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À propos de C.Deroubaix

Au diable, clichés et stéréotypes: décryptage d'un pays en pleine mutation. Christophe Deroubaix, journaliste à l'Humanité, suit l'actualité américaine depuis 1996.

Quand Romney mange le terrain d’Obama

Le temps d’un débat, le candidat républicain s’est recentré. Du coup, le président sortant, centriste invétéré, n’avait plus beaucoup d’espace pour lui… Et comme il a mal négocié sur la forme ce premier rendez-vous, toute la presse américaine écrit et dit : avantage Romney. Explications.

ImagePour l’immense majorité des milliers de journalistes présents à l’Université de Denver et des milliers de reporters et observateurs arrimés devant leur poste de télé, le débat présidentiel s’annonçait ennuyeux et inutile. C’est la loi du genre. Et pour deux exceptions pour lesquelles ce genre de joute a fait pencher la balance en faveur de l’un des deux prétendants (Kennedy en 1960 et Bush en 2000), combien de confrontations sans effets politiques. Il est évidemment trop tôt pour mesurer si la confrontation intellectuelle de mercredi soir entre Barack Obama et Mitt Romney rentrera dans la catégorie des grands basculements mais elle a déjà produit une surprise : Obama, disons-le comme cela, a été mauvais et Romney s’en est bien sorti. Ce jugement tient à la fois de la politique et du caractère, une élection aussi personnalisée qu’une présidentielle relevant forcément des deux.

Romney, combattif et « centriste » d’opportunité

Ses conseillers redoutaient une gaffe, dont l’ancien gouverneur du Massachusetts est un grand spécialiste. Ils n’en ont pas eu à en déplorer une seule. Mieux, Romney s’est montré à l’aise, combattif, réactif, maniant l’humour et l’ironie. Il n’a pas été pris en défaut sur les grands dossiers abordés (économie, impôts, protection sociale).

Mais la vraie « nouvelle » de la soirée tient dans la tentative de recentrage du candidat républicain. Cela prouve déjà que les recettes ultralibérales proposées depuis des mois par le ticket Romney-Ryan n’ont pas trouvé un écho suffisant dans l’opinion publique. Attaqué à d’innombrables reprises par Obama sur les baisses d’impôts pour les plus riches, Romney a rétorqué à chaque fois qu’il ne baisserait pas les impôts pour les grandes fortunes. Il a de même assuré qu’il ne remettrait pas en cause la Sécurité sociale (système de retraites) et les programmes d’assurance-maladie pour les plus de 65 ans (Medicare) et les plus pauvres (Medicaid). Il a même promis de les sauver en les réformant sans jamais donner une once de début de solution. Si l’équipe Romney a manifestement décidé de gommer les aspects les plus « ultras » du programme républicain, elle n’a pas pensé à un « plan B ». Le candidat républicain n’a donc formulé aucune proposition concrète sur les grands sujets. Il n’a tout de même pas voulu démobiliser la base républicaine et a multiplié les professions de foi contre le gouvernement et pour la responsabilité individuelle. Ce qui, en creux, dessine un programme que Romney ne parviendra certainement pas longtemps à masquer…

Obama, professoral et… « centriste » convaincu

On ne sait si ses conseillers le redoutaient (rien n’avait vraiment transpiré dans la presse) mais ils ont vu, mercredi soir, le pire d’Obama. Côté prestation pure, le président sortant est apparu irrité (ah, la technique du « split screen » par laquelle on voit les deux débatteurs, celui qui parle et celui qui réagit), parfois suffisant. Plus Romney se montrait pugnace, plus Obama s’abandonnait à son vieux défaut : un ton professoral, monotone et ennuyeux.

Sur le fond de son discours, les progressistes les plus critiques diront qu’il a débattu comme il a gouverné pendant quatre ans : il ne s’est pas battu, il n’a même pas essayé. Après 1h30 de débat, on se demande encore quelle est la vision du monde d’Obama. Sans parler de son projet : comme Romney, il n’a quasiment pas formulé de propositions concrètes. Certes, il se dit favorable à une éducation pour tous, à la promotion des énergies vertes, à des impôts payés par tous, à une régulation de la finance… Mais tout ceci ne prend vraiment relief qu’au regard des propositions « ultras » des républicains que Romney a tenté de masquer hier soir. Le discours d’Obama ne fait pas sens en lui-même, si ce n’est celui d’un centrisme mou qui n’est de toute façon plus de mise dans un climat politique de polarisation,  alors que les attentes de son électorat de 2008 (résorption des inégalités, protections collectives) sont assez « radicales ».

 

L’asymétrie républicains-démocrates

Soyons justes : à n’écouter que la rhétorique des deux candidats, on a pu entendre deux approches différentes du monde : une société de l’individualisme contre une société de protection. La différence est que personne ne doute que les républicains transformeront cela en « projet de société » alors que le doute est encore et toujours permis concernant les démocrates.

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En direct de… New Haven

Je viens d’arriver aux Etats-Unis pour une série de reportages à publier tout au long de la campagne. Le périple commence par New Haven, où une coalition de syndicalistes a défait, lors de primaires retentissantes fin 2011, les sortants démocrates et a pris le pouvoir au conseil municipal. J’ai passé la matinée avec Delphine Clyburn, « alderwoman » (conseillère municipale) à arpenter le « ward » (district) dont elle est l’élue, des quartiers défavorisés, à fort majorité africaine-américaine. « Il faut que je vous présente quelqu’un. Il illustre ce que je vous ai dit sur le fait que nos quartiers avaient des talents ». Nous montons les marches du 249 Newhall Street. Elle frappe. Une voix tonitruante jaillit : « Entrez ». Tout de suite à gauche, nous entrons dans une petite pièce. En face de nous, apparaît une figure de roman : Winfred Rembert, chevelure blanche, deux dents en bouche, l’œil vif, l’imposant torse nu… Posés devant lui, des morceaux de cuir sur lesquels il grave l’Histoire. La sienne. La grande. Celle du Sud raciste et ségrégationniste. « J’ai mis ma vie et mes espoirs et ma vie dans le cuir pour ne pas mourir », dit-il. Winfred Rembert a été un militant des droits civiques dans les années 60. Il s’est fait tabasser par la police. A croupi sept années dans les geôles de la ségrégation. « J’ai même survécu à un lynchage, ajoute-t-il. En 1963. Je dois être le seul au monde à qui cela a dû arriver ». De la noirceur du monde, il a fait des œuvres en couleur. De la transmission de cette histoire vécue dans ses entrailles, il en a fait une mission. « Je veux que les gens connaissent leur histoire, qu’ils sachent, en rentrant dans le bus, pourquoi ils ont le droit de s‘asseoir où ils veulent… ».

Winfred Rembert n’est pas un artiste « de quartier ». Il expose partout. Sera la semaine prochaine au Texas. Puis dans le Michigan. Il a eu droit à un article du New York Times au printemps dernier lorsque ses œuvres ont été exposées à l’Hudson River Museum. Un documentaire expose même sa vie. « Partout je suis reconnu, sauf chez moi, à New Haven », regrette, en continuant de tapoter un poinçon avec son marteau, le Georgien de naissance arrivé dans cette ville de la Nouvelle-Angleterre en 1985.  Et, en effet, en passant devant cette maison traditionnelle du Connecticut, personne ne se doute que derrière la petite fenêtre un homme, un artiste, grave l’Histoire dans le cuir.

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Quand Romney se lâche sur les électeurs d’Obama

Le magazine Mother Jones a publié, le 17 septembre, une vidéo montrant Mitt Romney situant les enjeux de l’élection américaine. Pas besoin de faire de grands discours pour éclairer ce propos. Selon le candidat républicain, Obama obtiendra 47% des suffrages car 47% des Américains ne paient pas d’impôts, 47% dépendent du gouvernement, 47% se considèrent comme des victimes, 47% pensent qu’ils ont des droits, etc… Romney affirme à ses amis qui l’écoutent qu’il ne va même pas tenter de convaincre ces Américains-là de prendre « la responsabilité de leur vie »… Non, il va s’attaquer, dit-il, aux 5 à 10% de centristes indépendants qui ont les idées claires. Et le concours au républicain le plus extrême continue…

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Deux débats sur la Fête de l’Huma

Samedi à 18h au stand des Amis de l’Huma, je participe à un débat sur les Etats-Unis en compagnie de Daniel Mermet, journaliste à France Inter

Dimanche, à 15h30, au Village du Monde, toujours les Etats-Unis avec cette fois-ci Serge Halimi, journaliste au Monde Diplomatique

Pour le reste, je serai au Village du Livre

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Sortie aujourd’hui de mon « Dictionnaire presque optimiste de

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Sondages : effet convention pour Obama

Alors que le vote anticipé a commencé dans de nombreux Etats et que les chiffres du chômage avaient assombri le week-end de l’équipe de campagne de Barack Obama, une bonne nouvelle est venu éclaircir son ciel nuageux : une remontée franche et nette dans les sondages. Cela s’appelle l’ « effet convention». Pour Mitt Romney, il a été nul ou presque, certains instituts ayant mesuré un léger frémissement (1% tout au plus). Pour le président sortant, les chiffres publiés dimanche indiquent au contraire un rebond significatif : il est désormais crédité de 49% des suffrages contre 44 ou 45% à son adversaire républicain.

Premier tournant de la campagne ? Cela y ressemble fort alors qu’avant même les conventions, Obama distançait Romney dans la course aux grands électeurs. Car le 6 novembre, c’est bien cela qui va compter. Or, même donné ex-aequo dans les sondages nationaux, le candidat démocrate possède un avantage, les Etats dans lesquels il est le grand favori étant les plus peuplés, donc également ceux qui offrent le plus grand nombre d’électeurs.

En fait, dans quarante des cinquante-et-un Etats, l’issue du scrutin ne fait guère de doute. Obama part avec un « matelas » de 221 grands électeurs (côte ouest et côte est) contre 191 à Romney (le Sud et les grandes plaines). Reste une dizaine d’Etats en compétition, les fameux « swing states », ces Etats indécis ou tangents. Ils recouvrent trois catégories :

–         Les Etats du Midwest (Michigan, Wisconsin, Iowa et surtout Ohio) pour 50 grands électeurs au total. Le vote de la classe ouvrière blanche y sera crucial. Barack Obama y avait réalisé des scores bien meilleurs que ceux de Kerry en 2004. L’équipe de campagne d’Obama met le paquet sur le « plan de sauvetage de l’automobile » décidé par le jeune président en 2009.

–         Les Etats où le vote des Latinos sera déterminant  (Floride, Colorado, Nevada) : 44 grands électeurs. Tous les yeux sont évidemment tournés vers la Floride (29 grands électeurs à elle seule), « swing state » par excellence depuis 2000. Les latinos représentent 15% de l’électorat. Le poids des Mexicains-Américains et des Porto-Ricains grandit tandis que celui des Cubains-Américains de Miami diminue. Autre voté clé : celui des « seniors » attachés au Medicare (programme de protection sociale pour les plus de 65 ans). Obama y était ce week-end et a revendiqué, comme jamais, peut-être, sa réforme dite Obamacare.

–         Les Etats du « nouveau Sud » (Virginie et Caroline du Nord) : 28 grands électeurs. Barack Obama avait enlevé les deux Etats en 2008. Ce sera forcément plus serré cette année dans ces deux Etats qui combinent depuis plus d’une décennie croissance démographique et dynamisme économique. La part des minorités dans l’électorat est importante, notamment celle des Africains-Américains.

Si l’on transformait à ce jour la photographie des sondages en résultat définitif, Barack Obama emporterait neuf des dix « swing states » et obtiendrait 332 grands électeurs (359 en 2008) contre 206 à Romney.

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Le programme « complexé » des démocrates

Il y a une semaine, les républicains, adoptaient au cours de leur convention de Tampa, un programme (https://presidentiellesamericaines.com/2012/08/29/romney-plus-a-droite-que-reagan-la-derive-du-parti-republicain/) de droite décomplexée. Ces jours-ci, les démocrates ont eux aussi élaboré une « plateforme ». Dans la rhétorique,  c’est une vision différente de celle des Républicains qui s’exprime. Dans la transposition en propositions concrètes, c’est un « mixte » beaucoup plus balancé et « centriste » qui ressort. Plus « complexé ». Comme si l’objectif principal de ces mesures était de ne pas trop prêter le flanc aux critiques républicaines. A titre d’exemple, la réforme dite du « card-check » pour faciliter la création d’un syndicat sur le lieu de travail, présente dans le projet de 2008 mais jamais appliquée, a carrément disparu cette année.

La soirée de mercredi soir en a fourni un autre exemple caricatural : la direction du parti a fait réintégrer dans la plateforme une mention à Dieu et une référence à Jérusalem, « capitale de l’Etat d’Israël » – toutes deux absentes dans la première mouture – alors que dans la salle, les « no » égalaient si ce n’est dominaient les « yes ». Le président de séance a ignoré le fait et considéré que les délégués avaient adopté… (voir la vidéo ci-dessus)

Pour le reste, voici :

 

Fiscalité : « juste part » et réductions d’impôts pour les sociétés

Le parti démocrate propose d’en finir avec les réductions massives d’impôts accordées aux plus riches par Bush en 2001 et 2003. Encore faudrait-il pour cela que non seulement Obama reste à la Maison Blanche mais que la Chambre des représentants vire démocrate. Il est également proposé de réformer le Code des impôts et de mettre fin aux exemptions et failles du système actuel. Comment sera utilisé l’argent récupéré ? Il financera des exemptions d’impôts pour les entreprises qui investissent et créent des emplois aux Etats-Unis. Donc, des niches fiscales pour les sociétés remplacent d’autres niches pour les sociétés.

Salaires: un “coup de pouce” au SMIC

On dirait presque une proposition française ! Celle de Barack Obama, non plus, n’est pas chiffrée. Le salaire minimum au niveau fédéral s’établit à 7,75 dollars par heure. Une coalition d’avocats progressistes, autour de Ralph Nader, l’ancien candidat à la présidentielle, propose de le porter à 10 dollars (ce qui, compte tenu de l’inflation, le ramènerait à son niveau de 1968). Deux parlementaires démocrates ont présenté un plan amenant ce SMIC américain à 9,80 dollars en trois ans. Il faudra donc attendre l’éventuelle réélection d’Obama pour en savoir plus.

Protection sociale : du net et du flou

Le chapitre sur la réduction des déficits ne comporte aucune mesure concernant Medicare (assurance-santé pour les plus de 65 ans) et la Social Security (le système de retraites). C’est une bonne nouvelle lorsque l’on sait que les démocrates étaient prêts à concéder de telles réductions lors du bras de fer, pendant l’été 2011, sur la dette engagé par les républicains du Congrès. Il y a pourtant un « flou » : il n’est affirmé, nulle part, que l’administration démocrate s’engage à protéger ces programmes de réductions y compris en dehors des mesures de réduction de la dette. Il est écrit : « Nous rejetons les approches selon lesquelles la réduction des prestations est la seule réponse ». Le mot « seule » fait évidemment toute la différence.

Société : du clair et de l’obscur

La plateforme rappelle le soutien sans failles des démocrates à l’arrêt Roe v Wade qui fait du droit à l’avortement un droit constitutionnel. Tout aussi clairement, le parti de Barack Obama, dans la foulée du président lui-même en mai dernier (http://www.humanite.fr/monde/obama-et-le-mariage-gay-un-risque-politique-pas-si-sur-496260) se prononce pour l’autorisation du mariage gay.

En revanche, la peine de mort n’est pas remise en cause. « Nous pensons que la peine de mort ne doit pas être arbitraire », peut-on lire, comme si le fait d’enlever la vie d’un être humain ne relevait justement pas, en soi, de l’arbitraire.

Concernant les armes à feu, l’interdiction des armes d’assaut masque mal un grand vide face à l’un des fléaux américains. Les démocrates reprennent même à leur compte la rengaine des lobbys selon laquelle le second amendement de la Constitution (rédigé juste après la guerre d’indépendance, au cours de laquelle le peuple des colons en armes a joué un rôle majeur) accorde un droit de port d’armes à titre individuel alors que les selon les défenseurs du contrôle des armes, il n’est constitutionnel qu’en tant que droit collectif.

Politique et argent : la promesse d’une digue

En 2010, la Cour Suprême a levé toute digue au financement privé des campagnes électorales. Depuis, l’argent déferle comme jamais sur la politique américaine. Le parti démocrate veut faire adopter un amendement constitutionnel qui en finirait avec cet arrêt. Il faut dire que cette session de collecte 2012 s’annonce moyenne pour le président sortant alors qu’en 2008 il avait pu dépenser deux fois plus d’argent que son adversaire républicain, John McCain (735 millions de dollars contre 368). Wall Street qui avait misé sur Obama en 2008 ont reporté leurs dons sur Romney cette année.Image

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Dans une semaine, publication de mon « Dictionnaire presque optimiste des Etats-Unis »

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Pourquoi Barack courtise Charlotte…

ImageLes choix des villes accueillant les conventions ne relèvent ni du jeu de hasard ni de celui des fléchettes. Le parti républicain a opté pour Tampa, la semaine dernière, pour tenter de faire bouger les lignes en Floride, Etat « faiseur de rois » depuis une décennie, où la « bascule » risque de se faire dans le corridor Orlando-Tampa, le plus dynamique démographiquement ces dernières années. Même objectif pour le parti démocrate avec sa convention qui s’ouvre ce soir à Charlotte, la plus grande ville de Caroline du Nord, dixième Etat le plus peuplé du pays avec ses quinze grands électeurs (soit presque autant que le Michigan) qui peut s’avérer décisif le 6 novembre. En 2008, Barack Obama avait été le premier démocrate depuis Jimmy Carter, en 1976, à empocher la Caroline du Nord, avec 0,32% d’avance sur John McCain. Les sondages accordent actuellement deux points d’avance à Mitt Romney. Certains analystes démocrates avancent que si la convention de cette semaine ne créé pas un frémissement en faveur du président sortant, il faudra délaisser cet Etat pour concentrer ses forces dans d’autres Etats. D’autres insistent sur le fait que le coup est jouable. Ils s’appuient pour cela sur la démographie. La Caroline du Nord est passée de 8 millions d’habitants en 2000 à 9,5 millions en 2010. Ce dynamisme repose notamment sur les « minorités » puisque 61% des nouveaux habitants de la décennie passée en sont issus. Déjà importante dans cet Etat du Sud, la population africaine-américaine ne cesse d’augmenter pour représenter aujourd’hui 22% de la population totale. De nombreux noirs quittent les grandes métropoles du Nord et du Midwest, devenues trop chères à habiter, pour s’installer dans des villes moyennes mais dynamiques économiquement. Avec la Virginie et la Georgie, la Caroline du Nord fait partie du peloton de tête des Etats bénéficiaires. Parallèlement, la part des Latinos augmente : 8,6% aujourd’hui. Ces deux électorats sont favorables au camp démocrate.

Selon une enquête réalisée par un institut proche des démocrates, Romney obtient 54% contre 41% parmi les électeurs qui résident dans l’Etat depuis plus de trente ans. Mais Obama prend l’avantage (58-37) chez les autres avec une pointe à 66-27 pour ceux qui sont arrivés depuis l’an 2000. L’enjeu pour le camp démocrate sera donc de mobiliser, de combattre l’abstention. De ce point de vue, la Caroline du Nord apparaît comme un « banc d’essai » d’une stratégie nationale.

Mais en choisissant Charlotte, le président sortant s’est fâché avec une partie des syndicats, soutiens traditionnels du parti démocrate. « Je suis déçu par le fait que non seulement les démocrates aient choisi la Caroline (l’un des Etats où le taux de syndicalisation est le plus faible dans le pays, NDLR) mais qu’en plus ils ne nous ait pas parlé. C’est la première fois que cela arrive depuis des années”, a regretté Ed Hill said Hill, président de l’International Brotherhood of Electrical Workers union (675 000 membres) qui n’assistera pas à la convention démocrate. Une contradiction de plus à affronter pour le président sortant.

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La seule façon pour Romney de l’emporter…

Discours attendu, discours convenu. Mitt Romney n’avait pas à inventer l’eau chaude, jeudi soir, pour sa prestation face à la convention républicaine. Simplement décliner la stratégie du parti : taper Obama, taper Obama, taper Obama. C’est, certes, de « bonne guerre » face à un adversaire empêtré dans la plus grave crise économique du pays depuis les années 30 et qui, de plus, a déçu une frange importante de son électorat. Mais, pour le parti républicain, ce n’est pas seulement un angle d’attaque « facile » : c’est le seul qu’il a, à sa disposition. Croit-on vraiment que Romney-Ryan vont convaincre une majorité d’électeurs américains sur la base du programme le plus droitier depuis la fin de la seconde guerre mondiale ? Non, le seul moyen pour le parti de l’éléphant de l’emporter est de démobiliser le camp démocrate, pousser les électeurs de 2008 à ne pas retourner aux urnes.

Nombre de commentateurs accordent une place trop importante à ces électeurs changeants (swing voters) et aux « indépendants » (qui ne le sont pas vraiment puisqu’ils se disent eux-mêmes plus proches d’un camp que de l’autre). Peu des « obamistes » de 2008 deviendront des « romneyistes » en 2012.

Comme à chaque scrutin aux Etats-Unis (et en France, d’ailleurs), ce qui fera la différence en novembre 2012 sera la capacité de chaque candidat à mobiliser sa base, son électorat « naturel ».

Repartons du scrutin de 2008 pour jauger des forces révélées cette année-là. Il s’est beaucoup écrit que Barack Obama et les démocrates avaient bénéficié, d’une « fenêtre de tir » historique avec la conjugaison de la pathétique fin du mandat de Bush fils et du déclenchement de la crise. Cette explication peut paraître frappée au coin du bon sens mais elle est… erronée.

Regardons les chiffres. John Mc Cain, le candidat républicain en 2008, a recueilli 60 millions de suffrages (soit 45,6% des exprimés) contre 62 (50,7%) à Bush en 2004. Entre les deux scrutins, l’électorat républicain ne s’est érodé que de 3,22%…

Par comparaison, Nicolas Sarkozy a perdu, en 2012, 23% des voix de droite de 2007. Revenons aux Etats-Unis. Si Obama n’avait pas fait mieux que John Kerry (59 millions de voix), il aurait été battu. Le sénateur de l’Illinois en a récolté dix millions de plus (et 18 millions de plus que Gore en 2000 pour 19 millions d’inscrits supplémentaires), grâce notamment à la mobilisation sans précédent des jeunes et des « minorités » (Africains-Américains et Latinos). Barack Obama a donc attiré 69,5 millions des suffrages exprimés : 52,87% des suffrages exprimés. Le taux de participation s’est élevé à 75% soit le plus élevé depuis 1992 et la défaite du président sortant George Bush face au candidat démocrate Bill Clinton.

Le sénateur de l’Illinois a engrangé 39,33% des inscrits, ce qui en fait le président le mieux élu depuis Ronald Reagan en 1984 mais il s’agissait alors d’une réélection. Si l’on s’en tient à une « première », Barack Obama a été le mieux élu depuis Lyndon Johnson, un autre démocrate, en 1964. Encore faut-il considérer que ce dernier occupait la fonction depuis l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, un an plus tôt, et que la loi sur les droits civiques (promulguée le 2 juillet de la même année, alors que le scrutin présidentiel se déroule en novembre) n’avait pas encore pu produire ses effets en termes d’inscription des Noirs sur les listes électorales. Si l’on rapporte le nombre de voix obtenus à la population en âge de voter, le taux baisse, par définition (puisque l’on y inclut ceux qui ne sont pas inscrits, dont la population carcérale, surdimensionnée aux Etats-Unis) mais on dresse la même conclusion : depuis la fin de la ségrégation, jamais une telle majorité ne s’était rassemblée pour porter un candidat à la Maison Blanche.

Le résultat de l’élection de 2008 n’est donc pas le produit d’un vote-sanction (même si certains électeurs ont ainsi voulu clore l’ère Bush) mais la résultante d’une adhésion à une rhétorique de l’espoir et du changement ainsi que de la perspective historique d’élire pour la première fois un Noir à la Maison Blanche. Que le mandat de Barack Obama ne se soit pas hissé à la hauteur de ces immenses espérances est une chose, réelle au demeurant. Que la majorité de 2008 se soit évaporée pour autant en est une autre, irréelle celle-là.

Même la débâcle démocrate de mi-mandat (la « raclée », selon les propres mots d’Obama) n’invalide pas ce postulat du scrutin 2012. Les démocrates ont en effet subi leur plus grand revers parlementaire depuis 1938, perdant le contrôle de la Chambre des représentants. On a pu lire que l’Amérique avait soudainement viré à droite. Vrai si l’on résonne à volumes constants. Faux, en réalité. 82 millions d’Américains sont allés aux urnes pour ce scrutin contre 130 pour la présidentielle. Les plus représentés parmi les abstentionnistes : les « libéraux » (au sens américain), les jeunes, les Noirs et les Latinos, bref, des démocrates. CQFD. Demeure la grande question de cette année d’élection présidentielle : sachant qu’il ne faut surtout pas compter sur une démobilisation du camp républicain, plus que jamais soudé par l’anti-obamisme, comment Barack Obama va-t-il s’y prendre pour reformer sa grande coalition électorale de 2008 ?

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