un centrisme mou qui n’est de toute façon plus de mise dans un climat politique de polarisation,  alors que les attentes de son électorat de 2008 (résorption des inégalités, protections collectives) sont assez « radicales ».

 

L’asymétrie républicains-démocrates

Soyons justes : à n’écouter que la rhétorique des deux candidats, on a pu entendre deux approches différentes du monde : une société de l’individualisme contre une société de protection. La différence est que personne ne doute que les républicains transformeront cela en « projet de société » alors que le doute est encore et toujours permis concernant les démocrates.

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Quand Romney se lâche sur les électeurs d’Obama

Le magazine Mother Jones a publié, le 17 septembre, une vidéo montrant Mitt Romney situant les enjeux de l’élection américaine. Pas besoin de faire de grands discours pour éclairer ce propos. Selon le candidat républicain, Obama obtiendra 47% des suffrages car 47% des Américains ne paient pas d’impôts, 47% dépendent du gouvernement, 47% se considèrent comme des victimes, 47% pensent qu’ils ont des droits, etc… Romney affirme à ses amis qui l’écoutent qu’il ne va même pas tenter de convaincre ces Américains-là de prendre « la responsabilité de leur vie »… Non, il va s’attaquer, dit-il, aux 5 à 10% de centristes indépendants qui ont les idées claires. Et le concours au républicain le plus extrême continue…

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Sondages : effet convention pour Obama

Alors que le vote anticipé a commencé dans de nombreux Etats et que les chiffres du chômage avaient assombri le week-end de l’équipe de campagne de Barack Obama, une bonne nouvelle est venu éclaircir son ciel nuageux : une remontée franche et nette dans les sondages. Cela s’appelle l’ « effet convention». Pour Mitt Romney, il a été nul ou presque, certains instituts ayant mesuré un léger frémissement (1% tout au plus). Pour le président sortant, les chiffres publiés dimanche indiquent au contraire un rebond significatif : il est désormais crédité de 49% des suffrages contre 44 ou 45% à son adversaire républicain.

Premier tournant de la campagne ? Cela y ressemble fort alors qu’avant même les conventions, Obama distançait Romney dans la course aux grands électeurs. Car le 6 novembre, c’est bien cela qui va compter. Or, même donné ex-aequo dans les sondages nationaux, le candidat démocrate possède un avantage, les Etats dans lesquels il est le grand favori étant les plus peuplés, donc également ceux qui offrent le plus grand nombre d’électeurs.

En fait, dans quarante des cinquante-et-un Etats, l’issue du scrutin ne fait guère de doute. Obama part avec un « matelas » de 221 grands électeurs (côte ouest et côte est) contre 191 à Romney (le Sud et les grandes plaines). Reste une dizaine d’Etats en compétition, les fameux « swing states », ces Etats indécis ou tangents. Ils recouvrent trois catégories :

–         Les Etats du Midwest (Michigan, Wisconsin, Iowa et surtout Ohio) pour 50 grands électeurs au total. Le vote de la classe ouvrière blanche y sera crucial. Barack Obama y avait réalisé des scores bien meilleurs que ceux de Kerry en 2004. L’équipe de campagne d’Obama met le paquet sur le « plan de sauvetage de l’automobile » décidé par le jeune président en 2009.

–         Les Etats où le vote des Latinos sera déterminant  (Floride, Colorado, Nevada) : 44 grands électeurs. Tous les yeux sont évidemment tournés vers la Floride (29 grands électeurs à elle seule), « swing state » par excellence depuis 2000. Les latinos représentent 15% de l’électorat. Le poids des Mexicains-Américains et des Porto-Ricains grandit tandis que celui des Cubains-Américains de Miami diminue. Autre voté clé : celui des « seniors » attachés au Medicare (programme de protection sociale pour les plus de 65 ans). Obama y était ce week-end et a revendiqué, comme jamais, peut-être, sa réforme dite Obamacare.

–         Les Etats du « nouveau Sud » (Virginie et Caroline du Nord) : 28 grands électeurs. Barack Obama avait enlevé les deux Etats en 2008. Ce sera forcément plus serré cette année dans ces deux Etats qui combinent depuis plus d’une décennie croissance démographique et dynamisme économique. La part des minorités dans l’électorat est importante, notamment celle des Africains-Américains.

Si l’on transformait à ce jour la photographie des sondages en résultat définitif, Barack Obama emporterait neuf des dix « swing states » et obtiendrait 332 grands électeurs (359 en 2008) contre 206 à Romney.

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