Archives de Catégorie: Eclairages

Lu dans la presse : les démocrates dominent le vote anticipé

Un article du Washington Post fait le point sur le « early voting » qui permet aux électeurs de voter avant le jour J. En 2008, 30% des électeurs avaient déposé leur bulletin dans l’urne avant le mardi qui suit le premier lundi de novembre, traditionnel jour d’élection depuis le milieu du XIXe siècle. A trois semaines du scrutin, 1 million d’électeurs ont voté. « Les démocrates enregistrés votent à des niveaux équivalents voire supérieurs à ceux de 2008 », déclare au quotidien de Washington, un professeur de sciences-politiques, Michael McDonald. En Floride, un Etat indécis qui pourrait faire la différence, les Républicains mènent de 4 points mais leur marge en 2008 était de 12 points, ce qui n’avait pas empêché Obama de finalement l’emporter (51-48). Dans l’Ohio, impossible de mesurer l’état du rapport des forces puisque cet Etat n’autorise pas les électeurs à se déclarer républicains, démocrates ou indépendants lors de leur inscription sur les listes électorales. Mais le vote anticipé est fort, aussi bien dans les comtés démocrates que républicains.

« La question est de savoir si Obama engrange des votes qu’il aurait eu de toute façon ou s’il obtient des voix de personnes qui ne comptaient pas aller voter. C’est certainement une combinaison des deux », ajoute Michael McDonald.

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Lu dans la presse: un plaidoyer pour l’Obamacare

Chronique à la fois très politique et très émouvante de Nicholas Kristof dans l’édition dominicale du New York Times. Il y raconte l’histoire de Scott Androes, son colocataire à l’Université d’Harvard il y a plus de trente ans, actuellement hospitalisé. L’homme, âgé de 52 ans, a un cancer de la prostate diagnostiqué très tardivement, pour une seule raison : il n’avait pas d’assurance… La chronique est rythmée par des extraits du mail que Scott a envoyé à Nicholas Kristof. Il explique, qu’après avoir quitté son job en 2003, il n’a pas acheté d’assurance en raison du coût exorbitant. (La majorité des assurances sont liés à l’emploi et sont « fournis » par l’employeur). En 2011, première alerte : du sang dans les urines. Scott consulte… Internet mais pas un médecin, qui lui aurait coûté des centaines de dollars. Une fièvre de 40 degrés l’oblige bientôt à aller voir un spécialiste. Le diagnostic est établi : cancer de stade avancé. Scott est pris en charge par une équipe médicale hautement qualifiée, dont certains médecins ne lui envoient pas les factures d’honoraires… Même s’il dispose d’un programme dit « de charité » de l’hôpital qui l’exonère de l’immense majorité de la facture (actuellement 550000 dollars), il va y laisser son plan épargne-retraite, probablement, sa vie, aussi.

Le chroniqueur cite une étude de l’Urban institute : en 2008, 27000 Américains, entre 25 et 65 ans, sont morts prématurément parce qu’ils n’avaient pas d’assurance-santé. Il est fort probable que le nom de Scott Androes vienne s’ajouter à la liste. Conclusion de Nicholas Kristof : cette élection a le pouvoir de sauver d’aider à sauver beaucoup d’autres vies de personnes qui n’ont pas d’assurance (référence à l’abrogation d’Obamacare promise par Romney, NDLA).

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Une élection présidentielle ? Ah bon ! Quand ça ? Où ça ?

 

Cela fait désormais huit jours que je me trouve aux Etats-Unis et j’en viens finalement à me poser de question : me suis-je trompé de pays ? Ou de saison ? Une élection présidentielle va-t-elle bien se dérouler ici dans quelques semaines ? Si l’on fait abstraction de la télévision, franchement, on peut en douter. Rien de palpable dans l’atmosphère pas plus que dans le concret de la vie quotidienne. L’explication est finalement simple : je viens de passer huit jours non pas dans l’Amérique qui s’en fout mais dans l’Amérique qui ne décidera pas du sort d’Obama et de Romney. J’ai commencé par le Connecticut : victoire d’Obama assurée (60% en 2008). J’ai poursuivi par le Vermont : victoire d’Obama assurée (67% en 2008). Je suis maintenant au Texas : victoire de Romney assurée (55% pour McCain en 2008). Les jeux sont ainsi faits pour une quarantaine d’Etats : les côtes ouest et est seront « bleues » (couleur qui représente le parti démocrate) tandis que le Sud et les grandes plaines se mettront au « rouge » (la couleur, eh oui, du parti républicain). Le suspense ne demeure que dans les fameux « swing states » (Etats indécis) que l’on nomme également les « battleground (champ de bataille) states ». Selon le site Real Clear Politics, ils sont au nombre de onze (et encore avant qu’Obama ne se rate dans le premier débat, ils n’étaient que sept): Nevada, Colorado, New Hampshire, Wisconsin, Pennsylvania, Iowa, Missouri,  Virginie, Caroline du Nord et, bien sûr, les incontournables Ohio et Floride.

C’est un peu pareil en France, objecterez-vous : on sait que la Seine-Saint-Denis va voter à gauche et les Alpes-Maritimes à droite, tandis que la Corrèze ou l’Hérault demeurent des départements indécis. Oui, sauf que chacun des suffrages (de droite dans le 93 comme de gauche dans le 06) au final, compte. Ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis avec le système du collège électoral. Chaque Etat élit un certain nombre de « grands électeurs », déterminé en fonction de son poids démographique. L’élection se déroule en un seul tour sur le mode du « winner take all » (le vainqueur remporte tout) : même avec une seule voix d’avance, on rafle la mise. Tous les électeurs démocrates du Texas, deuxième Etat américain par sa population (25 millions d’habitants), pourraient rester à la maison que cela ne ferait aucune différence.

On voit bien que ce système est né à la fois dans la double volonté du fédéralisme et du bipartisme (n’oublions pas qu’à l’origine de la République américaine née contre la monarchie anglaise, le bipartisme était d’abord une garantie d’assurer les droits de l’opposition donc de démocratie). Mais pour certains, le temps est venu d’en changer. Ils ont lancé une campagne (http://www.nationalpopularvote.com/) visant à faire prévaloir dans les faits le suffrage universel (le dernier exemple en date concerne évidemment l’élection de « W. » Bush en 2000 devancé sur le plan national de 500.000 voix par Al Gore). Chris Pearson, l’un des leaders du parti progressiste du Vermont, en est également l’une des chevilles ouvrières. Il explique : « D’abord, c’est un principe démocratique de départ – « Un homme, une voix » – qui n’est pas respecté par le système du collège électoral. Cela a ensuite des effets négatifs sur le plan électoral. Sur le plan électoral, on voit bien que les candidats ne mènent vraiment campagne que dans une poignée d’Etats. Quant à moi, militant, je dois aller dans le New Hampshire car la course est jouée dans le Vermont, c’est un peu stupide. Mais on ne souligne pas assez les conséquences politiques désastreuses du système. En 2008, McCain s’est prononcé pour l’exploitation « off shore » du pétrole car il savait qu’il n’avait rien à perdre dans les Etats concernés, tous côtiers, par définition, et tous des places fortes démocrates. Mais Obama a fait la même chose pendant son mandat en prenant des décisions en fonction de son intérêt politique dans tel ou tel Etat. C’est le système qui est pervers. »

La loi de réforme électorale a été formellement adoptée dans neuf Etats (Vermont, Maryland, Washington, Illinois, New Jersey, District of Columbia, Massachusetts, Californie et Hawaï). Ils représentent 132 grands électeurs. Afin que la réforme devienne la nouvelle loi, il faut que des Etats représentant 270 grands électeurs (soit la majorité requise pour être élu président) l’adoptent. On en est donc à la moitié du chemin. La loi a passé l’étape des deux chambres dans une deux Etats et attend la signature du gouverneur et a été adoptée par au moins une chambre (Sénat ou Chambre des représentants) dans une dizaine d’autres d’Etat. Le chemin est encore long. Qui sait, un jour, on brûlera pour l’élection présidentielle aussi au Vermont, dans le Connecticut et au Texas …

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Lu dans la presse : les protestants désormais minoritaires

« USA today » en a fait sa une du jour : « Les protestants perdent leur statut majoritaire aux Etats-Unis ». Le quotidien s’appuie sur une enquête du Pew Forum on Religion and Public Life : pour la première fois depuis la fondation du pays les protestants ne sont plus majoritaires (48% contre 53% en 2007). 22% des Américains se reconnaissent dans le catholicisme. Le deuxième enseignement de cette étude concerne ceux qui déclarent aucune affiliation (« none »). Ils sont désormais 20% (contre 15% en 2007). Un tiers de la génération dite des Millennials (moins de trente ans). Ces indicateurs reflètent à la fois les changements démographiques que connaît le pays (la part des catholiques reste stable grâce à l’immigration latino) et la sécularisation, phénomène aussi certainement en cours que le premier. « L’augmentation des « sans-affiliation» est une étape dans une tendance de long terme », commente pour le quotidien Greg Smith, chercheur au Pew.

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Quand Romney mange le terrain d’Obama

Le temps d’un débat, le candidat républicain s’est recentré. Du coup, le président sortant, centriste invétéré, n’avait plus beaucoup d’espace pour lui… Et comme il a mal négocié sur la forme ce premier rendez-vous, toute la presse américaine écrit et dit : avantage Romney. Explications.

ImagePour l’immense majorité des milliers de journalistes présents à l’Université de Denver et des milliers de reporters et observateurs arrimés devant leur poste de télé, le débat présidentiel s’annonçait ennuyeux et inutile. C’est la loi du genre. Et pour deux exceptions pour lesquelles ce genre de joute a fait pencher la balance en faveur de l’un des deux prétendants (Kennedy en 1960 et Bush en 2000), combien de confrontations sans effets politiques. Il est évidemment trop tôt pour mesurer si la confrontation intellectuelle de mercredi soir entre Barack Obama et Mitt Romney rentrera dans la catégorie des grands basculements mais elle a déjà produit une surprise : Obama, disons-le comme cela, a été mauvais et Romney s’en est bien sorti. Ce jugement tient à la fois de la politique et du caractère, une élection aussi personnalisée qu’une présidentielle relevant forcément des deux.

Romney, combattif et « centriste » d’opportunité

Ses conseillers redoutaient une gaffe, dont l’ancien gouverneur du Massachusetts est un grand spécialiste. Ils n’en ont pas eu à en déplorer une seule. Mieux, Romney s’est montré à l’aise, combattif, réactif, maniant l’humour et l’ironie. Il n’a pas été pris en défaut sur les grands dossiers abordés (économie, impôts, protection sociale).

Mais la vraie « nouvelle » de la soirée tient dans la tentative de recentrage du candidat républicain. Cela prouve déjà que les recettes ultralibérales proposées depuis des mois par le ticket Romney-Ryan n’ont pas trouvé un écho suffisant dans l’opinion publique. Attaqué à d’innombrables reprises par Obama sur les baisses d’impôts pour les plus riches, Romney a rétorqué à chaque fois qu’il ne baisserait pas les impôts pour les grandes fortunes. Il a de même assuré qu’il ne remettrait pas en cause la Sécurité sociale (système de retraites) et les programmes d’assurance-maladie pour les plus de 65 ans (Medicare) et les plus pauvres (Medicaid). Il a même promis de les sauver en les réformant sans jamais donner une once de début de solution. Si l’équipe Romney a manifestement décidé de gommer les aspects les plus « ultras » du programme républicain, elle n’a pas pensé à un « plan B ». Le candidat républicain n’a donc formulé aucune proposition concrète sur les grands sujets. Il n’a tout de même pas voulu démobiliser la base républicaine et a multiplié les professions de foi contre le gouvernement et pour la responsabilité individuelle. Ce qui, en creux, dessine un programme que Romney ne parviendra certainement pas longtemps à masquer…

Obama, professoral et… « centriste » convaincu

On ne sait si ses conseillers le redoutaient (rien n’avait vraiment transpiré dans la presse) mais ils ont vu, mercredi soir, le pire d’Obama. Côté prestation pure, le président sortant est apparu irrité (ah, la technique du « split screen » par laquelle on voit les deux débatteurs, celui qui parle et celui qui réagit), parfois suffisant. Plus Romney se montrait pugnace, plus Obama s’abandonnait à son vieux défaut : un ton professoral, monotone et ennuyeux.

Sur le fond de son discours, les progressistes les plus critiques diront qu’il a débattu comme il a gouverné pendant quatre ans : il ne s’est pas battu, il n’a même pas essayé. Après 1h30 de débat, on se demande encore quelle est la vision du monde d’Obama. Sans parler de son projet : comme Romney, il n’a quasiment pas formulé de propositions concrètes. Certes, il se dit favorable à une éducation pour tous, à la promotion des énergies vertes, à des impôts payés par tous, à une régulation de la finance… Mais tout ceci ne prend vraiment relief qu’au regard des propositions « ultras » des républicains que Romney a tenté de masquer hier soir. Le discours d’Obama ne fait pas sens en lui-même, si ce n’est celui d’un centrisme mou qui n’est de toute façon plus de mise dans un climat politique de polarisation,  alors que les attentes de son électorat de 2008 (résorption des inégalités, protections collectives) sont assez « radicales ».

 

L’asymétrie républicains-démocrates

Soyons justes : à n’écouter que la rhétorique des deux candidats, on a pu entendre deux approches différentes du monde : une société de l’individualisme contre une société de protection. La différence est que personne ne doute que les républicains transformeront cela en « projet de société » alors que le doute est encore et toujours permis concernant les démocrates.

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Le programme « complexé » des démocrates

Il y a une semaine, les républicains, adoptaient au cours de leur convention de Tampa, un programme (https://presidentiellesamericaines.com/2012/08/29/romney-plus-a-droite-que-reagan-la-derive-du-parti-republicain/) de droite décomplexée. Ces jours-ci, les démocrates ont eux aussi élaboré une « plateforme ». Dans la rhétorique,  c’est une vision différente de celle des Républicains qui s’exprime. Dans la transposition en propositions concrètes, c’est un « mixte » beaucoup plus balancé et « centriste » qui ressort. Plus « complexé ». Comme si l’objectif principal de ces mesures était de ne pas trop prêter le flanc aux critiques républicaines. A titre d’exemple, la réforme dite du « card-check » pour faciliter la création d’un syndicat sur le lieu de travail, présente dans le projet de 2008 mais jamais appliquée, a carrément disparu cette année.

La soirée de mercredi soir en a fourni un autre exemple caricatural : la direction du parti a fait réintégrer dans la plateforme une mention à Dieu et une référence à Jérusalem, « capitale de l’Etat d’Israël » – toutes deux absentes dans la première mouture – alors que dans la salle, les « no » égalaient si ce n’est dominaient les « yes ». Le président de séance a ignoré le fait et considéré que les délégués avaient adopté… (voir la vidéo ci-dessus)

Pour le reste, voici :

 

Fiscalité : « juste part » et réductions d’impôts pour les sociétés

Le parti démocrate propose d’en finir avec les réductions massives d’impôts accordées aux plus riches par Bush en 2001 et 2003. Encore faudrait-il pour cela que non seulement Obama reste à la Maison Blanche mais que la Chambre des représentants vire démocrate. Il est également proposé de réformer le Code des impôts et de mettre fin aux exemptions et failles du système actuel. Comment sera utilisé l’argent récupéré ? Il financera des exemptions d’impôts pour les entreprises qui investissent et créent des emplois aux Etats-Unis. Donc, des niches fiscales pour les sociétés remplacent d’autres niches pour les sociétés.

Salaires: un “coup de pouce” au SMIC

On dirait presque une proposition française ! Celle de Barack Obama, non plus, n’est pas chiffrée. Le salaire minimum au niveau fédéral s’établit à 7,75 dollars par heure. Une coalition d’avocats progressistes, autour de Ralph Nader, l’ancien candidat à la présidentielle, propose de le porter à 10 dollars (ce qui, compte tenu de l’inflation, le ramènerait à son niveau de 1968). Deux parlementaires démocrates ont présenté un plan amenant ce SMIC américain à 9,80 dollars en trois ans. Il faudra donc attendre l’éventuelle réélection d’Obama pour en savoir plus.

Protection sociale : du net et du flou

Le chapitre sur la réduction des déficits ne comporte aucune mesure concernant Medicare (assurance-santé pour les plus de 65 ans) et la Social Security (le système de retraites). C’est une bonne nouvelle lorsque l’on sait que les démocrates étaient prêts à concéder de telles réductions lors du bras de fer, pendant l’été 2011, sur la dette engagé par les républicains du Congrès. Il y a pourtant un « flou » : il n’est affirmé, nulle part, que l’administration démocrate s’engage à protéger ces programmes de réductions y compris en dehors des mesures de réduction de la dette. Il est écrit : « Nous rejetons les approches selon lesquelles la réduction des prestations est la seule réponse ». Le mot « seule » fait évidemment toute la différence.

Société : du clair et de l’obscur

La plateforme rappelle le soutien sans failles des démocrates à l’arrêt Roe v Wade qui fait du droit à l’avortement un droit constitutionnel. Tout aussi clairement, le parti de Barack Obama, dans la foulée du président lui-même en mai dernier (http://www.humanite.fr/monde/obama-et-le-mariage-gay-un-risque-politique-pas-si-sur-496260) se prononce pour l’autorisation du mariage gay.

En revanche, la peine de mort n’est pas remise en cause. « Nous pensons que la peine de mort ne doit pas être arbitraire », peut-on lire, comme si le fait d’enlever la vie d’un être humain ne relevait justement pas, en soi, de l’arbitraire.

Concernant les armes à feu, l’interdiction des armes d’assaut masque mal un grand vide face à l’un des fléaux américains. Les démocrates reprennent même à leur compte la rengaine des lobbys selon laquelle le second amendement de la Constitution (rédigé juste après la guerre d’indépendance, au cours de laquelle le peuple des colons en armes a joué un rôle majeur) accorde un droit de port d’armes à titre individuel alors que les selon les défenseurs du contrôle des armes, il n’est constitutionnel qu’en tant que droit collectif.

Politique et argent : la promesse d’une digue

En 2010, la Cour Suprême a levé toute digue au financement privé des campagnes électorales. Depuis, l’argent déferle comme jamais sur la politique américaine. Le parti démocrate veut faire adopter un amendement constitutionnel qui en finirait avec cet arrêt. Il faut dire que cette session de collecte 2012 s’annonce moyenne pour le président sortant alors qu’en 2008 il avait pu dépenser deux fois plus d’argent que son adversaire républicain, John McCain (735 millions de dollars contre 368). Wall Street qui avait misé sur Obama en 2008 ont reporté leurs dons sur Romney cette année.Image

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La seule façon pour Romney de l’emporter…

Discours attendu, discours convenu. Mitt Romney n’avait pas à inventer l’eau chaude, jeudi soir, pour sa prestation face à la convention républicaine. Simplement décliner la stratégie du parti : taper Obama, taper Obama, taper Obama. C’est, certes, de « bonne guerre » face à un adversaire empêtré dans la plus grave crise économique du pays depuis les années 30 et qui, de plus, a déçu une frange importante de son électorat. Mais, pour le parti républicain, ce n’est pas seulement un angle d’attaque « facile » : c’est le seul qu’il a, à sa disposition. Croit-on vraiment que Romney-Ryan vont convaincre une majorité d’électeurs américains sur la base du programme le plus droitier depuis la fin de la seconde guerre mondiale ? Non, le seul moyen pour le parti de l’éléphant de l’emporter est de démobiliser le camp démocrate, pousser les électeurs de 2008 à ne pas retourner aux urnes.

Nombre de commentateurs accordent une place trop importante à ces électeurs changeants (swing voters) et aux « indépendants » (qui ne le sont pas vraiment puisqu’ils se disent eux-mêmes plus proches d’un camp que de l’autre). Peu des « obamistes » de 2008 deviendront des « romneyistes » en 2012.

Comme à chaque scrutin aux Etats-Unis (et en France, d’ailleurs), ce qui fera la différence en novembre 2012 sera la capacité de chaque candidat à mobiliser sa base, son électorat « naturel ».

Repartons du scrutin de 2008 pour jauger des forces révélées cette année-là. Il s’est beaucoup écrit que Barack Obama et les démocrates avaient bénéficié, d’une « fenêtre de tir » historique avec la conjugaison de la pathétique fin du mandat de Bush fils et du déclenchement de la crise. Cette explication peut paraître frappée au coin du bon sens mais elle est… erronée.

Regardons les chiffres. John Mc Cain, le candidat républicain en 2008, a recueilli 60 millions de suffrages (soit 45,6% des exprimés) contre 62 (50,7%) à Bush en 2004. Entre les deux scrutins, l’électorat républicain ne s’est érodé que de 3,22%…

Par comparaison, Nicolas Sarkozy a perdu, en 2012, 23% des voix de droite de 2007. Revenons aux Etats-Unis. Si Obama n’avait pas fait mieux que John Kerry (59 millions de voix), il aurait été battu. Le sénateur de l’Illinois en a récolté dix millions de plus (et 18 millions de plus que Gore en 2000 pour 19 millions d’inscrits supplémentaires), grâce notamment à la mobilisation sans précédent des jeunes et des « minorités » (Africains-Américains et Latinos). Barack Obama a donc attiré 69,5 millions des suffrages exprimés : 52,87% des suffrages exprimés. Le taux de participation s’est élevé à 75% soit le plus élevé depuis 1992 et la défaite du président sortant George Bush face au candidat démocrate Bill Clinton.

Le sénateur de l’Illinois a engrangé 39,33% des inscrits, ce qui en fait le président le mieux élu depuis Ronald Reagan en 1984 mais il s’agissait alors d’une réélection. Si l’on s’en tient à une « première », Barack Obama a été le mieux élu depuis Lyndon Johnson, un autre démocrate, en 1964. Encore faut-il considérer que ce dernier occupait la fonction depuis l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, un an plus tôt, et que la loi sur les droits civiques (promulguée le 2 juillet de la même année, alors que le scrutin présidentiel se déroule en novembre) n’avait pas encore pu produire ses effets en termes d’inscription des Noirs sur les listes électorales. Si l’on rapporte le nombre de voix obtenus à la population en âge de voter, le taux baisse, par définition (puisque l’on y inclut ceux qui ne sont pas inscrits, dont la population carcérale, surdimensionnée aux Etats-Unis) mais on dresse la même conclusion : depuis la fin de la ségrégation, jamais une telle majorité ne s’était rassemblée pour porter un candidat à la Maison Blanche.

Le résultat de l’élection de 2008 n’est donc pas le produit d’un vote-sanction (même si certains électeurs ont ainsi voulu clore l’ère Bush) mais la résultante d’une adhésion à une rhétorique de l’espoir et du changement ainsi que de la perspective historique d’élire pour la première fois un Noir à la Maison Blanche. Que le mandat de Barack Obama ne se soit pas hissé à la hauteur de ces immenses espérances est une chose, réelle au demeurant. Que la majorité de 2008 se soit évaporée pour autant en est une autre, irréelle celle-là.

Même la débâcle démocrate de mi-mandat (la « raclée », selon les propres mots d’Obama) n’invalide pas ce postulat du scrutin 2012. Les démocrates ont en effet subi leur plus grand revers parlementaire depuis 1938, perdant le contrôle de la Chambre des représentants. On a pu lire que l’Amérique avait soudainement viré à droite. Vrai si l’on résonne à volumes constants. Faux, en réalité. 82 millions d’Américains sont allés aux urnes pour ce scrutin contre 130 pour la présidentielle. Les plus représentés parmi les abstentionnistes : les « libéraux » (au sens américain), les jeunes, les Noirs et les Latinos, bref, des démocrates. CQFD. Demeure la grande question de cette année d’élection présidentielle : sachant qu’il ne faut surtout pas compter sur une démobilisation du camp républicain, plus que jamais soudé par l’anti-obamisme, comment Barack Obama va-t-il s’y prendre pour reformer sa grande coalition électorale de 2008 ?

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Tuerie d’Aurora : contre la NRA, pourquoi Obama ne dégaine pas

Si Barack Obama est sorti du bois sur le mariage gay (http://www.humanite.fr/monde/obama-et-le-mariage-gay-un-risque-politique-pas-si-sur-496260?x), il est en revanche resté bien tapi dans les buissons sur un autre sujet de société bien brûlant : le droit de port d’armes. Dans son discours de condoléances après la tuerie d’Aurora, il a même réussi à ne pas évoquer le problème qui fâche. Pourtant, comme l’écrit Georges Zornick, dans « The Nation » (http://www.thenation.com/blog/168986/colorado-shooter-likely-got-guns-ease), « quand des avions s’écrasent, on parle de la sécurité aérienne. Quand il y a des feux de forêt, on parle de la prévention de ces feux. »

Barack Obama n’a rien dit sur le sujet pour une raison toute prosaïque : il sait que les idées de contrôle des armes sont en recul malgré l’action courageuse de la Brady Campaign (http://www.bradycampaign.org/), organisation fondée par un ancien garde du corps de Reagan, blessé lors de la tentative d’assassinat de dernier en 1981 et resté paralysé depuis. En pleine période électorale, le président sortant a donc cyniquement décidé de ne pas se fâcher avec une majorité de l’opinion publique. Depuis une dizaine d’années, les partisans du « gun control » sont en recul très net. Le lobbying de la National Rifle Association (4 millions de membres, 253 millions de dollars de budget), dont le président fut l’acteur Charlton Heston (ici dans le documentaire de Michael Moore, « Bowling for Columbine » : http://www.youtube.com/watch?v=Q1iuEcu7O50) est d’une efficacité redoutable.

La pression idéologique du lobby pro-armes se lit même dans la déclaration du « press secretary » (porte-parole) de Barack Obama. Il affirme que le président veut « prendre des mesures de bon sens » dans le « respect du second amendement ». Un président qui veut respecter un amendement de la Constitution : cela n’a rien de franchement exceptionnel sauf que l’évoquer ainsi donne raison au lobby des armes à feu.

Explications.

Le droit de porter des armes est garanti par le second amendement de la Déclaration des droits, adoptée le 15 décembre 1791. Le premier amendement garantit la liberté d’expression et de religion, la liberté de la presse et le droit de s’ « assembler pacifiquement ». On voit que, dès les origines fondatrices, le droit aux armes à feu arrive en tête des priorités. La raison en est assez simple : le port d’armes généralisé a constitué un outil déterminant de l’indépendance américaine. L’armée britannique comptait 230000 hommes. Celle des colons insurgés : 20000. Même l’apport du contingent français (15000) n’aurait pas suffi à rééquilibrer les « débats » militaires. Ce qui a fait la différence, ce sont les miliciens et volontaires, soit le « peuple en armes ». Une clause préliminaire de l’amendement constitutionnel fait d’ailleurs référence à une « milice bien organisée ». Une interprétation de la Constitution insiste justement sur le fait que ce droit de porter les armes se limite à ce dernier cas, qu’il s’agit d’un droit collectif en certaines conditions. La Cour Suprême en a fait une interprétation maximaliste et estime que ce droit est individuel, dans un état d’esprit très sécuritaire. Même Barack Obama reprend cette thèse.Image

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Ce que révèle la tenue des athlètes américains : « Chimerica »

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Le débat politique américain a porté cette semaine sur la tenue officielle des athlètes aux Jeux de Londres. Non que le dessin de Ralph Lauren ait été jugé disgracieux. C’est la petite mention sur l’étiquette intérieure qui a déclenché l’orage : « Made in China ». Aussitôt découvert le lieu de fabrication, aussitôt vilipendée cette décision du comité olympique américain. Pour le sénateur démocrate de New York, Charles Schumer, « nos athlètes olympiques ne s’entraînent pas toute leur vie durant pour finir dans des tenues réalisées en Chine ». Tout aussi énervé, l’habituellement placide Harry Reid : l’élu du Nevada et chef de la majorité démocrate du Sénat et sénateur du Nevada a jugé que le Comité olympique américain devrait « avoir honte » d’une telle décision. Il a même invité à « en faire un gros tas et brûler ces vêtements ».

Il en va toujours ainsi aux Etats-Unis avec le débat sur le « made in » : il est toujours teinté de nationalisme. Dans les années 80, la puissance économique japonaise était décrite en des termes empruntant au registre du début des années 40 alors que les deux pays étaient en guerre. Depuis plusieurs années, la Chine a remplacé son voisin nippon comme symbole de la concurrence et révélateur du déclassement économique de la première puissance mondiale qui ne s’est même plus produire à la maison blazers, jupes et bérets de ces futurs médaillés olympiques.

Comme c’est le cas depuis plusieurs années, c’est à celui qui fera la déclaration la plus musclée. Personne ne se hasarde pourtant à expliquer à l’opinion publique américaine de quoi il retourne exactement. L’historien Niall Ferguson et l’économiste Moritz Schularick ont inventé un néologisme pour cela : « Chimerica », fruit de la relation symbiotique de l’industrie exportatrice chinoise et de l’endettement des citoyens et du gouvernement américains.

Explications : les Américains s’endettent à titre personnel pour consommer des produits fabriqués en Chine, souvent par des multinationales US (exemple parfait avec les tenues olympiques). Le déficit de la balance commerciale des Etats-Unis se creuse tandis que, effet de vase communicant, l’excédent commercial chinois gonfle, gonfle, gonfle. Ce dernier permet à l’Empire du Milieu d’accumuler des réserves de change considérables utilisées ensuite pour acheter à tour de bras des bons du Trésor américains (un quart des bons détenus à l’étranger le sont par la Chine), finançant la dette publique de l’Oncle Sam. Comme le notait déjà Emmanuel Todd, en 2002, dans « Après l’empire » : « Le monde, de plus en plus, produit pour que l’Amérique consomme ». A crédit, faut-il ajouter. Ce déficit commercial constitue une sorte de « prélèvement impérial » (Emmanuel Todd, toujours) qui repose sur le statut de puissance diplomatique et militaire des Etats-Unis autant que sur son statut de puissance financière (Wall Street) et monétaire (le dollar).

« Pour la Chine, la clé de la relation, c’est son potentiel à propulser l’économie chinoise vers l’avant, via une croissance tirée par les exportations, expliquent Ferguson et Schularick. Pour les Etats-Unis, Chimerica signifie la possibilité de consommer plus, d’épargner moins et de maintenir des taux d’intérêt bas et un taux stable d’investissement ». Toutes choses offrant un contexte presque « idéal » pour les multinationales américaines : en ce premier semestre 2012, Apple, qui sous-traite sa production en Chine, a enregistré un taux de profit stratosphérique de 30%. Médaille d’or toutes catégories. Mais l’emploi américain n’est pas convié à la cérémonie. Et c’est bien le problème du « chef de délégation », Barack Obama.

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