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Le programme « complexé » des démocrates

Il y a une semaine, les républicains, adoptaient au cours de leur convention de Tampa, un programme (https://presidentiellesamericaines.com/2012/08/29/romney-plus-a-droite-que-reagan-la-derive-du-parti-republicain/) de droite décomplexée. Ces jours-ci, les démocrates ont eux aussi élaboré une « plateforme ». Dans la rhétorique,  c’est une vision différente de celle des Républicains qui s’exprime. Dans la transposition en propositions concrètes, c’est un « mixte » beaucoup plus balancé et « centriste » qui ressort. Plus « complexé ». Comme si l’objectif principal de ces mesures était de ne pas trop prêter le flanc aux critiques républicaines. A titre d’exemple, la réforme dite du « card-check » pour faciliter la création d’un syndicat sur le lieu de travail, présente dans le projet de 2008 mais jamais appliquée, a carrément disparu cette année.

La soirée de mercredi soir en a fourni un autre exemple caricatural : la direction du parti a fait réintégrer dans la plateforme une mention à Dieu et une référence à Jérusalem, « capitale de l’Etat d’Israël » – toutes deux absentes dans la première mouture – alors que dans la salle, les « no » égalaient si ce n’est dominaient les « yes ». Le président de séance a ignoré le fait et considéré que les délégués avaient adopté… (voir la vidéo ci-dessus)

Pour le reste, voici :

 

Fiscalité : « juste part » et réductions d’impôts pour les sociétés

Le parti démocrate propose d’en finir avec les réductions massives d’impôts accordées aux plus riches par Bush en 2001 et 2003. Encore faudrait-il pour cela que non seulement Obama reste à la Maison Blanche mais que la Chambre des représentants vire démocrate. Il est également proposé de réformer le Code des impôts et de mettre fin aux exemptions et failles du système actuel. Comment sera utilisé l’argent récupéré ? Il financera des exemptions d’impôts pour les entreprises qui investissent et créent des emplois aux Etats-Unis. Donc, des niches fiscales pour les sociétés remplacent d’autres niches pour les sociétés.

Salaires: un “coup de pouce” au SMIC

On dirait presque une proposition française ! Celle de Barack Obama, non plus, n’est pas chiffrée. Le salaire minimum au niveau fédéral s’établit à 7,75 dollars par heure. Une coalition d’avocats progressistes, autour de Ralph Nader, l’ancien candidat à la présidentielle, propose de le porter à 10 dollars (ce qui, compte tenu de l’inflation, le ramènerait à son niveau de 1968). Deux parlementaires démocrates ont présenté un plan amenant ce SMIC américain à 9,80 dollars en trois ans. Il faudra donc attendre l’éventuelle réélection d’Obama pour en savoir plus.

Protection sociale : du net et du flou

Le chapitre sur la réduction des déficits ne comporte aucune mesure concernant Medicare (assurance-santé pour les plus de 65 ans) et la Social Security (le système de retraites). C’est une bonne nouvelle lorsque l’on sait que les démocrates étaient prêts à concéder de telles réductions lors du bras de fer, pendant l’été 2011, sur la dette engagé par les républicains du Congrès. Il y a pourtant un « flou » : il n’est affirmé, nulle part, que l’administration démocrate s’engage à protéger ces programmes de réductions y compris en dehors des mesures de réduction de la dette. Il est écrit : « Nous rejetons les approches selon lesquelles la réduction des prestations est la seule réponse ». Le mot « seule » fait évidemment toute la différence.

Société : du clair et de l’obscur

La plateforme rappelle le soutien sans failles des démocrates à l’arrêt Roe v Wade qui fait du droit à l’avortement un droit constitutionnel. Tout aussi clairement, le parti de Barack Obama, dans la foulée du président lui-même en mai dernier (http://www.humanite.fr/monde/obama-et-le-mariage-gay-un-risque-politique-pas-si-sur-496260) se prononce pour l’autorisation du mariage gay.

En revanche, la peine de mort n’est pas remise en cause. « Nous pensons que la peine de mort ne doit pas être arbitraire », peut-on lire, comme si le fait d’enlever la vie d’un être humain ne relevait justement pas, en soi, de l’arbitraire.

Concernant les armes à feu, l’interdiction des armes d’assaut masque mal un grand vide face à l’un des fléaux américains. Les démocrates reprennent même à leur compte la rengaine des lobbys selon laquelle le second amendement de la Constitution (rédigé juste après la guerre d’indépendance, au cours de laquelle le peuple des colons en armes a joué un rôle majeur) accorde un droit de port d’armes à titre individuel alors que les selon les défenseurs du contrôle des armes, il n’est constitutionnel qu’en tant que droit collectif.

Politique et argent : la promesse d’une digue

En 2010, la Cour Suprême a levé toute digue au financement privé des campagnes électorales. Depuis, l’argent déferle comme jamais sur la politique américaine. Le parti démocrate veut faire adopter un amendement constitutionnel qui en finirait avec cet arrêt. Il faut dire que cette session de collecte 2012 s’annonce moyenne pour le président sortant alors qu’en 2008 il avait pu dépenser deux fois plus d’argent que son adversaire républicain, John McCain (735 millions de dollars contre 368). Wall Street qui avait misé sur Obama en 2008 ont reporté leurs dons sur Romney cette année.Image

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Pourquoi Barack courtise Charlotte…

ImageLes choix des villes accueillant les conventions ne relèvent ni du jeu de hasard ni de celui des fléchettes. Le parti républicain a opté pour Tampa, la semaine dernière, pour tenter de faire bouger les lignes en Floride, Etat « faiseur de rois » depuis une décennie, où la « bascule » risque de se faire dans le corridor Orlando-Tampa, le plus dynamique démographiquement ces dernières années. Même objectif pour le parti démocrate avec sa convention qui s’ouvre ce soir à Charlotte, la plus grande ville de Caroline du Nord, dixième Etat le plus peuplé du pays avec ses quinze grands électeurs (soit presque autant que le Michigan) qui peut s’avérer décisif le 6 novembre. En 2008, Barack Obama avait été le premier démocrate depuis Jimmy Carter, en 1976, à empocher la Caroline du Nord, avec 0,32% d’avance sur John McCain. Les sondages accordent actuellement deux points d’avance à Mitt Romney. Certains analystes démocrates avancent que si la convention de cette semaine ne créé pas un frémissement en faveur du président sortant, il faudra délaisser cet Etat pour concentrer ses forces dans d’autres Etats. D’autres insistent sur le fait que le coup est jouable. Ils s’appuient pour cela sur la démographie. La Caroline du Nord est passée de 8 millions d’habitants en 2000 à 9,5 millions en 2010. Ce dynamisme repose notamment sur les « minorités » puisque 61% des nouveaux habitants de la décennie passée en sont issus. Déjà importante dans cet Etat du Sud, la population africaine-américaine ne cesse d’augmenter pour représenter aujourd’hui 22% de la population totale. De nombreux noirs quittent les grandes métropoles du Nord et du Midwest, devenues trop chères à habiter, pour s’installer dans des villes moyennes mais dynamiques économiquement. Avec la Virginie et la Georgie, la Caroline du Nord fait partie du peloton de tête des Etats bénéficiaires. Parallèlement, la part des Latinos augmente : 8,6% aujourd’hui. Ces deux électorats sont favorables au camp démocrate.

Selon une enquête réalisée par un institut proche des démocrates, Romney obtient 54% contre 41% parmi les électeurs qui résident dans l’Etat depuis plus de trente ans. Mais Obama prend l’avantage (58-37) chez les autres avec une pointe à 66-27 pour ceux qui sont arrivés depuis l’an 2000. L’enjeu pour le camp démocrate sera donc de mobiliser, de combattre l’abstention. De ce point de vue, la Caroline du Nord apparaît comme un « banc d’essai » d’une stratégie nationale.

Mais en choisissant Charlotte, le président sortant s’est fâché avec une partie des syndicats, soutiens traditionnels du parti démocrate. « Je suis déçu par le fait que non seulement les démocrates aient choisi la Caroline (l’un des Etats où le taux de syndicalisation est le plus faible dans le pays, NDLR) mais qu’en plus ils ne nous ait pas parlé. C’est la première fois que cela arrive depuis des années”, a regretté Ed Hill said Hill, président de l’International Brotherhood of Electrical Workers union (675 000 membres) qui n’assistera pas à la convention démocrate. Une contradiction de plus à affronter pour le président sortant.

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La seule façon pour Romney de l’emporter…

Discours attendu, discours convenu. Mitt Romney n’avait pas à inventer l’eau chaude, jeudi soir, pour sa prestation face à la convention républicaine. Simplement décliner la stratégie du parti : taper Obama, taper Obama, taper Obama. C’est, certes, de « bonne guerre » face à un adversaire empêtré dans la plus grave crise économique du pays depuis les années 30 et qui, de plus, a déçu une frange importante de son électorat. Mais, pour le parti républicain, ce n’est pas seulement un angle d’attaque « facile » : c’est le seul qu’il a, à sa disposition. Croit-on vraiment que Romney-Ryan vont convaincre une majorité d’électeurs américains sur la base du programme le plus droitier depuis la fin de la seconde guerre mondiale ? Non, le seul moyen pour le parti de l’éléphant de l’emporter est de démobiliser le camp démocrate, pousser les électeurs de 2008 à ne pas retourner aux urnes.

Nombre de commentateurs accordent une place trop importante à ces électeurs changeants (swing voters) et aux « indépendants » (qui ne le sont pas vraiment puisqu’ils se disent eux-mêmes plus proches d’un camp que de l’autre). Peu des « obamistes » de 2008 deviendront des « romneyistes » en 2012.

Comme à chaque scrutin aux Etats-Unis (et en France, d’ailleurs), ce qui fera la différence en novembre 2012 sera la capacité de chaque candidat à mobiliser sa base, son électorat « naturel ».

Repartons du scrutin de 2008 pour jauger des forces révélées cette année-là. Il s’est beaucoup écrit que Barack Obama et les démocrates avaient bénéficié, d’une « fenêtre de tir » historique avec la conjugaison de la pathétique fin du mandat de Bush fils et du déclenchement de la crise. Cette explication peut paraître frappée au coin du bon sens mais elle est… erronée.

Regardons les chiffres. John Mc Cain, le candidat républicain en 2008, a recueilli 60 millions de suffrages (soit 45,6% des exprimés) contre 62 (50,7%) à Bush en 2004. Entre les deux scrutins, l’électorat républicain ne s’est érodé que de 3,22%…

Par comparaison, Nicolas Sarkozy a perdu, en 2012, 23% des voix de droite de 2007. Revenons aux Etats-Unis. Si Obama n’avait pas fait mieux que John Kerry (59 millions de voix), il aurait été battu. Le sénateur de l’Illinois en a récolté dix millions de plus (et 18 millions de plus que Gore en 2000 pour 19 millions d’inscrits supplémentaires), grâce notamment à la mobilisation sans précédent des jeunes et des « minorités » (Africains-Américains et Latinos). Barack Obama a donc attiré 69,5 millions des suffrages exprimés : 52,87% des suffrages exprimés. Le taux de participation s’est élevé à 75% soit le plus élevé depuis 1992 et la défaite du président sortant George Bush face au candidat démocrate Bill Clinton.

Le sénateur de l’Illinois a engrangé 39,33% des inscrits, ce qui en fait le président le mieux élu depuis Ronald Reagan en 1984 mais il s’agissait alors d’une réélection. Si l’on s’en tient à une « première », Barack Obama a été le mieux élu depuis Lyndon Johnson, un autre démocrate, en 1964. Encore faut-il considérer que ce dernier occupait la fonction depuis l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, un an plus tôt, et que la loi sur les droits civiques (promulguée le 2 juillet de la même année, alors que le scrutin présidentiel se déroule en novembre) n’avait pas encore pu produire ses effets en termes d’inscription des Noirs sur les listes électorales. Si l’on rapporte le nombre de voix obtenus à la population en âge de voter, le taux baisse, par définition (puisque l’on y inclut ceux qui ne sont pas inscrits, dont la population carcérale, surdimensionnée aux Etats-Unis) mais on dresse la même conclusion : depuis la fin de la ségrégation, jamais une telle majorité ne s’était rassemblée pour porter un candidat à la Maison Blanche.

Le résultat de l’élection de 2008 n’est donc pas le produit d’un vote-sanction (même si certains électeurs ont ainsi voulu clore l’ère Bush) mais la résultante d’une adhésion à une rhétorique de l’espoir et du changement ainsi que de la perspective historique d’élire pour la première fois un Noir à la Maison Blanche. Que le mandat de Barack Obama ne se soit pas hissé à la hauteur de ces immenses espérances est une chose, réelle au demeurant. Que la majorité de 2008 se soit évaporée pour autant en est une autre, irréelle celle-là.

Même la débâcle démocrate de mi-mandat (la « raclée », selon les propres mots d’Obama) n’invalide pas ce postulat du scrutin 2012. Les démocrates ont en effet subi leur plus grand revers parlementaire depuis 1938, perdant le contrôle de la Chambre des représentants. On a pu lire que l’Amérique avait soudainement viré à droite. Vrai si l’on résonne à volumes constants. Faux, en réalité. 82 millions d’Américains sont allés aux urnes pour ce scrutin contre 130 pour la présidentielle. Les plus représentés parmi les abstentionnistes : les « libéraux » (au sens américain), les jeunes, les Noirs et les Latinos, bref, des démocrates. CQFD. Demeure la grande question de cette année d’élection présidentielle : sachant qu’il ne faut surtout pas compter sur une démobilisation du camp républicain, plus que jamais soudé par l’anti-obamisme, comment Barack Obama va-t-il s’y prendre pour reformer sa grande coalition électorale de 2008 ?

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Romney plus à droite que Reagan : la dérive du parti républicain

On ne résiste pas au plaisir de vous livrer l’attaque du papier de Michael Cooper, paru ce jour dans le New York Times (version complète: http://www.nytimes.com/2012/08/29/us/politics/republican-platform-takes-turn-to-right.html?hp)Image:

« Une plateforme déclare que les Hispaniques et autres ne devraient pas être « interdits d’accès à l’éducation et à l’emploi parce que l’Anglais n’est pas leur première langue ». Elle met en lumière le besoin de transports de masse dans les villes « sûrs et abordables », notant que « les transports de masse offrent une perspective d’économies d’énergie ». Et elle écrit en préambule de son chapitre sur l’avortement : « Nous reconnaissons des points de vue différents parmi les Américains en général – et dans notre propre parti ».

L’autre plateforme dit que « nous soutenons l’Anglais comme langue officielle de la nation (ce qu’elle n’est pas, NDLR) ». Elle gronde l’administration démocrate pour avoir « remplacé l’ingénierie civile par l’ingénierie sociale en poursuivant exclusivement une vision urbaine d’habitat dense et de déplacements publics ». Et son chapitre sur l’avortement ne reconnaît aucune contestation, affirmant la position que « les enfants non-nés ont un droit fondamental à la vie qui ne peut pas être enfreint ».

Non, ces deux plateformes ne sont pas celles des partis démocrate et républicain. Elles sont toutes les deux républicaines : la première date de 1980, à l’aube de la révolution Reagan, et la seconde de 2012 a été approuvée mardi après-midi à Tampa, Florida ».

Romney plus à droite que Reagan : la dérive droitière du parti républicain se lit, en effet, à chaque ligne des 62 pages de la plateforme directement inspiré des thèses des Tea Parties, la plus à droite de l’histoire du G.O.P. (Grand Old Party, son surnom) depuis l’avènement du New Deal de Roosevelt.

 

Réduction des dépenses publiques

Ce n’est évidemment pas une surprise : les Républicains proposent de réduire la dette et de faire voter des budgets « à l’équilibre ». La plateforme propose de réduire de manière drastique les dépenses fédérales mais, de manière surprenante, aucun objectif chiffré n’est posé noir sur blanc. Il faut donc en déduire que c’est le fameux « plan Ryan », concocté il y a deux ans par le représentant du Wisconsin, désormais second de Mitt Romney sur le ticket républicain, qui s’appliquerait. Pour mémoire, il propose de réaliser 6000 milliards d’économies durant les dix prochaines années.

Le dépeçage de Medicare

Il ne faut pas aller chercher bien loin les sources d’économies. Quelques lignes plus bas, le texte stipule que Medicare (programme de protection sociale des plus de 65 ans), Medicaid (programme de protection sociale des enfants pauvres et de leurs mères), tous deux créés dans les années 60, et la « Social Security » (système public de retraites, issu des années 30) représentent près de la moitié des dépenses publiques. Le parti républicain propose de relever l’âge d’éligibilité de ce programme et de remplacer la couverture universelle pour les « seniors » par un système de « vouchers » (bons) à utiliser auprès des compagnies d’assurances privées. Cela porte un nom: privatisation.

 

La mort lente de l’impôt progressif sur le revenu

Le chapitre sur l’impôt est l’un des plus illustratifs de la dérive continue du parti républicain. On peut y lire cette phrase : « Les impôts, par leur nature, réduisent la liberté du citoyen ». Cette assertion est, historiquement, libertarienne non républicaine. « L’impôt est une entrave à la liberté », avait déjà asséné Mitt Romney lors de la campagne des primaires. John Jay, père fondateur et premier président de la Cour Suprême, y voyait, au contraire, le « prix de la liberté, de la paix, de notre propre sécurité et de la postérité ».

« Nous rejetons l’utilisation de l’impôt pour redistribuer les revenus », est-il encore écrit dans le texte de 62 pages. Au menu : étendre les allégements fiscaux (pour les plus riches, NDLR) votés sous Bush en 2001 et 2003, mettre fin à aux droits de succession. Il est même envisagé, dans le cadre d’une réforme ultérieure, d’abroger le seizième amendement de la Constitution qui a établi en 1913 l’impôt sur le revenu fédéral.

Guerre aux syndicats

Sous le vocable « liberté sur le lieu de travail », le parti républicain assume la guerre qu’il a déclarée aux organisations syndicales (http://www.humanite.fr/monde/dans-le-wisconsin-les-republicains-sur-les-lieux-de-leur-tentative-de-crime-493694). Après un hommage rendu aux gouverneurs qui ont tenté de faire passer des législations limitant le droit de négociation collective des syndicats, le GOP annonce qu’il s’attaquera, une fois élu, au processus (très compliqué, au demeurant) de constitution de syndicats dans les usines, bureaux ou magasins.

Société : l’ordre moral évangélique

Pour la première fois, une plateforme du parti républicain propose d’interdire, au nom de la sainteté de la vie humaine », l’avortement en toute circonstance, donc même en cas de viol ou d’inceste. L’arrêt de la Cour Suprême, Roe v Wade, rendu en 1973 considère, en revanche, l’avortement comme un droit constitutionnel. Interdiction programmée également du mariage gay – « un assaut contre les fondations de notre société ». Autorisation sans limites, en revanche, du port d’armes. Le programme républicain propose également la « présentation publique des dix commandements ». On attend donc avec impatience le rappel par un élu républicain devant un congrès du NRA (National Rifle Association, le puissant lobby des armes à feu), du sixième d’entre eux : « Tu ne tueras point ».

Politique étrangère : le retour des « néos-cons »

Avec le départ, dans l’opprobre, de George W. Bush, on croyait les néo-conservateurs condamnés à l’errance durant des décennies. Voilà que leur idéologie resurgit. Soutien indéfectible à Israël avec Jérusalem pour capitale. Critiques de la tentative de nouveau départ (« reset ») des relations avec la Russie par l’administration Obama. Plus généralement, leçons de démocratie dispensées à la terre entière. Avec, en point d’orgue, cette « pépite » sur la Chine : « L’exposition aux Chinois de notre mode de vie peut être la plus grande force pour le changement dans leur pays ».

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Déluge ultra-droitier annoncé sur Tampa

L’ouragan Isaac a finalement épargné Tampa mais la ville sera bien frappée dès ce soir par un déluge ultra-droitier. Cette convention républicaine s’annonce effectivement comme l’une des plus à droite de l’histoire. Elle s’apprête même à décrocher le pompon de la plus « ultra » des grands-messes du parti fondé par Abraham Lincoln.

Les premiers échos concernant la plate-forme qui sera adoptée en conclusion des trois jours de débat le confirment : l’assaut général est décrété contre les conquêtes sociales et sociétales de ce dernier demi-siècle.

En choisissant Paul Ryan, champion des « Tea Parties », comme second, Mitt Romney n’a pas seulement donné des gages à la base ultra-conservatrice du parti républicain qui le considère encore et toujours comme trop « modéré ». Il a également proposé un cap au pays : en finir avec ce qui reste du « New Deal » de Franklin Delano Roosevelt et de son enfant des années 60, la « Grande société » de Lyndon Johnson. Le représentant du Wisconsin est en effet l’auteur d’un « plan » pour le moins « radical » (au moins dans sa propre logique) : 6000 milliards d’économies à réaliser dans la décennie à venir via des coupes faramineuses dans tous les budgets fédéraux et la privatisation partielle (dans un premier temps) de Medicare, le programme de protection sociale des plus de 65 ans. Le camp Obama a affublé le député Ryan du sobriquet de « Robin des Bois à l’envers ».

Côté société, le parti républicain va poursuivre sa croisade contre les droits des femmes, notamment celui de disposer de son corps. La semaine dernière, Todd Akin, le candidat républicain pour l’un des sièges de sénateurs du Missouri, avait encore franchi un cran en estimant qu’il était « très rare » qu’une femme se trouve enceinte suite à un viol puisque son corps réagit « naturellement » et « a des moyens d’empêcher la fécondation ». Face au tollé, Romney avait pris ses distances. L’ultraconservateur du Missouri ne sera pas de la convention de Tampa mais son esprit sera bien présent dans le programme officiel du parti. On devrait y retrouver la proposition d’apporter à la Constitution des Etats-Unis un « amendement sur la vie humaine » et un « salut » à tous les Etats qui multiplient les obstacles. Le parti républicain devrait donc prendre position contre l’avortement même en cas de viol ou d’inceste. Lors de la campagne des primaires, Mitt Romney s’était prononcé pour que la Cour Suprême infirme l’arrêt Roe v. Wade rendu en 1973 par cette même Cour et qui reconnaissait l’avortement comme un droit constitutionnel…

Dès vendredi, Mitt Romney et Paul Ryan aborderont, sans doute, les deux derniers mois de la campagne avec une organisation ragaillardie, malgré des divisions profondes, et soudée, au moins par l’envie de bouter Obama hors de la Maison Blanche. Seul petit « problème » pour le ticket républicain: comment rendre majoritaire dans les urnes un projet politique et idéologique minoritaire dans le pays ? (voir http://www.humanite.fr/monde/la-seule-facon-pour-romney-de-l%E2%80%99emporter-face-obama-497554)

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Paul Ryan : l’erreur de Romney

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Mitt Romney vient de faire la même erreur que John McCain en 2008 : choisir un candidat qui plaît à la base du parti républicain. Le candidat du GOP a annoncé, samedi, à bord du cuirassé « USS Wisconsin », qu’il avait choisi pour compléter le ticket, Paul Ryan, représentant du… Wisconsin, conservateur fiscal, chouchou des « Tea Parties ». L’ancien gouverneur du Massachusetts y est allé de sa désormais traditionnelle gaffe en le présentant comme le « prochain président des Etats-Unis ». Pour cela, il faudrait que deux conditions soient remplies : 1. Que Romney soit élu en novembre. 2. Qu’il décède au cours de son mandat !

Revenons aux choses sérieuses. Comme John McCain, en 2008, Mitt Romney pâtit d’une réputation de « tiède » et de « modéré » au sein du « bloc évangélique » et de l’ultra-droite qui font la pluie et le beau temps au sein du parti républicain. Comme John McCain, il a donc décidé de se « couvrir » sur sa droite. Le candidat de 2008 avait, à la surprise générale, choisi Sarah Palin, l’ultra-droitière gouverneur de l’Alaska qui s’était aussitôt lancé dans un festival de déclarations à l’emporte-pièce et de bourdes plombant le ticket. Certes Paul Ryan, représentant depuis 1999, a un profil plus « sérieux ».

Cela ne change rien à l’affaire de Romney : avec Ryan, il déporte le ticket républicain vers la droite de l’échiquier politique. Cela lui assurera une convention républicaine de toute tranquillité mais compliquera sa tâche en novembre. L’homme qu’il a choisi à ses côtés propose de réaliser 6000 milliards d’économies durant les dix prochaines années. Sa recette : des coupes faramineuses dans les budgets fédéraux. Surtout ne pas augmenter les impôts pour les plus riches, pour lesquels celui qui est surnommé par le camp adverse « le Robin des Bois à l’envers » a voté des exonérations massives sous la présidence de Bush. Il entend même s’attaquer à Medicare, le programme de protection sociale des plus de 65 ans, certes coûteux mais efficace et populaire. Les groupies du Tea Party sont aux anges mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces idées-là ne sont pas populaires aux Etats-Unis. Elles le sont même de moins en moins, comme le prouvent de nombreuses enquêtes d’opinion. Le premier effet probable de l’annonce du ticket républicain ? Remobiliser un électeur d’Obama en 2008 déçu par la présidence de ce dernier mais effrayé par la bande d’ultra-conservateurs qui frappent à la porte de la Maison-Blanche.

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JO: et pourtant Romney avait raison

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Pauvre Mitt Romney. Pour une fois qu’il disait quelque chose de censé, le voilà assailli de critiques et contraint à un rétropédalage en col hors-catégorie. Comme d’habitude, c’est le tabloïd « The Sun » qui remporte la palme de la finesse : « Mitt the twit » (Mitt l’idiot).

Qu’a donc bien pu dire le candidat républicain pour s’attirer une telle volée de bois vert ? L’envoyé spécial de  l’Humanité que je suis peut vous répondre : la vérité, tout simplement. A peine arrivé à Londres pour y organiser des repas de collectes de fonds (personne, en revanche, n’a trouvé utile d’user de l’encre à dépeindre les relations financières du même Romney avec les pontes de la banque Barclay’s, au coeur d’un scandale financier: http://www.humanite.fr/monde/londres%C2%A0-scandale-retentissant-sur-la-city-500093 et http://economieamericaine.blog.lemonde.fr/2012/07/26/les-banquiers-de-barclays-pries-de-ne-pas-fricoter-avec-mitt-romney/), l’ancien gouverneur du Massachusetts a été interrogé sur les préparatifs des Jeux. Franc du collier, comme toujours, il a trouvé « troublantes », « déconcertantes » et « pas très encourageantes » les difficultés rencontrées par la grande agence de sécurité G4S qui a constaté il y a quelques jours son incapacité à remplir son contrat. Du coup, l’armée est sortie de ses casernes pour remplacer les gardes privés. Il a émis également quelques doutes sur l’engouement populaire. Là aussi, les journalistes ne peuvent que constater l’exode de centaines de milliers de Londoniens quittant la capitale anglaise pour éviter le « chaos » prévisible.

Il va sans dire que de telles évidences ne se répètent pas officiellement lorsque l’on prétend à diriger la plus puissante diplomatie du monde. Mais dans le concert ultra-consensuel – on a même entendu le premier ministre David Cameron affirmer, au détriment de la plus simple réalité, que le coût du parc olympique respectait le budget prévu ! -, voilà une brise de fraîcheur.

Hier, il est venu faire contrition face aux caméras : « Mais après deux jours ici, il me semble que Londres est prête ». Obligé de mentir: pauvre Mitt Romney.

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Réforme de la santé : la « croisade » des Républicains

S’il restait une once de doute sur la détermination des Républicains à tailler en pièces la réforme de la santé de Barack Obama, elle s’est évaporée, mercredi 11 juillet, avec le vote organisé à la Chambre des Représentants. Pour la énième fois et alors que la Cour Suprême vient de donner son feu vert à la Loi sur la protection des patients et des soins abordables (son véritable intitulé), les élus Républicains ont voté un projet d’abrogation. Si le scrutin était purement symbolique, il ne faut pourtant pas y voir un rituel. Il relève d’une « croisade obstructionniste », comme le souligne le magazine « The New Yorker » (http://www.newyorker.com/online/blogs/comment/2012/07/house-votes-on-the-repeal-of-obamacare-act.html). Au-delà de l’affaiblissement ponctuel de la base parlementaire du président sortant (quelques démocrates ont joint leurs voix à celles des Républicains), le but de la manœuvre était assez simple : prouver à la base républicaine que la décision de la Cour Suprême ne mettait pas fin à la bataille et que celle-ci allait même prendre une autre dimension avec la montée en puissance de la campagne électorale. Les républicains ont réalisé un choix stratégique : ils ont décidé de faire de l’Obamacare (le surnom à connotation péjorative donné par la droite américaine à la réforme d’Obama) une question centrale du scrutin présidentiel du 6 novembre voire de transformer celui-ci en référendum sur la réforme. Ce choix illustre deux données fondamentales de la vie politique américaine que l’on retrouvera régulièrement dans ce blog :

–         La dérive droitière du parti républicain. La réforme d’Obama ne mérite pas tant d’infamie. Elle ne créée pas une « médecine socialisée », comme l’éructent les dirigeants républicains, au premier rang desquels leur candidat, Mitt Romney, qui mit en place le même type de réforme lorsqu’il était gouverneur du Massachusetts (2003-2007) avant de devoir l’abjurer, cette année, sous la pression des groupes ultra-droitiers. La principale disposition de l’ « Obamacare » tient en l’obligation faite aux Américains de contracter une assurance-maladie (« mandate »), sous peine de sanctions financières. A la charge pour les compagnies privées d’accepter de délivrer un contrat, quelles que soient les conditions financières et les antécédents de la personne, ce qu’elles ne faisaient évidemment pas avant le vote de la Loi. Au grand dam des plus progressistes, cette dernière n’a pas institué l’ « option publique », proposée pendant la campagne de 2008 par Obama lui-même, qui aurait créé un système public concurrent du système privé.

–         La polarisation de l’électorat. En tapant encore, encore et encore sur cette loi-symbole, le G.O.P. (Grand old Party, surnom du parti républicain) cimente la frange la plus droitière de l’opinion publique qui se radicalise mais qui n’en devient pas plus nombreuse pour autant. De l’autre côté de l’échiquier, les électeurs démocrates se radicalisent également. « La polarisation, c’est effectivement le mot-clé de la vie politique américaine, analyse John Nichols, journaliste politique au magazine progressiste « The Nation ». Cela signifie que les Etats-Unis glissent vers la droite, ce dont tout le monde parle tout le temps, mais aussi qu’elle glisse vers la gauche ». Dans un tel contexte, la victoire revient non pas à celui qui tente de convaincre d’hypothétiques indécis mais à celui qui mobilise le mieux ses troupes. Ce qu’ont parfaitement compris les stratèges républicains. Mitt Romney s’en donne donc à cœur joie : partout, il sulfate l’Obamacare. Même dans des endroits mal choisis. Hier, il s’est ainsi fait huer lorsqu’il a de nouveau évoqué l’abrogation de la Loi devant la convention de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), la plus importante organisation de défense des droits des Noirs aux Etats-Unis.

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Le juge Roberts a-t-il vraiment rendu service à Obama ?

Après les auditions de la Cour Suprême, aucun observateur ne donnait cher de la peau de la réforme de la santé d’Obama. Les représentants des Etats républicains avaient mis en difficulté les arguments des défenseurs, peu inspirés, du gouvernement. Pire : le juge Anthony Kennedy avait assez clairement montré son opposition à la disposition centrale du « mandate » qui fait obligation à chaque Américain de contracter une assurance-maladie, sous peine de pénalités financières. Or, ce juge « centriste » fait la balance dans une Cour Suprême divisée entre quatre conservateurs et quatre « libéraux ». Mauvais temps annoncé donc pour l’Obamacare. Puis la décision est tombée jeudi : la plus haute juridiction du pays valide l’ensemble de la loi. Surprise. Double surprise lorsque l’on apprend que le juge Kennedy a voté contre et que c’est le président, le conservateur John Roberts, qui a sauvé la mise à cette loi honnie des républicains. Triple surprise même à la lecture des attendus : on découvre que John Roberts a changé son vote au tout dernier moment…

Viendra sans doute le temps des éclaircissements sur cette attitude. On peut tout de même présager que le président de la Cour Suprême a pris une décision très politique : il a estimé qu’il mettait moins en danger l’institution en laissant passer la réforme principale du mandat d’Obama qu’en la retoquant. Il a habillé ce calcul de considérations juridiques qui ne trompent personne même si elles ne rendent pas franchement service à Obama : la pénalité en cas de non-souscription a été assimilée à un impôt … ce qu’Obama nie depuis des années.

Au moins sa décision rend-elle à la politique ce qui appartient à la politique : le pouvoir de décider des conditions de la vie en société, sans la censure d’un organe judiciaire non-représentatif. La bataille autour de la réforme de la santé va donc se poursuivre sur le terrain législatif et électoral. Le 11 juillet prochain, les républicains mettront aux voix de la Chambre des représentants un texte abrogeant l’Obamacare. Vote symbolique, au fond, puisque même adoptée, cette contre-loi subirait le veto présidentiel. Etape suivante et réellement déterminante : le 6 novembre, lors du scrutin présidentiel que Mitt Romney veut transformer en véritable référendum sur l’Obamacare. Si la décision de la Cour Suprême a évidemment déçu les Républicains, elle leur offre un argument électoral de poids alors que la réforme d’Obama reste impopulaire et que ses premiers effets ne se feront pas ressentir avant 2014. De là à penser que le juge Roberts a intentionnellement fait ce cadeau empoisonné au président sortant, il y a un pas machiavélique…

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