Les républicains disposent d’un net avantage financier dans une élection qui bat tous les records de dépenses. Mais dans les sondages, ils sont plombés par les politiques et la personnalité du président en exercice. (Article publié dans l’Humanité magazine du 29 octobre 2026.)
Les républicains ont d’ores et déjà gagné une bataille : celle de l’argent. Dans un cycle électoral qui est en train de battre tous les records – le cap des 10 milliards de dollars dépensés pour ces élections de mi-mandat, primaires incluses, a été franchi mi-octobre –, le parti au pouvoir a disposé d’une cagnotte supérieure de 10 % à celle de ses opposants démocrates. Et lorsque l’on compte en milliards, cela peut créer une immense différence pour maintenir une majorité dans les deux chambres du Congrès.
Pourtant, sur le terrain, dans les circonscriptions et États qui feront la décision pour la Chambre des représentants et le Sénat, les candidats démocrates disposent quasiment tous d’un avantage dans les levées de fonds, abondées par des dons individuels de citoyens de quelques dizaines voire centaines de dollars, signe d’un enthousiasme supérieur. Mais les républicains ont comblé leur retard avec leur force de frappe nationale, notamment le comité d’action politique (PAC) lié à Donald Trump.
Et devinez qui verse le plus au pot ? Des milliardaires principalement, au premier rang desquels on trouve Elon Musk. L’« homme le plus riche du monde » a ainsi versé, selon le New York Times, 366 millions de dollars (325 millions d’euros) depuis le début de l’année : 90 pour peser lors des primaires et 276 injectés dans la campagne générale depuis le mois de juillet. Le candidat républicain pour le siège de sénateur du Texas, Ken Paxton, en grande difficulté, a, à lui seul, reçu 158 millions de dollars.
Une telle inondation de billets verts a été rendue possible par une décision de la Cour suprême, en 2010, connue sous le nom de Citizens United. Considérant que l’argent constituait un moyen d’expression et que les entreprises avaient droit, comme les individus, au « free speech », elle a supprimé la quasi-totalité des restrictions réglementant le financement de la vie politique. Année après année, les financements se font plus massifs – notamment de la part des plus riches – et les circuits plus opaques.
Si l’on suit l’argent, comme le conseillait la source secrète du scandale du Watergate, il révèle aussi un paysage politique pour le moins compliqué pour les républicains et Donald Trump, le président le plus impopulaire à ce stade d’un mandat. Ces dernières semaines, les stratèges du Grand Old Party (GOP, surnom du Parti républicain) ont réorganisé l’allocation des fonds vers des endroits jadis considérés comme des places fortes républicaines, voire des bastions imprenables.
Le parcours des meetings de Donald Trump dessine la même carte. Depuis le début du mois d’octobre, il s’est rendu dans six États (Alabama, Texas, Oklahoma, Montana, Alaska et Kansas) qu’il a tous remportés lors de ses trois campagnes présidentielles. En football américain, on appelle cela « jouer la défense ».
Mais il ne peut pas jouer partout, contrairement à ce qu’il prétend : de très nombreux candidats républicains ne veulent pas s’afficher avec celui qu’une majorité d’Américains rendent responsable notamment de l’inflation et de la guerre en Iran. Son nom n’est mentionné que dans 1 % des clips électoraux des candidats qui sont censés le soutenir. L’incantation de Donald Trump en septembre – « faites comme si mon nom était sur les bulletins » – est en fait l’ultime cauchemar de n’importe quel candidat républicain.
« C’est presque comme s’il s’agissait d’un schéma récurrent, analyse le chroniqueur Jamelle Bouie dans les colonnes du New York Times. Lorsque Trump est candidat, il incarne une idée séduisante, un potentiel porteur de prospérité. Mais lorsque les Américains sont contraints de faire face à la réalité de la gouvernance Trump – une Maison-Blanche dysfonctionnelle et chaotique, peuplée des pires flagorneurs, idéologues et extrémistes que l’on puisse imaginer –, ils se retournent rapidement contre lui et cherchent des moyens de limiter et de restreindre son autorité. »
Les sondages, eux, « annoncent » une vague bleue et un gain de la Chambre des représentants et du Sénat pour le parti d’opposition. Moins par enthousiasme des électeurs démocrates pour ses propres dirigeants que par désaffection des électeurs républicains.
Et c’est justement à cela que va servir dans la dernière ligne droite le « pactole Maga » : les convaincre que si Trump n’est pas sans défaut, les démocrates sont pires et sont désormais otages des « radicaux » et des « socialistes ». Cela tourne en boucle sur les tous les téléviseurs, matin, midi et soir. L’argent servira-t-il de digue face à la colère qui s’exprime depuis des mois dans tout le pays ?