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La candidate démocrate battue pas les propositions progressistes. La preuve…

(Articles publiés dans l’Humanité du 10 novembre)

C’est certainement le paradoxe ultime de ce scrutin: alors que la candidate officielle du parti démocrate a démobilisé sa base par ses éternelles « prudences », l’augmentation du salaire minimum, la légalisation de la marijuana et l’encadrement du port d’armes à feu ont remporté d’éclatantes victoires.

L’abstention frappe plus Clinton que Trump

Pour la cinquième fois de l’Histoire des Etats-Unis, un candidat est majoritaire en voix mais minoritaire en nombre de grands électeurs. Pour la première fois, il s’agit d’une femme. Après le démocrate-républicain Andrew Jackson en 1824, le démocrate sortant Samuel Tilden en 1876, le président démocrate sortant Grover Cleveland et le candidat démocrate Al Gore en 2000, Hillary Clinton rentre dans le cercle fermé des majoritaires-minoritaires. Trump est bel et bien président mais il ne pourra se targuer de disposer d’une majorité électorale. Il a même rassemblé moins d’électeurs (59,1) que ses devanciers républicains (61 pour Romney en 2012, 60 pour McCain en 2008 et 62 pour W. Bush en 2004). Maigre consolation pour ceux qui voulaient barrer la route du pouvoir au milliardaire nationaliste et xénophobe. « La seule façon pour Trump de gagner, c’est de faire une campagne dégueulasse et de décourager les électeurs de se déplacer », nous confiait, au printemps dernier, un stratège démocrate qui n’avait pas conscience, alors, de prédire ce qui allait précisément arriver.

Ce scrutin présidentiel a été marqué par le plus fort taux d’abstention depuis 2000. Peu surprenant lorsque l’on sait qu’il mettait aux prises les deux candidats les plus impopulaires de ces trente dernières années. A ce jeu de « qui perd gagne », Trump a mieux consolidé le bloc républicain que Clinton n’a pu le faire avec la « coalition d’Obama ». L’ancienne secrétaire d’Etat (59,3 millions de voix) enregistre un déficit de respectivement 10 et 5 millions de voix par rapport à Obama 2008 et 2012. Surtout, la perte n’est pas uniforme. C’est une véritable saignée à laquelle on a assisté dans les Etats de la « ceinture industrielle » du Midwest. Dans le Michigan, le Wisconsin et l’Ohio, elle perd entre 15 et 20% du score d’Obama en 2012. Ses électeurs traditionnels du parti démocrate ne sont pas passés avec armes et bagages chez Trump. Ils se sont retirés sur un aventin de l’abstention. Ils sont, dans leur majorité, membres de la classe ouvrière blanche, soumis à l’insécurité économique de la mondialisation-désindustrialisation. Pour une autre partie, ce sont des électeurs africains-américains des centre-villes moins enthousiastes que pour l’élection du premier président noir de l’Histoire. Des « électorats » que la campagne de Clinton considérait comme acquis. A titre d’exemple, la candidate n’a pas mis les pieds dans le Wisconsin depuis fin juillet, même pas pour soutenir Russ Feingold, en capacité de reprendre un siège de sénateur aux républicains. Il est vrai que l’ancien député est un proche de Bernie Sanders.

Perdue entre ses petits calculs politiciens et son appétence pour le « consensus », l’archifavorite a favorisé la désagrégation de la puissante coalition d’Obama qui s’est retrouvée pour partie dans la candidature Sanders. Le sondage « sortie des urnes » du New York Times quantifie ces petites pertes qui ont provoqué une immense défaite : -8 points chez les latinos, -7 chez les Africains-Américains, -5 points chez les moins de trente ans. Trump reproduit presque à l’identique les scores de ses prédécesseurs. Le « manque à gagner » démocrate se retrouve chez les candidats de troisième parti (Gary Johnson ou Jill Stein) voire dans l’abstention.

Voilà comment la future première femme présidente est devenue la cinquième de la liste des « victimes» du système des grands électeurs. Elle était certainement celle qui pouvait le plus s’en prémunir.

Référendums: victoires progressistes

 

Ce n’est pas tout à fait une victoire sur toute la ligne mais le nombre de succès surpasse celui des défaites. Autant des voix progressistes ont boudé la candidature d’Hillary Clinton, autant peu ont manqué à l’appel pour promouvoir des législations progressistes à travers le pays. Les référendums locaux constituent aussi une grille de lecture de l’état des Etats-Unis. Celui-ci est moins cauchemardesque que l’accession à la magistrature suprême de Donald Trump.

Grand vainqueur du cru 2016 : le salaire minimum qui réalise un grand chelem. En Arizona (59%), dans le Colorado (54%) et dans le Maine (55%), les électeurs ont décidé d’établir le salaire plancher à 12 dollars de l’heure, contre 7,5 au niveau fédéral. Dans l’Etat de Washington (60%), il passera à 13,5 dollars. Ces conquêtes dessinent un pays où le niveau du SMIC est décent. A Seattle et dans les Etats de Californie et de New York, la revendication d’un salaire minimum de 15 dollars – lancée par des salariés de fast food à New York en 2012 – est devenue la loi. Avec les votes de mardi, ce sont 20 millions d’habitants supplémentaires qui pourront disposer de cette avancée sociale dans un pays où les salaires ont dramatiquement stagné depuis le début des années 70. Dans le Dakota du Sud, c’est la tentative de créer un SMIC jeune inférieur au standard qui a été massivement rejeté par les électeurs (71%).

Deuxième « hit » de la démocratie référendaire: la légalisation de la marijuana. Son usage, à titre récréatif, n’est plus considéré comme un délit en Californie, le plus grand Etat du pays avec ses 40 millions d’habitants, dans le Massachussetts et dans le Nevada rejoignant ainsi le Colorado, l’Alaska, l’Etat de Washington et l’Oregon. L’usage, à titre médical, de la substance est autorisé en Floride, en Arkansas, dans le Montana et le Dakota du Nord.

Bloqué à Washington par la majorité républicaine au Congrès, l’encadrement restrictif du port d’armes a trouvé son chemin en Californie, dans le Nevada et dans l’Etat de Washington.

La Californie, devenue un véritable laboratoire progressiste, a également renforcé sa législation sur le contrôle des armes à feu et augmenté, de nouveau, l’impôt sur le revenu pour les plus riches. Le revers est cinglant, en revanche, pour les militants de l’abolition de la peine de mort. Non seulement, leur proposition a été repoussée à 55% mais un autre texte, appelant à la reprise des exécutions, a obtenu une courte majorité.

 

 

 

 

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L’Amérique de Sanders face à Clinton-Trump

 

(Article paru dans l’Humanité du 26 septembre 2016)

Alors que se déroule ce soir, près de New York, le premier débat opposant les deux candidats, le choix des millions d’électeurs qui ont choisi, durant les primaires, le sénateur « socialiste » s’avère crucial. De l’Oklahoma à la Virginie, témoignages de « sandernistas ».

C’est définitif et sans appel: « Je ne voterai jamais pour cette vendue au capital, cette corrompue, cette fauteuse de guerre, cette menteuse invétérée. Jamais. » Amanda Vollner, 33 ans, s’est investie, nuit et jour, corps et âme, dans la campagne de Bernie Sanders mais, là, elle ne suivra pas le sénateur du Vermont. « Il n’est plus question de Bernie ici. Il est question de démocratie», se justifie-t-elle. En l’absence de qualification de la candidate verte Jill Stein dans l’Etat dans lequel elle vit, la jeune mère de famille se résout à voter pour le seul « troisième candidat » accessible : Gary Johnson, du parti libertarien. « Pour démanteler le système des deux partis», explique-t-elle. « Et parce que de toute façon, mon vote ne changera rien. » C’est un fait : les grands électeurs de l’Oklahoma, l’un des Etats les plus républicains du pays, tomberont dans l’escarcelle de Donald Trump. La situation est identique dans la grande majorité des Etats. La Californie, New York et l’Illinois voteront Clinton. Le Texas, l’Utah, l’Alabama en faveur de Trump. La décision se fera dans les « swing states », ces Etats dont le destin électoral est incertain. Une dizaine, tout au plus. En Floride, en Ohio ou en Virginie, c’est comme si le bulletin comptait double, voire triple.

Jim Cohen, lui, votera Jill Stein dans le Massachussets mais aurait glissé un bulletin Clinton dans l’urne s’il habitait un Etat clé. L’universitaire américain pro-Sanders qui réside depuis 35 ans en France l’explique dans un article publié sur le site de la revue Mouvements. « Comme Bernie Sanders et comme tout un large bloc de citoyen.ne.s qui d’une manière ou d’une autre s’opposent à la barbarie, je considère qu’il est inexcusable de faciliter une possible victoire électorale de Trump », argumente-t-il. Et d’ajouter : « Une discussion de fond traverse la gauche à propos du sens du vote : doit-on considérer le vote comme un acte politique strictement pragmatique, ou est-ce un acte de témoignage, une expression des convictions profondes de chacun.e ? En l’absence d’un système à deux tours de scrutin comme en France, ce débat se complique, puisqu’on n’a pas le « luxe » de voter pour ses convictions au premier tour et de se rabattre sur un choix plus pragmatique au second. Noam Chomsky, qu’on peut classer parmi les penseurs anarcho-libertaires, a pris position de façon surprenante dans ce débat en plaidant pour le pragmatisme, notamment face à quelqu’un d’aussi imprévisible et dangereux que Trump.»

Le vote « pragmatique » va-t-il prévaloir dans les Etats-clés ? Dans le New Hampshire, où s’est tenue la première primaire de l’année en février, soldée par une inattendue et massive victoire de Bernie Sanders (60% des voix contre 38% à Clinton), Sonia Prince était du côté Clinton. Elle constate que « plusieurs supporters de Bernie sont venus nous rejoindre. D’autres pas. Je doute fort qu’ils voteront pour Trump. Ils finiront peut-être par voter pour Hillary ou par ne pas voter du tout. Ou par écrire un « write in candidate » (possibilité d’écrire le nom d’un candidat qui ne se présente pas, NDLR).» Avec ses quatre grands électeurs, le poids du New Hamsphire risque peu de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. En revanche, en se dirigeant vers la Virginie (13 grands électeurs), on rentre dans la catégorie des poids lourds. Patrick Le Floch, l’un des responsables du parti démocrate pour le comté de Fairfax, dans le nord de l’Etat, à côté de Washington, ne masque pas une certaine inquiétude. Certes, « l’amertume des primaires est derrière nous et la grande majorité des supporters de Sanders soutiennent « HRC » (Hillary Rodham Clinton). Les appels de Bernie ont été entendus. Mais… » Il y a un « mais ». De taille. « Clinton ne déclenche pas le même enthousiasme qu’Obama. Nous avons beaucoup moins de bénévoles pour faire la campagne qu’il y a huit ans. »

Les campagnes électorales américaines se gagnent aussi et surtout au porte-à-porte. Il faut convaincre un à un, de façon ciblée. Et clairement, la cible pour l’ancienne secrétaire d’Etat est un jeune électeur, un « millennial » (surnom donnée à la génération née à partir de 1983). « C’est son principal talon d’Achille », analyse le journaliste Ronald Brownstein, dans un article récemment paru dans The Atlantic. Dans les derniers sondages (1), elle n’arrive pas à attirer à elle une majorité de ces jeunes électeurs qui se déclarent anti-Trump. Ils lui préfèrent Gary Johnson ou Jill Stein. « Ce qu’indiquent les sondages est que le problème de Clinton avec les jeunes électeurs ne réside pas dans les propositions politiques mais dans sa personnalité. Une grande majorité des Millennials la voient comme indigne de confiance, calculatrice et sans principes. » Soit le portrait dressé par Amanda… comme d’une certaine façon par Bernie Sanders, lors de la campagne des primaires. Le sénateur qui avait attiré 71% des jeunes ayant participé à la primaire démocrate,  a repris son bâton de pèlerin afin de « faire battre Trump ». Mais, lors de ces deux derniers meetings sur des campus universitaires, l’assistance a été maigre. Finalement, lors du débat de ce soir, c’est certainement Trump qui fournira à ses millions de jeunes progressistes le plus fort argument pour aller voter : contre lui.

(1) Elle plafonne à 45% des intentions de voix alors que Barack Obama avait obtenu 67% des voix des moins de 30 ans en 2008 et 60% en 2012.

 

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Hillary Clinton, candidature faible

 

Article publié dans l’Humanité du 29 juillet

Officiellement investie par le parti démocrate, l’ancienne secrétaire d’Etat, souvent changeante sur ses positions politiques, bat des records d’impopularité.

 

Hillary Clinton est devenue la première femme à décrocher la nomination d’un parti politique majeur aux Etats-Unis. L’événement s’est produit mardi lors du vote très officiel des délégations, Etat par Etat. Hier soir, elle a prononcé son discours d’investiture au terme d’une convention qui, même si elle a révélé un inachevé processus de cicatrisation des primaires, s’est moins mal déroulée qu’elle n’aurait pu le craindre. Bernie Sanders lui a apporté un soutien clair et net : « Hillary Clinton doit devenir la prochaine présidente des Etats-Unis. Le choix ne se discute même pas. » Elle a également reçu le renfort d’un ancien président – son mari – et de l’actuel président, Barack Obama. De la First Lady. Du vice-président Joe Biden. De la sénatrice Elizabeth Warren, égérie de l’aile gauche. Bref, la famille s’affiche au grand complet sur la photo-souvenir de la 47e convention du parti démocrate.

Hillary Clinton porte officiellement des idées contenues dans la plateforme démocrate qui sont majoritaires dans l’opinion publique : le SMIC à 15 dollars, la gratuité de l’enseignement public, le contrôle des armes, le droit à l’avortement, l’approfondissement de la réforme de la santé. Lorsque l’on demande aux électeurs s’ils préfèrent voter pour un démocrate ou un républicain, la réponse est 55% pour le premier, 45% pour le second. Tous les clignotants semblent donc au vert pour qu’Hillary Clinton devienne également la première femme présidente. Et pourtant, dans les sondages, elle n’arrive pas à distancer Donald Trump. Pire même, le candidat républicain profitant de l’ «effet convention », malgré un déroulement chaotique, est placé devant par plusieurs instituts de sondage, avec de trois à sept points d’avance.

Mais quel est donc le problème avec Hillary Clinton? Disons qu’il est à la fois politique et personnel. Que les deux sont inextricablement liés. Et que le tout est quantifié en un chiffre : selon un sondage CNN, 68% des Américains pensent qu’elle n’est pas honnête et digne de confiance. Elle trône désormais tout en haut de ce classement, devançant même Trump, pourtant figure par excellence de la division. Une enquête CBS montre que 31% des personnes interrogées ont une opinion favorable d’elle contre 56% qui expriment un avis inverse.

Clinton et Trump sont les deux candidats les plus impopulaires de ces trente dernières années et la démocrate est en train de prendre un avantage en la matière dont elle se passerait bien. Comment expliquer ce problème ? En une formule : flip flop. Depuis son entrée à la Maison Blanche, en tant que First Lady, en 1992, Hillary Clinton a défendu toutes les positions politiques…puis leur contraire. Au moment des « réformes » des politiques pénales de Bill Clinton qui conduiront à l’incarcération de masse, notamment des jeunes africains-américains, elle lâche le terme de « super-prédateur » que lui reprochent encore aujourd’hui les associations. Elle se prononce aujourd’hui pour l’abrogation de ces lois. Libre-échange ? Elle effectue un virage à 180 degrés sur le Traité trans-pacifique, estimant d’abord qu’il s’agissait d’une « règle d’or » avant de s’y opposer. Guerre en Irak ? Elle crie avec les loups bushistes avant de se rétracter très tardivement. Elle affirme vouloir réglementer l’industrie financière de Wall Street alors qu’elle a prononcé des discours privés pour elle, payés jusqu’à 625000 dollars à Goldman Sachs. Et ainsi de suite. « La campagne l’a obligée à bouger vers la gauche alors qu’elle voulait mener une campagne de centre-droit », commente John Mason, professeur de sciences-politiques à l’Université William Patterson. Depuis deux décennies, le vent politique et idéologique a tourné. Et la « girouette » Hillary avec. Et ça se voit. First Lady, sénatrice, secrétaire d’Etat : Hillary Clinton est certainement la candidate la mieux préparée à la plus haute fonction. Mais sa candidature est tout aussi certainement l’une des plus faibles qui puissent être imaginée en cette année de quasi-insurrection désordonnée contre les élites, le fameux « establishment » (entre une « révolution politique » tournée vers l’avenir et un repli identitaire sur une grandeur mythifiée).

C’est la faiblesse de Clinton qui fait la force de Trump, avancent nombre de responsables et militants progressistes. Ainsi, selon Kshama Sawant, conseillère municipale socialiste de Seattle, cheville ouvrière du SMIC à 15 dollars dans sa ville, soutien de Bernie Sanders qui refuse de voter pour Hillary, les inconsistances politiques de la candidate démocrate permettent à « Trump d’essayer de cyniquement de se positionner à la gauche d’Hillary sur un certain nombre de questions comme le libre-échange ». Des responsables locaux du parti démocrate font remonter leurs inquiétudes : la rhétorique de Trump marque des points parmi les ouvriers blancs de la « rust belt », l’ancienne ceinture industrielle vidée de ses emplois stables et bien payés depuis plusieurs décennies. En Pennsylvanie, qui n’a pas voté pour un républicain depuis 1988, Trump et Clinton sont donnés au coude à coude. De la même manière, sur les dossiers de politique internationale, l’isolationniste nationaliste Trump peut jouer les illusionnistes auprès d’électeurs, notamment les plus jeunes, repoussés par l’interventionnisme impérial incarné par Hillary Clinton. En conclusion, John Mason avertit : « Si l’enjeu central de la campagne, c’est « Hillary et Bill », alors il y a danger ».

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Les pro-Sanders préparent l’acte 2 de la « révolution politique »

 

(Article publié dans l’Humanité du 7 juin 2016)

Grâce à sa victoire en Californie, Hillary Clinton remporte l’investiture du parti démocrate. Mais déjà, pour le mouvement initié par le sénateur socialiste du Vermont, l’heure est à la préparation de l’avenir. Dans une semaine, à Chicago, le « sommet du peuple » posera peut-être les bases d’une nouvelle organisation.

 

Pour la deuxième fois en un an, Charles Lenchner va laisser pour quelques jours ses « deux chats communistes sectaires » (Charles a un côté provocateur assumé !), quitter son appartement de  Brooklyn et tailler la route vers Chicago. Pour la deuxième fois en un an, il va réfléchir à Sanders et à la « révolution politique. »  « Je me souviens très bien de la réunion de mai 2015, commence-t-il, attablé dans un pub new-yorkais après un débat au Left Forum (1). Bernie Sanders venait de décider de participer aux primaires démocrates, non en troisième candidat. Je me souviens très bien de la grande colère qu’il avait dû affronter. » Engagé dans la campagne du sénateur du Vermont depuis un petit mois, ce consultant marketing, ancien militant de la cause des Palestiniens en Israël, ancien du mouvement Occupy Wall Street, avait appuyé la décision de Sanders. Celui qui est devenu depuis l’un des fondateurs de « People for Bernie » prend une gorgée d’eau fraîche et savoure ce qu’il va dire : « Un an après… » Il n’en dit pas plus et laisse un blanc, que nous remplissons. Un an après, à la veille du dernier « super Tuesday » de la saison, avec notamment la Californie en jeu (lire ci-contre), Bernie Sanders a recueilli dix millions de voix (43% des suffrages exprimés). Soit le score le plus important remporté, de toute l’Histoire politique moderne, par ce que les commentateurs politiques nomment un « insurgent », dont la traduction française pourrait se placer entre « outsider » et « insurgé ». « Un an après, reprend Charles, cette campagne est une boussole : nous avons vu nos forces, nous avons aussi repéré nos faiblesses. Surtout, elle a montré à quel point l’establishment démocrate était faible. » Une boussole, certes, mais pour aller où ? C’est la question qui sera débattue lors du « Sommet du peuple », à Chicago, du 17 au 19 juin. Y prendront notamment la parole Naomi Klein, la journaliste et militante altermondialiste, Cornell West, philosophe africain-américain, RoseAnn DeMoro, la présidente du syndicat des infirmières, l’un des seuls à avoir officiellement apporté son soutien à Sanders.

Charles Lenchner y croisera peut-être un autre New-Yorkais, Michael Zweig, professeur d’économie à l’Université Stony Brook qui sera à peine sorti de la conférence de deux jours dont il est la cheville ouvrière « Comment fonctionnent les classes sociales ? » « La difficulté va être de gérer deux « après », estime-t-il. En même temps que la construction du mouvement se pose, il faut se demander ce qu’il faut faire pendant la campagne. » Là, clairement, deux « écoles » s’affrontent. Les uns estiment que Sanders doit officiellement apporter son soutien à Hillary Clinton afin de faire barrage à Donald Trump. Les autres le pressent de se présenter en troisième candidat lors du scrutin de novembre. John Mason fait partie des premiers. Kshama Sawant des seconds. John est professeur de sciences-politiques à l’Université William Patterson. Francophone et francophile, il s’est engagé dans la campagne de Sanders et porte au revers de sa veste un gros pin’s bleu ciel sur lequel apparaissent seulement une chevelure blanche, des sourcils blancs et des lunettes, ne laissant aucun doute pour autant sur l’identité du personnage. Kshama est conseillère municipale socialiste à Seattle, la première à être élue dans une assemblée locale sous cette étiquette depuis les années 20. Elle s’est trouvée à la pointe de la bataille pour le SMIC à 15 dollars que la ville du nord-ouest du pays a été la première à adopter avant que les Etats de Californie et de New York n’en fassent leur loi. Arguments.

Pour John, c’est certain, « Sanders ne fera pas une « erreur Nader ». Référence au candidat des Verts qui, en 2000, avait grignoté suffisamment de voix pour être accusé d’avoir favorisé l’élection de W. Bush face à Al Gore. « On peut avoir une campagne autonome à côté de celle de Clinton, ajoute l’universitaire. La prochaine campagne de Bernie sera celle qu’il va mener auprès de la classe ouvrière blanche afin qu’elle ne vote pas Trump. » Puis, en cas de victoire de Clinton, « Bernie peut peser jusqu’à la composition du cabinet. Pourquoi pas imposer la nomination de Stiglitz (prix Nobel d’économie, critique des politiques néolibérales, NDLR)? »

Kshawa développe un tout autre raisonnement. « Pourquoi, où en ce moment historique, alors que des dizaines de millions d’Américains cherchent une réponse en dehors de l’establishment, devrions-nous suivre le parti démocrate ? Le problème, ce n’est pas le candidat. Les bons candidats qui se présentent pour de mauvais partis produisent toujours de mauvaises choses. Si Sanders se présente en indépendant en novembre, Trump ne pourra pas avoir le monopole du vote anti-establishment. Mais si Bernie apporte son soutien à Clinton, il ne faudra pas le suivre. Notre légitimité nous la devons au mouvement pas à Bernie. » Membre de la même organisation, Socialist Alternative, Philipp Locker insiste : «L’expérience d’une année de campagne primaire est concluante : il n’y a aucune possibilité de changement dans le cadre du parti démocrate. La preuve : « Bernie » n’a pas réussi à obtenir la nomination. Le meilleur moyen de tuer notre mouvement naissant ce serait d’apporter un soutien à Hillary Clinton. Si Sanders se présente en novembre et obtient 5, 10, 15 millions de voix, ce serait un tremblement de terre dans la vie politique. »

Entre ces deux options, Charles Lenchner n’a aucun doute sur le choix stratégique de Sanders. Il écrit déjà le scénario : « Jusqu’à la convention (qui aura lieu du 25 au 28 juillet à Philadelphie, NDLR), Sanders va continuer à marteler son message et à ne pas obéir à Clinton. A la convention, il va y avoir un bras de fer puis un accord. Sanders va faire campagne pour Clinton mais à sa façon, certainement pas sur ordre de la candidate. Puis après, il va utiliser la liste de noms pour monter son organisation. » Bhaskar Sunkara, le jeune rédacteur-en-chef du magazine new-yorkais, Jacobin, qui sera également présent à Chicago, n’en doute pas une seule seconde : « On voit chez Sanders des signes de volonté de construire une sorte d’appareil permanent. »

Ce qui nous amène au deuxième temps : le futur lointain. Une organisation, mais comment et où ? « Les Sandernistas veulent se structurer en courant organisé au sein du parti démocrate », annonce John Mason. Pour Michael Zweig, ce serait une erreur : « Le parti démocrate va devenir un endroit très inamical pour les militants radicaux. Tous ces jeunes qui ont suivi Sanders pendant la primaire n’ont, à mon avis, pas grand-chose à faire du parti démocrate. » L’autre écueil pour cet universitaire, également très proche du syndicalisme et du mouvement anti-guerre : « la constitution d’un troisième parti qui annoncerait la fin du mouvement. » Donc ? « Il faut un mouvement à la fois dedans et dehors. A l’image de ce que fit la Rainbow Coalition de Jesse Jackson. Sauf que Sanders n’est pas un Jesse Jackson et il n’y a personne d’autres. Or, il ne peut y avoir un tel mouvement sans leader charismatique. Un ou plusieurs mais au moins un. C’est ce qui ne me rend pas très optimiste. »

Pour un certain nombre de volontaires de la campagne de Sanders, après-demain se prépare demain. Ils ont publié un document de trois pages en forme de « feuille de route ». Premier acte à poser selon eux : que Sanders organise à côté de la convention démocrate, sa propre convention  dont le thème central serait la transformation politique de l’Amérique et qui poserait les bases d’une organisation indépendante. D’autres militants « sandernistas » engagent la bataille pour un Congrès plus progressiste…en 2018. Leur initiative a été baptisée « Brand New Congress » (Un Congrès flambant neuf). Déjà, dans quelques circonscriptions, le sénateur du Vermont a décidé de défier la direction du parti démocrate. Il soutient ainsi Tim Canova, un professeur de droit, qui s’oppose à la députée sortante de Floride, Debbie Wasserman-Schultz, également présidente du parti démocrate, très vivement critiquée par le camp Sanders pour avoir outrageusement favorisé Hillary Clinton. Pour le député du Minnesota, Keith Ellison, l’enjeu ne se limite pas aux circonscriptions. « Nous avons besoin de militants qui se présentent aux conseils d’école, décrit-il au New York Times. Aux conseils municipaux. Aux cantonales. Aux comités d’urbanisme. Partout, pour développer partout le message de Bernie dans les communautés locales. » « L’une des clés réside dans la convergence des groupes sous le « parapluie » Sanders, ajoute John Mason. Par exemple, sur la question de la fracturation hydraulique, cela se produit déjà avec les écologistes et les communautés amérindiennes car les projets se développent principalement sur leur territoire. »

Les syndicats constituent un autre enjeu majeur. « Ils demeurent la principale force organisée de la société », pointe Justin Molito, organisateur du Syndicat des écrivains de la côte est. Les directions syndicales se sont souvent prononcées pour Clinton alors que la base était pro-Sanders. « Ce qui a provoqué, dans certains syndicats, une révolte des syndiqués qui poussent à changer les règles du soutien officiel apporté aux candidats, pourquoi pas en faisant voter la base », reprend le syndicaliste écrivain. « Il ne faut pas se tromper sur le soutien de certains syndicats, explique Charles Lenchner. SEIU a soutenu Clinton mais dès que celle-ci sera élue, il poussera pour l’adoption du SMIC à 15 dollars, qui n’est pourtant pas la proposition de Clinton mais celle de Sanders. » Autrement dit, la « révolution politique » ne s’arrête pas ce soir, en Californie, ni le 8 novembre, à Washington.

Christophe Deroubaix

 

  • La fondation Gabriel-Péri y a organisé un débat sur le néolibéralisme et sa contestation en France et aux Etats-Unis.

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Dans le Wisconsin, Sanders maintient son « momentum », et après ?

(Article publié dans l’Humanité du 7 avril 2016)

Alors que le candidat qui se définit comme socialiste a remporté le Wisconsin, deux universitaires américains ont débattu, mardi à l’invitation de la fondation Gabriel-Péri, des suites du mouvement ainsi initié.

Bernie Sanders a remporté, mardi, sa sixième victoire d’affilée. Et sans doute l’une des plus significatives. D’abord, parce qu’elle concerne sa plus grosse « prise » après le Michigan ; le Wisconsin, , une terre industrielle et syndicale où le gouverneur républicain, Scott Walker, a lancé, souvent avec succès, des attaques contre le mouvement syndical, notamment dans le public, et sa capacité à négocier collectivement au nom de tous les salariés. Ensuite, car elle permet au candidat qui se définit comme « socialiste » d’entretenir le « momentum », cet esprit de dynamique, et de l’emporter avec lui vers la prochaine étape : l’Etat de New York, sa terre natale, face à une Hillary Clinton qui en a été la sénatrice de 2001 à 2009. Selon les sondages, l’écart se resserre et s’établirait désormais à une dizaine de points contre vingt il y a une semaine.

A l’heure où les Wisconsinites prenaient la direction des bureaux de vote, deux universitaires américains discutaient, à Paris, à l’invitation de la fondation Gabriel-Péri, de l’impact de cette candidature. Malgré son succès dans le Wisconsin, Sanders « ne peut plus gagner la nomination », a estimé Mark Kesselman, professeur émérite de sciences-politiques à l’Université de Columbia (New York). Il a accumulé trop de retard, en nombre de délégués, dans les Etats du Sud. « Les Africains-Américains représentent 20 à 30% de la base du parti démocrate et Hillary Clinton remporte 80% de ce vote. Dans ces conditions, il n’y a pas de possibilité de victoire », a rappelé Gerald Friedman professeur d’économie à l’Université d’Amherst (Massachusetts) et membre du comité de conseillers économiques du candidat. Il n’empêche, selon Kesselman, que « la candidature de Sanders est un phénomène que personne n’a prévu et même pas Sanders lui-même sans doute. » Un « phénomène » qui ne retombera pas avec la fin des primaires, selon les deux intervenants.

Dans un contexte de «guerre idéologique énorme, les électeurs de Sanders vont rester mobilisés», a ajouté Kesselman. « Le mouvement Sanders se poursuivra. Et le mouvement est peut-être plus à gauche que Sanders lui-même », pense Friedman, qui tout en étant l’un des conseillers économiques du candidat qui se proclame « socialiste » le définit plutôt comme un « adepte du New Deal. »

Le mouvement initié par le sénateur du Vermont n’est pas uniquement électoral comme en a témoigné Jim Cohen, professeur américain enseignant à Paris: «J’ai vu, en Arizona, comment le mouvement des migrants sans-papiers en Arizona regardaient Sanders de loin, l’été dernier, et certainement avec raison, car il était suspecté de ne porter des propositions que pour les salariés. J’ai vu comment ce mouvement s’est rapproché de Sanders, comment Sanders s’est rapproché de ce mouvement et comment finalement les mouvements sociaux ont nourri la campagne de Sanders. »

« Il va falloir être très attentif aux primaires pour les élections locales et pour le Congrès, a pointé Daniel Cirera, secrétaire général de la Fondation Gabriel-Péri. Lors des dernières élections de mi-mandat, les démocrates avaient perdu des sièges mais ceux qui avaient été élus étaient beaucoup plus à gauche. » La dynamique politique catalysée par Sanders ne se résume pas à « nomination/pas nomination ». En attendant, le candidat prétend que la possibilité de remporter l’investiture existe toujours. Il lui faut remporter 56% des délégués encore en jeu.

 

 

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La Californie devient le paradis du SMIC

(Article publié dans l’Humanité du 30 mars)

Le plus grand Etat américain, huitième économie du monde, va instituer un salaire minimum à 15 dollars de l’heure.

 

Emue, Holly Dias a posé son épaule sur celle de Jerry Brown qui l’a enlacée. La salariée de Burger King et le gouverneur du plus puissant Etat américain, la Californie. De la matière pour une romance hollywoodienne, célèbre production locale. En fait, cette étreinte symbolise la saga sociale et politique la plus populaire du moment : le combat pour un SMIC à 15 dollars.

Lundi de Pâques, Jerry Brown, le gouverneur démocrate de Californie a annoncé qu’il allait présenter à la législature de l’Etat une mesure qui permettra de porter le salaire minimum à 15 dollars de l’heure (contre 10 actuellement), soit le double du minimum fédéral (7,25). Le SMIC sera augmenté progressivement jusqu’en 2022 où il atteindra la barre des 15 dollars. Les PME de moins de 25 salariés disposeront de deux années supplémentaires pour s’y conformer puis, à partir de 2024, le SMIC de l’Etat sera indexé sur l’inflation. La Californie, huitième économie de la planète, deviendra l’endroit au monde où le salaire minimum sera le plus élevé.

Un tiers du salariat californien, soit près de 6 millions de personnes, bénéficieront de cette avancée sociale. Parmi celles-ci : Holly Dias, donc. Présente lors de la conférence de presse organisée par Jerry Brown pour annoncer l’accord trouvé avec les syndicats, elle a déclaré : « Je voudrais remercier tous les travailleurs qui se sont battus pour eux-mêmes et leurs familles en revendiquant un SMIC à 15 dollars. » Tout est en effet parti d’eux, ces salariés de fast food, dans un modèle de « bottom up », comme on dit outre-Atlantique, c’est-à-dire d’une campagne de terrain qui part du bas (bottom) et agit sur le haut (up).

En novembre 2012, une centaine de salariés de ce secteur à New York déclenchent une grève et quantifient leur revendication : 15 dollars de l’heure. Barack Obama venait de remporter l’élection présidentielle mais les Républicains avaient réussi à maintenir leur majorité à la Chambre des représentants. Quelques semaines plus tard, le premier allait appeler les seconds à donner un coup de pouce à un salaire minimum fédéral famélique (7,25). Et, sans surprise, les apôtres du laissez-faire y répondraient par l’inaction.

Pour les travailleurs souvent pauvres, la réponse ne pouvait venir que du « bottom » : ville après ville, le « fight for 15 » ouvre des sections, reçoit l’appui des syndicats traditionnels, met la pression sur les élus. A Seattle, ils font une étonnante rencontre : Kshama Sawant, une candidate socialiste, d’obédience troskyste, au conseil municipal qui mène toute sa campagne sur ce thème. A la surprise générale, elle est élue, le 5 novembre 2013, face au démocrate sortant. Dans l’enceinte feutrée de l’assemblée municipale, elle fait entrer la voix de Julia, Terran, Sam, Hana ou Iesha qui ont mis la friteuse et le grill sur « off » pour réclamer un salaire décent. La campagne est orchestrée par le local 775 du syndicat SEIU (Service Employees International Union). A la baguette : David Rolf, qui, en 1998, avait organisé la syndicalisation de 74 000 personnes du secteur de la santé à Los Angeles, la plus massive campagne d’adhésion depuis la syndicalisation de l’usine Ford de Rivière-Rouge en 1938. La combinaison d’une campagne politique et d’un mouvement social énergique menée par des salariés sous-payés et non-syndiqués s’avère gagnante: quelques mois plus tard, le SMIC à 15 dollars est adopté par les élus. Il devient la loi pour tous les salariés de l’une des principales villes de la côte pacifique.
Pour le syndicaliste David Rolf, interrogé par l’Humanité en octobre 2014, « en relançant massivement la demande par l’instauration d’un Smic à 15 dollars, nous offrons une alternative au “trickle down”, la théorie de l’offre, qui veut que plus on met d’argent par le haut, plus cela ruisselle vers le bas. C’est une réponse concrète au creusement des inégalités. Réponse construite à partir des villes et des Etats face au blocage de la machine à Washington. »Toujours pour l’Humanité, Kshama Sawant en tirait ces leçons politiques : « C’est un point de départ. D’abord, c’est une ouverture pour une gauche réelle qui ne veut plus se laisser prendre au piège du moindre des deux maux, avec les démocrates. Ensuite, le débat sur les 15 dollars nous a permis de changer la nature du débat politique dans cette ville où les élus, tous démocrates, étaient sensibles aux arguments du monde des affaires. » C’est dans l’ensemble du pays, en fait, que la nature du débat a changé. De l’épicentre Seattle, le combat pour un salaire décent se propage. Fin 2014, c’est San Francisco qui l’adopte par référendum. Puis New York qui l’appliquera pour les salariés des fast foods. Puis Los Angeles. Et désormais, la Californie. Et demain ?

Depuis le début de la campagne des primaires, Bernie Sanders fait du SMIC à 15 dollars un axe de sa « révolution politique ». Hillary Clinton trouve le montant trop élevé, trop irréaliste et propose 12 dollars. Le New York Times l’avait pourtant appelée à rejoindre la position de Sanders jugée la plus à même, par le grand quotidien, de lutter contre les inégalités. Hier, via un tweet, la candidate démocrate a salué une «  grande victoire » et a « applaudi ». Bernie Sanders a aussitôt rétorqué : « Je propose un SMIC fédéral à 15 dollars. Pas Hillary Clinton. » Le 7 juin prochain, les deux prétendants à l’investiture démocrate s’affronteront… en Californie.

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Trump-Le Pen, « même poil, même bête »

(Article publié dans l’Humanité du 23 mars)

Trumpisme et lepénisme jouent sur les mêmes peurs et enfilent les mêmes camouflages « sociaux ». Seuls divergent les verbes. Deux tactiques pour une même stratégie.

 

Marine Le Pen n’a sans doute pas poussé son plaisir jusqu’à envoyer un petit mot d’encouragement à Donald Trump qui creuse son sillon vers la nomination du parti républicain mais le cœur y est, on n’en doute pas. Les grandes admirations sont parfois pudiques. Mais d’autres n’ont pas ces vapeurs de circonstance. Il y a quelques mois, Sarah Palin, actuelle soutien de Donald Trump et ancienne colistière de John Mc Cain en 2008 qui s’était distinguée par sa méconnaissance totale du monde entourant l’Alaska, a avoué un « coup de cœur politique » pour une députée du Vaucluse, « fervente catholique », qui lui rappelle « Jeanne d’Arc ». Marion Maréchal-Le Pen, bien sûr. Côté FN, les outrances verbales du milliardaire nationaliste et xénophobe amènent les dirigeants les plus « marinistes » à une grande discrétion. Mais on peut toujours compter sur Robert Ménard pour dire ce qui est masqué dans les hautes sphères de l’extrême-droite. Dans « Le Monde », il reconnaissait: « Ses constats et sa sensibilité sont très proches de ceux de la droite patriote.»

« Même poil, même bête », comme le veut le proverbe antillais. Dans un article publié par « The American Prospect », trois universitaires décortiquent ce « trumpisme, phénomène transatlantique ». Dépassant la seule analyse du « monstre de Frankenstein du parti républicain », ils dressent un parallèle entre Trump, Ukip ou le Front national. Ils y voient des « réactions à la globalisation », promue « de manière presque monolithique par les gouvernements de centre droit ou centre gauche». Comme un dernier cri politique des « perdants » de la mondialisation, peu diplômés. Mais attention au raccourci d’une version transatlantisée du « gaucho-lepénisme », promue par Pascal Perrineau et déclinée à sa façon par le journaliste américain Thomas Frank dans son livre: « Pourquoi les pauvres votent à droite ? »

« Les gens qui sont vraiment déclassés ne votent pas, rappelle, pour l’Humanité, Charlotte Cavaillé, post-doctorante à l’institute for advanced studies in Toulouse, et co-auteur de l’article cité. Mon hypothèse de départ: ce sont ceux qui sont juste au-dessus de la ligne de déclassement qui se retrouvent en Trump. » En France, aussi, des chercheurs ont fait un sort à la fable des « damnés de la terre » convertis au « lepénisme ». Après les élections régionales de 2015, le démographe et historien Hervé Le Bras, le disait justement dans le Parisien: «Le FN recrute beaucoup au sein des artisans ou des cadres moyens, au sein d’une classe moyenne inférieure ou d’une classe populaire supérieure pour qui l’ascenseur social est bloqué. Ce sont le plus souvent des personnes de 25 à 50 ans qui sont dans la vie active, qui sont de plus en plus souvent diplômées mais qui sont bloquées dans leur métier, dans leur pavillon de la périphérie urbaine.» Aux Etats-Unis, David Frum, éditorialiste néo-conservateur, dresse, dans un point de vue publié en janvier dans le magazine The Atlantic, un constat voisin : « Les personnes les plus en colère et les plus pessimistes en Amérique sont ceux que l’on appelle les « Américains moyens ». Classe moyenne, âge moyen, pas riche et pas pauvre, qui sont agacés lorsqu’on leur demande de taper 1 pour l’Anglais (les services aux Etats-Unis sont souvent bilingues, NDLR) et qui se demandent comment « homme blanc » a pu devenir une accusation plutôt qu’une description. »

La « racialisation » de la peur, le ressentiment aux relents ethnicistes, la « matrice » du rejet de l’autre : nouveaux points communs entre trumpisme et lepénisme. « Comme dans le vote Le Pen, il y a un noyau raciste dans le vote Trump. Après, d’autres électeurs se rajoutent. La frontière est difficile à tracer entre le refus des changements démographiques (dans une génération, les Blancs constitueront moins de 50% de la population, NDLR) et la protestation « personne ne nous aide, ne s’occupe de nous», estime Charlotte Cavaillé. Les sondeurs indiquent pourtant le tronc commun des électeurs de Trump : soutien massif à la proposition d’interdire l’entrée du pays aux musulmans et approbation sans faille aux propos anti-immigrés mexicains du milliardaire.

En France, un article récent de la politologue Nonna Mayer (« Le mythe de la dédiabolisation du FN »), met en lumière le bien le mieux partagé des sympathisants du FN, noyau dur de l’électorat lepéniste : « Sur toutes les questions relatives à la perception de l’autre – autre par ses origines, sa couleur de peau, sa religion, sa culture – et quelle que soit la vague de sondage retenue, les réponses des sympathisants du FN sont toujours beaucoup plus négatives que celles des sympathisants des autres partis.»

Pour surfer sur la vague de rejet des effets de la « mondialisation », les alliés objectifs transatlantiques se parent du même camouflage « social ». Marine Le Pen se découvre des sympathies (verbales) pour des aspects du modèle social français tandis que son acolyte américain affirme, contrairement à tous les autres prétendants républicains, ne pas vouloir toucher au système de retraite et de protection sociale

Un seul point les différencie : stratégie de dédiabolisation au FN, diabolisation stratégique chez Trump. « Même poil, même bête », mais deux méthodes à l’instar de de l’hypnotique Kaa et de l’agressif Shere Kan dans « Le livre de la jungle ».

 

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Verdict du super Tuesday 3: Clinton-Trump

La moitié des Etats ont voté et 35 millions d’Américains (20 millions de républicains et 15 millions de démocrates) ont déjà placé un bulletin dans l’urne, hissant ce cru 2016 des primaires parmi les plus participatives de l’Histoire (http://www.pewresearch.org/fact-tank/2016/03/08/so-far-turnout-in-this-years-primaries-rivals-2008-record/). Les jeux ne sont pas encore faits mais ils vont être difficiles à défaire.

 

Chez les démocrates, grand chelem pour Hillary Clinton

Après sa défaite dans le Michigan, son équipe de campagne craignait le pire dans les autres Etats du Midwest. L’ancienne secrétaire d’Etat s’en sort facilement dans l’Ohio (56,5% contre 42,7%) et un peu moins largement dans l’Illinois (50,5% contre 48,7%) et le Missouri (49,6% contre 49,4%). Elle confirme également sa prédominance dans le Sud avec deux victoires en Floride (64,5% contre 33,3%) et en Caroline du Nord (54,6% contre 40,8%). Avant ce nouveau round, elle avait 215 délégués d’avance. Elle en a désormais 315.

Bernie Sanders qui comptait gagner au moins un Etat (Missouri) voire deux (avec l’Illinois en plus) et idéalement trois (l’Ohio en cerise sur le gâteau) a sans doute vécu sa pire soirée du cycle. Il ne peut désormais plus décemment prétendre à la nomination, puisqu’il lui faudrait remporter 58% des délégués encore en jeu dans les Etats restants, ce qui semble hautement improbable si ce n’est impossible.

 

Le scénario probable: Clinton nominée, Sanders en campagne jusqu’au 8 novembre

Bernie Sanders va rester en course. Aucune raison qu’il jette l’éponge. Il était inconnu il y a un an, cantonné à jouer les utilités il y a 6 mois et le voilà à la tête d’un « capital politique » unique pour quelqu’un qui se définit comme socialiste: neuf Etats remportés, plus de 6 millions d’électeurs à ce jour, soit 41,7% des électeurs démocrates ayant voté jusqu’ici (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/democratic_vote_count.html). La suite du calendrier lui est, semble-t-il favorable, et il est donné en tête dans les neuf prochains Etats qui votent d’ici mi-avril. Bernie Sanders va donc continuer à engranger des victoires, des délégués et à donner le ton du débat chez les démocrates. Il pèsera durant la convention que les démocrates tiendront à Philadelphie du 25 au 28 juillet et au-delà. Hillary Clinton a compris que pour remporter la présidentielle du 8 novembre, elle doit pouvoir disposer des deux atouts-maîtres de son concurrent: sa popularité chez les jeunes et parmi la classe ouvrière blanche. Pour Sanders, la question post-novembre sera celle-ci: que faire de sa « révolution politique » naissante?

 

Chez les républicains: Trump reçu 4/5

Les attaques glissent sur la peau du milliardaire nationaliste. Elles semblent même le renforcer politiquement. Il l’emporte largement en Floride (45,8%), poussant vers la sortie le sénateur de l’Etat et favori de substitution (depuis le retrait de Jeb Bush) de l’establishment, Marco Rubio (27%). Trump engrange également l’Illinois, la Caroline du Nord et le Missouri devant Ted Cruz qui reste plus que jamais en course. Paradoxalement, sa défaite dans l’Ohio face à John Kasich (35,7% contre 46,8%) lui rend service car elle permet au gouverneur de cet Etat de rester en piste et donc de rendre impossible un front commun anti-Trump.

 

Le scénario probable: la marche triomphale de Trump…ou un coup tordu

Avec 621 délégués, Trump est à mi-chemin des 1237 nécessaires (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/republican_delegate_count.html) pour rouler sous casaque rouge (la couleur du parti républicain) le 8 novembre. Si Cruz restait en duel face à Trump, le coup pourrait encore être jouable. Avec Kasich toujours sur le ring, mission impossible. Sauf que le national-populiste version étoilée n’est pas certain d’arriver à la convention de Cleveland (18 au 21 juillet) avec 50% des délégués. Dès lors, tout sera possible. Le matin du premier jour de la convention, le comité des règles se réunira pour définir justement ses règles. Quelles seront-elles? Permettront-elles au délégués de voter pour qui leur semble bon au mépris du mandat des électeurs? En tout cas, une chose est certaine: en la matière, la loi du parti prévaudra sur la loi de l’Etat. Et même s’il décroche l’estampille du GOP (Grand Old Party, le surnom du parti républicain), il pourrait faire face à une candidature concurrente suscitée par l’establishment. D’ici quelques jours, des notables républicains vont se réunir pour envisager de lancer ce genre de missile au cas où…

 

 

 

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Coup d’arrêt pour Trump, relance pour Sanders

 

Les votes de samedi ont peut-être marqué un tournant dans la primaire républicaine : un front anti-Trump semble prendre corps. Après ses deux victoires, le candidat socialiste déclare : « Ne nous barrez pas de la liste. »

Le mardi fut bon pour les favoris. Le samedi s’est avéré meilleur pour les outsiders (http://www.nytimes.com/elections/results). Le « super Tuesday » du 1er mars avait permis à Donald Trump et Hillary Clinton d’engranger victoires (sept chacun) et délégués, taillant leur chemin vers un duel en novembre. Les votes qui se sont déroulés samedi indiquent que rien n’est joué, particulièrement chez les Républicains. Le milliardaire nationaliste a accusé le premier revers de sa campagne. Donné largement en tête dans les derniers sondages, il a subi deux défaites cuisantes et engrangé deux victoires courtes, qui révèlent une perte de dynamique certaine. Dans le Kansas (48% à 23%) et le Maine (46% à 33%), il est battu par le candidat chrétien évangéliste Ted Cruz. En Louisiane et dans le Kentucky, il ne le devance de quelques points. Trump n’est pas invincible : l’establishment républicain ne manquera pas d’apprécier. Faut-il mettre ces revers sur l’offensive publique d’un certain nombre de personnalités respectées au sein du parti ? Jeudi dernier, Mitt Romney, le candidat battu par Obama en 2012 a sorti l’artillerie lourde : escroc, charlatan, malhonnête. John Mc Cain, le candidat de 2008, a confirmé tout le mal qu’il pensait de Trump. Et un certain nombre de notables du parti républicain ont clairement fait savoir qu’il ne voterait pas pour le milliardaire nationaliste s’il devait remporter la course à l’investiture.

Les dépouillements des votes montrent que Trump domine largement dans les procurations mais se retrouve distancé dans les votes effectués samedi. Il s’est donc bien passé quelque chose qui ressemble à un début de front anti-Trump. La participation qui a doublé en Louisiane et quadruplé dans le Kansas et le Maine est significative, selon Harry Enten, l’un des spécialistes du site 538 (http://fivethirtyeight.com): « Je ne suis pas preneur de l’argument selon lequel le vote Trump permet une augmentation de la participation. Beaucoup de gens dans le Kansas sont sortis, semble-t-il, pour voter contre lui. »

Mais d’une certaine façon, le week-end fut aussi atroce pour la direction du G.O.P. (Grand Old Party, son surnom) que le mardi précédent. Son favori, Marco Rubio, est en train de sombrer : il réalise entre 8% (dans le Maine) et 17% (dans le Kansas), faisant globalement à peine mieux que John Kasich, le gouverneur de l’Ohio. L’alternative à Trump, cauchemar numéro 1 de l’élite de droite, c’est Ted Cruz, cauchemar numéro 2… Rubio joue son va-tout, le 15 mars prochain, dans l’Etat de Floride, dont il est l’un des sénateurs. Il accuse pour l’instant un retard de 20 points dans les sondages. Pour voir le point sur le nombre de délégués : (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/democratic_delegate_count.html)

Côté démocrates, les cartes ne semblent pas autant rebattues que chez les républicains mais les deux victoires de Bernie Sanders rappellent que ses lourdes défaites dans le Sud ne l’ont pas mis KO…Dans le Kansas, il  obtient presque autant de voix qu’Obama en 2008 et domine très largement Hillary Clinton (68% à 32%) dans le cadre d’un « caucus » (réservé aux seuls électeurs démocrates enregistrés comme tels auprès des autorités). Dans le Nebraska voisin, autre « caucus », autre victoire avec 57% des voix. En Louisiane, l’ancienne secrétaire d’Etat confirme son « firewall » anti-Sanders, grâce à l’électorat africain-américain : 71% dans l’ensemble de l’Etat, 75% à la Nouvelle-Orléans. Mathématiquement, le samedi n’a pas été profitable à Sanders, puisque son retard, en nombre de délégués (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/democratic_delegate_count.html), augmente de huit unités (la Louisiane est autant peuplée que le Kansas et le Nebraska réunis) mais politiquement, ces deux victoires lui permettent de déclarer, dans une interview au New York Times : «  Ne nous barrez pas de la liste. » D’autant que le caucus du Maine, qui se déroule dimanche 6 mars, devrait lui apporter une huitième victoire.

 

 

 

 

 

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Clinton-Trump, duel improbable mais annoncé

(Article publié dans l’Humanité du 3 mars 2016)

L’avantage pris, lors du Super Tuesday, par Hillary Clinton sur Bernie Sanders semble décisif. Côté républicains, Trump tient plus que jamais la corde.

Les citoyens des Etats-Unis auront-ils le choix, le mardi 8 novembre prochain, entre deux bulletins : Hillary Rodham Clinton et Donald John Trump ? Voilà ce qui ressort du Super Tuesday qui mettait en jeu plus d’une dizaine d’Etats : le premier est quasiment prêt à l’impression, le second attend encore son « bon à tirer » final.

Sauf retournement spectaculaire, en effet, Hillary Clinton obtiendra la nomination du parti démocrate. Dans la lignée de son écrasante victoire en Caroline du Sud (73,5% contre 26% à Sanders), l’ancienne secrétaire d’Etat a remporté tous les Etats du Sud (Alabama, Arkansas, Georgie, Tennessee, Texas et Virginie), avec des scores très élevés (de 65 à 78%), ce qui lui permet de distancer son concurrent en nombre de délégués (répartis sur une base proportionnelle). Son « pare-feu » anti-Sanders, identifié par son équipe de campagne, fonctionne à merveille (https://presidentiellesamericaines.com/2016/02/28/hillary-clinton-dans-les-pas-dobama/) : le vote des « minorités », surtout celui des africains-américains, lui a permis de gripper la dynamique du candidat qui l’avait lourdement défaite dans le New Hampshire. Tout joue en sa faveur parmi la communauté africaine-américaine, qui représente 25% de l’électorat démocrate : sa défense du bilan d’Obama, les déclarations implicites de ce dernier en sa faveur, la méconnaissance de la personnalité de Sanders, la puissance des appareils locaux du parti démocrate (élus et pasteurs).

Distancé dans le Sud, le candidat qui se définit comme « socialiste » a enregistré un certain nombre de victoires qui lui permettent de se maintenir dans la course : outre son fief du Vermont (86%), le Colorado (59%), swing state » (Etat clé) lors des élections générales à la forte proportion de Latinos, le Minnesota (62%), Etat du midwest à la forte tradition de progressisme, l’Oklahoma, Etat du Sud où vivent de nombreux Indiens, parmi lesquels Sanders est très populaire. Le sénateur échoue de peu (48,5% contre 50,3%) dans le Massachusetts, bastion démocrate et terre des Kennedy. A l’issue du Super Tuesday, il compte 349 délégués contre 544 à sa rivale. Les rendez-vous de la deuxième quinzaine de mars lui sont plus favorables et il devra remporter des victoires dans l’ancienne ceinture industrielle du midwest (Ohio, Illinois, Michigan) pour espérer renverser la vapeur et ainsi amener les superdélégués (les « grands élus » du parti) à reconsidérer leurs positions, eux qui soutiennent aujourd’hui massivement Hillary Clinton (457 à 22). Mission impossible ?

Mission également de plus en plus impossible pour les opposants à Trump. Le Super Tuesday a de nouveau marqué une soirée cauchemar pour eux. Non seulement le milliardaire raciste et démagogue a remporté sept Etats (Vermont, Massachusetts, Georgie, Virginie, Arkansas, Tennessee, Alabama) mais les résultats dans les autres Etats permettent à tous ses concurrents de rester en course et de ne pas créer un front anti-Trump. Ted Cruz a gagné dans le Texas, où il est sénateur, mais également dans l’Oklahoma et dans l’Alaska. La deuxième place de John Kasich dans le Vermont va le consolider dans sa décision de maintenir sa candidature jusqu’au vote dans l’Ohio, dont il est le gouverneur, le 15 mars. Et le nouveau « champion » de l’establishment républicain, le sénateur de Floride Marco Rubio a remporté le Minnesota mais pas la Virginie, ce qui l’aurait placé en position de force pour incarner la seule alternative à Trump. L’avance de ce dernier, en nombre de délégués, n’est pas encore irrémédiable : 274 contre 152 à Cruz, 113 à Rubio et 27 à Kasich.

Mais les compteurs vont bientôt s’affoler : à partir de la mi-mars, la distribution proportionnelle des délégués cédera la place à la règle du « winner take all » (le premier rafle la mise). C’est une innovation du cru 2016, mise en place par la direction du parti républicain après le processus sans fin de 2012, afin de favoriser celui qui mène la danse (Romney en 2012). Les stratèges de l’appareil n’avaient tout simplement pas prévu que cela profiterait à un Bush ou à un Rubio mais à un Trump. Le 15 mars, Rubio (Floride) et Kasich (Ohio) joueront leur va-tout à domicile. Faute, ensuite, d’un ralliement derrière un candidat unique, Trump pourra envoyer sur les rotatives un bulletin de vote à son nom.

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