Archives de Catégorie: Eclairages

Obama II : du contenu dans le discours

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En attendant une analyse plus fouillée du second discours d’investiture de Barack Obama, voici ma première impression.

Si Barack Obama met en œuvre ce qu’il a évoqué, ou tout au moins s’il lance des politiques amorçant des processus en ce sens, alors sa présidence pourrait s’avérer réellement transformatrice.

Le président réélu a discouru sur la nécessité de s’attaquer au changement climatique, de procéder à une réforme de l’immigration, de ne pas laisser la législation sur les armes à feu en l’état, de faire en sorte que les gays disposent de droits égaux dans la loi… Il s’est également posé en défenseur des systèmes Medicare et Medicaid, assurances-santé pour les seniors et les enfants pauvres. L’hôte de la Maison-Blanche a également fait une référence directe aux inégalités croissantes : « notre pays ne peut pas réussir quand une minorité de plus en plus restreinte se porte bien tandis qu’un nombre grandissant y arrivent à peine ».

Enfin, en matière de politique étrangère, il a lâché cette phrase lourde de sens sur la possibilité et la nécessité de transformer d’anciens ennemis en amis. Qu’avait-il à l’esprit ? Israël-Palestine ? Iran-Etats-Unis ? Les deux ? Soulignant que la sécurité et la paix ne requéraient pas « une guerre perpétuelle, il a déclaré, de façon tout à fait claire: « Personne n’a plus intérêt à un monde en paix que le pays le plus puissant ».

Des mots, des mots, certes. Mais des engagements, de fait. Et pour passer aux actes, il a rappelé aux citoyens qu’ils avaient l’obligation « de définir les débats de notre temps, pas uniquement avec les bulletins que nous mettons dans l’urne, mais avec les voix que nous élevons dans la défense de nos plus anciennes valeurs et nos idéaux les plus durables ». Question : comment Barack Obama s’y prendra-t-il pour faire suivre d’effets cet  appel à ce que les Américains se mêlent de politique pour contourner l’obstructionnisme des républicains ?

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L’analyse des résultats définitifs des scrutins du 6 novembre

ImageAlors que Barack Obama va prêter serment pour un second mandat, lundi 21 janvier, retour sur le sens du vote des Américains.

Participation « forte »

L’abstention a augmenté depuis 2008 mais pas si fortement que ne le laissaient supposer les derniers sondages avant le vote : on compte 129, 134, 843 millions de bulletins exprimés (l’ouragan Sandy est responsable d’un million de voix manquantes environ) contre 131,463,122, soit un taux de participation de 72,5% des électeurs inscrits contre 74,4% lors du précédent scrutin précédent. Le phénomène de non-inscription sur les listes électorales étant massif aux Etats-Unis, les spécialistes mesurent par rapport à la population en âge de voter (PAV). En 2008, cela donnait 58,3%. Nous ne disposons pas encore du chiffre pour cette élection mais il devrait être inférieur. 2008 et 2012 (ainsi que 2004) s’inscrivent dans la moyenne plutôt haute des participations électorales de ces trente dernières années. Après les années Bush père-Clinton, les mandats de « W. » Bush, très « clivants », ont eu pour conséquence de remobiliser l’électorat.

Nette victoire de Barack Obama

Le président sortant a 65,9 millions de voix, en recul de 3,5 millions par rapport à 2008 (69,5 millions). Il est le premier président depuis Eisenhower à obtenir plus de 51% des voix lors de ses deux élections (52,87% en 2008, 51,03% en 2012). Ces chiffres confirment l’analyse de certains chercheurs (dont Ruy Teixeira) qui avaient prédit l’émergence d’une majorité durable pour le parti démocrate, conséquence des bouleversements démographiques qui voient la part des WASP (blancs anglo-saxons protestants) décliner au profit de celle des minorités (37% de la population), dont les Latinos sont désormais les plus importants représentants avec 16% de la population. Ils ont constitué 10% de l’électorat de novembre dernier et ont voté à 72% pour Obama et 27% pour Romney. C’est grâce à ce vote que le président sortant est réélu.

Le bon score d’Obama est à mettre au crédit du « vote » stratégique d’électeurs déçus (dont de  nombreux Latinos) par son premier mandat mais qui n’ont pas voulu, pour autant, la victoire de l’ultra-droitier parti républicain. Cette mobilisation de dernière minute est particulièrement visible dans les « swing states » où l’abstention a été moins forte (sauf dans l’Ohio industriel) en 2012 qu’en 2008 (contrairement à l’évolution nationale),

Le plafond républicain

60,5 millions de suffrages pour Bush en 2004. 59,9 pour McCain en 2008 et 60,9 pour Romney : alors que la population américaine a augmenté de 35 millions d’habitants en dix ans et le nombre d’électeurs enregistrés de dix millions, l’électorat républicain stagne. La force (de nuisance) du parti de l’éléphant, réside dans la mobilisation permanente et la cohérence de sa base sociale. Son « petit » problème est que cette-dernière, dont les Blancs évangéliques sont le pilier, est en déclin numérique.

Parlement : les démocrates majoritaires en voix mais minoritaires en sièges

Les candidats démocrates ont obtenu, aux élections à la Chambre des représentants qui se sont déroulées le même jour que le scrutin présidentiel, 1,4 millions de voix de plus que leurs adversaires. Pourtant, ces derniers ont gardé leur majorité (233 à 200 malgré une perte de neuf sièges). L’explication ? Le redécoupage électoral. Après le recensement de la population de 2010, les Etats les plus dynamiques démographiquement (dans le Sud notamment) ont gagné des sièges. Les législatures et gouverneurs républicains qui y sont en place, chargés de la nouvelle carte électorale, ont sorti les ciseaux de compétition. Exemple : le Texas qui a gagné 4 sièges grâce à un boom démographique dont les Latinos, qui votent massivement démocrate, comptent pour 80%. Le parti républicain a gagné trois des quatre nouvelles circonscriptions dont il faut voir le dessin tortueux pour comprendre tout le mal que les « charcuteurs » se sont donnés (voir ci-dessous l’exemple de l’aire métropolitaine de Dallas)… Voilà comment un parti minoritaire lors des scrutins de novembre peut bloquer la politique américaine.

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Armes à feu: la surprenante enquête

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315 millions d’armes pour 320 millions d’Américains : l’affolante statistique, (re)découverte après le massacre de Newton, nous avait presque collectivement poussés à penser que tous les Américains étaient des dingues des « guns », presque tous « coupables ». Et voici qu’une enquête bouscule une idée reçue. Plus même, les données de la dernière livraison du General Social Survey (GSS), grande enquête sociologique réalisée depuis 1972 par le National Opinion Research Center (NORC) de l’Université de Chicago, et présentées par le Violence Policy Center, une fondation favorable au contrôle des armes (http://www.vpc.org/) nous indique que de moins en moins d’Américains possèdent une arme à feu. Vous avez bien lu, oui. En 2010 (date de la réalisation de l’étude qui vient de sortir), 20% des Américains étaient détenteurs d’une de ces armes contre 30% en 1985 à son plus haut. Une arme se trouve ainsi dans 32% des foyers (contre 54% en 1977).

Un certain nombre de facteurs expliquant cette spectaculaire décroissance sont ensuite.

Le vieillissement de la population détentrice d’armes – des hommes blancs, et le peu d’intérêt des jeunes pour les armes.

La fin de la conscription militaire.

Le recul de la pratique de la chasse.

Les mesures qui limitent l’utilisation des armes.

On pourrait ajouter aussi : la baisse de la part des Blancs dans la population.

La question vient alors naturellement : pourquoi ce blocage américain sur les armes alors que la base sociale de ces utilisateurs baisse ?

Pour esquisser une réponse, voici : la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby (plus des fabricants que des possesseurs, d’ailleurs) a incontestablement marqué des points idéologiques et politiques dans la bataille d’interprétation du second amendement. Celui-ci dit : « Une milice régulée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit du peuple à détenir et porter une arme ne doit pas être enfreint. » Le lobby y voit un droit « personnel » de chaque Américain. C’est cette lecture qui a été reprise dans une loi votée sous Reagan. Car, oui, l’affaire est récente. Elle ne date pas des Pères fondateur ou du Far West. La lutte idéologique de la NRA a participé de la (contre) révolution conservatrice lancée au début des années 70.Mais à l’instar du conservatisme américain à bout de souffle, la NRA ne dispose plus d’une majorité. Une carte de la possession d’armes (voir ci-dessus) nous éclaire assez rapidement : le « pays des armes » est principalement celui qui vote Romney. C’est aussi le « pays de la Bible ». Le Sud et les grandes plaines. Ce même « bloc évangélico-conservateur » défait, une fois de plus, dans les urnes, qui va tenter par l’obstruction des élus républicains au Congrès, d’empêcher des évolutions législatives alors que des évolutions réelles dans le pays ont déjà eu lieu.

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Falaise fiscale : deux, trois choses sur l’acte I

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La grosse frayeur est passée : les Etats-Unis n’abordent pas l’année  en situation de défaut de paiement. Mais l’accord trouvé in extremis ne donne que deux mois de répit : fin février, la question du plafond de la dette se reposera. En attendant l’acte II, que retenir de l’acte I ?

–          Mini-défaite pour les Républicains.

On aurait pu aussi écrire : mini-victoire pour Obama. Mais comme ce sont les Républicains qui détiennent la majorité au Congrès et qui ont décidé de faire de l’obstruction systématique, prenons le compromis dans ce sens-là. 238 représentants et 41 sénateurs membres du Grand Old Party avaient en effet signé « l’engagement de Norquist », du nom de l’ultra-conservateur républicain. L’engagement ? Refuser toute hausse d’impôt fédéral, quelle qu’elle soit. Certains des appelants se sont déjugés et ont voté l’accord qui s’est dessiné à l’heure du réveillon. Les impôts augmenteront bien pour les familles gagnant plus de 450.000 dollars par an (400.000 pour un célibataire). Le relèvement est modeste (de 35 à 39% pour les revenus salariaux et de 15 à 20% sur les dividendes). Durant sa campagne, Barack Obama avait fixé le seuil à 250.000 dollars. Il a transigé mais on peut légitimement considérer qu’il a marqué un point sur le principe même si l’épisode signe un énième échec de sa stratégie de recherche de solutions « bipartisanes ».

–          Confirmation de la polarisation croissante de la vie politique

Si quelques républicains – des sénateurs, surtout – ont abandonné en rase campagne la vache la plus sacrée de leur parti, une immense majorité des élus ont refusé de transiger. On peut trouver l’une des explications dans une enquête récente de Nate Silver, le « M. Sondage » du New York Times (http://fivethirtyeight.blogs.nytimes.com/2012/12/27/as-swing-districts-dwindle-can-a-divided-house-stand/?emc=eta1). En 2012, le nombre de circonscriptions disputées n’a jamais été aussi faible (35 contre en 1992) et celui des districts ultra-bleus ou ultra-rouges jamais aussi élevé : 117 pour les démocrates (contre 65 en 1992) et 125 pour les républicains (58 en 1992). A Washington, les députés sont en quelque sorte les porte-paroles fidèles de leurs électeurs, nous dit le journaliste. Le redécoupage de 2010, effectué suite au recensement de la population, a renforcé l’homogénéité sociale et politique des districts électoraux. La seule chose que peut craindre un représentant républicain élu avec 75% des suffrages c’est d’être concurrencé sur sa droite lors des prochaines primaires s’il ne s’avère pas assez ferme sur les « fondamentaux ». Comme les représentants sont élus tous les deux ans…  Et comme les électeurs républicains se radicalisent… Le processus vaut aussi pour le côté démocrate de l’échiquier, aussi bien avec la radicalisation des électeurs eux-mêmes (voir dans le précédent post la façon dont les démocrates déclarés abordent le sujet de la falaise fiscale : https://presidentiellesamericaines.com/2012/12/26/mur-fiscal-ce-quen-pensent-les-americains/) que des députés. Les rangs du « caucus » progressiste au Congrès, créé en 1991 (http://cpc.grijalva.house.gov/), n’ont jamais été aussi bien garnis. Il est désormais le plus important « caucus » parmi les élus démocrates tandis que le caucus des « blue dogs » (démocrates conservateurs) est passé en quelques années de 54 à 14… Pour information, le graphique en tête du poste montre que les courbes de la polarisation à la chambre des représentants celle des inégalités sociales (mesurées par le coefficient de Gini) s’épousent parfaitement, comme les travaux de Nolan McCarty, Keith T. Poole et Howard Rosenthal l’ont mis en lumière dès 2006 (voir http://voteview.com/polarized_america.htm). Pour un tableau complet de cette polarisation : http://www.people-press.org/files/legacy-pdf/06-04-12%20Values%20Release.pdf.

– Comme les économistes prévoient un accroissement des inégalités dans les années à venir…

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Armes à feu : Los Angeles contre l’Utah

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Depuis quelques jours, il n’y en a que pour l’Utah. Des dépêches, des articles qui reprennent les dépêches, des reportages télés. Jeudi, 200 enseignants (contre une quinzaine habituellement) ont participé à la formation annuelle au maniement des armes. Quelques semaines après le massacre de Newton, chaque média y voit évidemment une progression d’une réaction inspirée par la NRA (National Rifle Association), le puissant lobby, qui, par la voix de son président, a déclaré la semaine dernière : « Le seul moyen d’arrêter un méchant armé d’un revolver, c’est un gentil armé d’un revolver. »

On a même eu droit au titre ou au lancement : « l’idée fait son chemin aux Etats-Unis ». Il est évident que la peur entretenue après Newton a provoqué, chez de nombreux Américains, une position de repli et d’armement. Mais encore faut-il préciser que l’Utah, dont on fait le théâtre de tout un pays, est le 45e Etat par sa population (2,7 millions d’habitants dont 60% de mormons), que c’est un bastion du parti républicain (Romney, régional de l’étape, y a recueilli 72% des suffrages), très lié à la NRA, et qu’il figure déjà dans le peloton de  tête des Etats avec le plus fort taux d’armes par habitant.

Il y a une autre Amérique dans sa façon de se comporter après Newton : c’est l’Amérique de Los Angeles (3,8 millions d’habitants soit 40% de plus que l’Utah), bastion démocrate (Obama y a décroché trois-quarts des suffrages). Mercredi, la ville a réalisé une opération d’échange d’un type un peu particulier : des bons d’achat contre des armes à feu. 100 dollars pour un pistolet, 200 pour un fusil d’assaut. « Je pense que tout le monde a été traumatisé, a déclaré Antonio. Villaraigosa, le maire. Les gens se sont dit ’’on ne va pas attendre le Congrès, j’en ai marre des débats interminables sur la législation des armes à feu, je veux agir. » »  Bilan : 2037 armes à feu, dont 75 armes d’assaut et deux lance-roquettes, récupérés.

Sur la question des armes à feu, Los Angeles et l’Utah symbolisent parfaitement le bras-de-fer à l’œuvre aux Etats-Unis. Mais que l’on cesse de nous faire croire, par des reportages qui cèdent toujours au sensationnalisme et au cliché, que toute l’Amérique est à l’image de l’Utah…

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« Mur fiscal » : ce qu’en pensent les Américains

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Dans quelques jours, si rien ne change, les Etats-Unis finiront dans le « mur fiscal ». Enfin, ils se préparent surtout à sauter dans le vide puisque outre-Atlantique, il s’agit du « fiscal cliff ». Allez savoir comment une « falaise » est devenue un « mur », ici… Bref. Les Républicains font de l’obstruction, comme d’habitude. Et Barack Obama fait des concessions (comme d’habitude), pourtant considérées comme insuffisantes par ses adversaires (encore et toujours, comme d’habitude). Et si nous sortions un peu du face à face Maison Blanche-Capitole pour savoir ce qu’en pensent les Américains. Une enquête réalisée par le très sérieux Pew Research Center.

Commençons par les mesures rejetées.

56% sont opposés à au recul de l’âge d’éligibilité (actuellement 65 ans) à Medicare (le système de protection sociale pour les seniors), 55% à la baisse des dépenses militaires. 55% également au recul de l’âge de la retraite (55%). 58% disent « non » à la réduction des fonds publics pour les services sociaux et 77% à celle du budget de l’éducation.

Les mesures majoritaires, désormais.

Réduire les pensions de retraite pour les hauts revenus : 51%

Réduire les prestations Medicare pour les plus hauts revenus : 51%.

Augmenter le taux d’imposition sur les revenus du capital et des dividendes. : 52%.

Limiter les défiscalisations : 54%.

Augmenter les impôts pour les revenus de plus de 25000 dollars : 69%

Apparaît clairement une option : celle de faire payer leur «  part juste » (fair share) aux plus hauts revenus qui ont bénéficié de deux plans de réductions massives sous Bush (2001 et 2003) et qui n’ont jamais été aussi peu imposés depuis les années 20.

Si l’on entre dans le détail en fonction du positionnement partisan des personnes interrogées, on peut tirer quelques enseignements intéressants :

–          La mesure phare de l’augmentation des impôts pour les plus riches reçoit l’assentiment des démocrates (86%), mais aussi des indépendants (68%) et même des républicains (52%). La position « ultra » sur ce sujet (comme sur d’autres) des élus républicains au Congrès ne reflète même pas l’approche de leur électorat. Obama pourrait (devrait) en jouer.

–          Tout comme il pourrait (devrait) s’appuyer sur la grande cohérence politique de sa base sociale et électorale. Que pensent les électeurs démocrates ? Qu’il faut augmenter les impôts pour les plus riches (86%), on l’a vu. Mais aussi, contrairement aux électeurs républicains,  qu’il faut réduire le budget militaire (57%), ou augmenter le taux d’imposition sur les revenus du capital et des dividendes (62%).

Bref, l’opinion publique est clairement derrière Obama. Comment s’en servira-t-il contre les Républicains. S’en servira-t-il, simplement ?

 

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Armes à feu: ce que dit la Constitution

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Depuis le massacre de Newton, on a de nouveau entendu et lu que le droit de porter des armes était garanti par la Constitution. Or, ce n’est pas le cas.

Que dit le second amendement ? « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».

Un mot d’abord sur le contexte historique. Cet amendement fait partie du Bill of Rights voté en 1791 qui inscrit dans le marbre les droits fondamentaux des citoyens des Etats-Unis.  La « milice bien organisée », citée dans l’amendement, renvoie évidemment à celle dont le rôle fut si important, pendant la guerre d’indépendance opposant les colonies à la Monarchie britannique, infiniment supérieure en termes de puissance militaire régulière. Dans la Constitution, ce droit apparaît comme un bouclier face à d’éventuelles menées tyranniques.

Depuis deux siècles, le second amendement est l’objet d’une bataille d’interprétation. Pour aller au plus vite, on peut dire que c’est l’approche du lobby de la NRA (National Rifle Association) et du parti républicain – droit individuel – qui domine face à la lecture du camp favorable à la régulation et au contrôle. Ce dernier souligne – à juste titre, à notre avis – que le second amendement parle d’un droit « collectif », puisqu’il est stipulé « le peuple », non « les citoyens » et que la référence au cadre – « une milice bien organisée » – de ce droit est explicite. Ce droit n’est donc pas illimité.

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Que fera Obama de sa victoire ?

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Les électeurs du « Yes, we can » ont finalement décidé de ne pas se laisser voler leur victoire de 2008 en laissant des Républicains, plus extrêmes que jamais, revenir à la Maison Blanche. Ils se sont rendus aux urnes en plus grand nombre que ne le laissaient présager les sondages. Barack Obama devance ainsi de plus d’un million de voix Mitt Romney, ce qui lui permet de remporter l’immense majorité des « swing states » et d’être largement majoritaire dans le collège électoral (303 à 206, en attendant la fin du décompte en Floride). Les premières enquêtes montrent que le président doit sa réélection à la mobilisation des jeunes et des Latinos, dont le rôle politique ne pourra se limiter à sauver tous les quatre ans la mise des démocrates…

C’est à la fois une sacrée victoire et une sacrée défaite. Le sens du scrutin du mardi 6 novembre tient en cette réalité gémellaire. Une sacrée victoire, évidemment, pour Barack Obama dont on ne peut contester qu’il a hérité de l’une des pires situations de l’Histoire du pays, entre la Grande Récession et deux guerres en cours. Une sacrée défaite, de manière toute aussi évidente, pour les Républicains et leur candidat, Mitt Romney. Ils s’étaient jurés, en prenant possession de la Chambre des représentants en 2010, de faire d’Obama « le président d’un seul mandat ». Ils ont échoué. Pire, pour le Grand Old Party : depuis la fin de la guerre froide, son candidat n’a obtenu l’assentiment de la majorité des électeurs qu’à une seule reprise, en 2004, pour la réélection de George W. Bush, en plein choc post-traumatique collectif. A cinq reprises, désormais (1992, 1996, 2000, 2008 et 2012), une majorité des votants lui ont préféré le représentant de son adversaire séculaire.

La question est désormais de savoir ce que le président réélu compte faire de sa victoire. Si le vote de mardi change beaucoup de choses puisqu’il le relégitime, il lui offre paradoxalement le même paysage parlementaire. Les Républicains gardent leur majorité – même légèrement amoindrie – à la Chambre des représentants tandis que les démocrates renforcent leur contrôle sur le Sénat.

Comme on se doute trop de ce que les républicains feront eux de leur victoire – l’ignorer voire la dénier, blâmer Romney puis poursuivre leur dérive -, Obama devra, jusqu’aux prochaines élections parlementaires en 2014, affronter leur obstruction. Comment y fera-t-il face ? Par la recherche illusoire du consensus, véritable constante de son premier mandat ? Sortira-t-il du jeu washingtonien que les Américains, autant ceux de droite que de gauche, vomissent ?

Pour situer l’enjeu, il faut refaire un peu d’Histoire, comme nous y invite l’intellectuel new-yorkais, Eli Zaretsky, dans son récent ouvrage « Left ». Il rappelle qu’à chacune des grandes crises du pays (l’esclavagisme, la crise économique de 1929 et ses suites, les années 60), la gauche a joué un rôle central dans le contenu des réponses apportées (l’abolition, le New Deal, les transformations culturelles). Son analyse : les Etats-Unis traversent une quatrième grande crise qui nécessite l’émergence d’une quatrième gauche. Coupons court aux éventuelles spéculations : Barack Obama ne sera jamais l’incarnation de cette gauche. Au mieux, il pourrait s’appuyer sur les acteurs et les mouvements progressistes de la société dont les référendums locaux ont encore montré à quel point ils comptaient dans ce pays. Il devrait commencer par faire son deuil du grand mythe du consensus. Lincoln a-t-il aboli l’esclavage par consensus ? Lyndon Johnson a-t-il signé la loi sur les droits civiques suite à un consensus ? La première décision de Roosevelt ? Fermer les banques, faire voter une loi régulatrice et les y soumettre. A rebours, le premier geste de Reagan ? Virer les contrôleurs aériens en grève. Aucune « révolution » américaine n’a germé dans une chimère « bipartisane ».

En lui confiant un second mandat, malgré certaines déceptions ou récriminations, le « peuple de 2008 » a envoyé un double message : le refus absolu des recettes républicaines et, en miroir, l’appel à des solutions aux problèmes du pays. Lors de son discours, à Chicago, mercredi matin, Barack Obama a assuré que la mobilisation des électeurs démocrates et cette campagne le rendaient « plus déterminé et inspiré que jamais ». Il avait grandement raison d’insister sur l’incroyable travail militant et l’organisation huilée qui lui ont sans doute permis de décrocher ce second mandat. Une question, encore une, mais la plus candide de toutes, consume notre plume : pourquoi n’utiliser cette force qu’une fois tous les quatre ans ?

Son premier test se profile déjà à l’horizon: la « falaise fiscale ». La formule renvoie à la question de l’endettement et au compromis passé en août 2011 entre démocrates et républicains qui arrive à expiration le 31 décembre. Si aucun nouvel accord n’est trouvé, un mécanisme dit « de séquestration » entrera automatiquement en vigueur le 1er janvier : expiration des réductions d’impôts pour les plus riches décidées sous Bush comme de la baisse de cotisations sociales incluses dans le plan de relance d’Obama ainsi que des coupes dans le budget de la défense et des programmes sociaux. Un banc d’essai grandeur nature pour « Obama II ».

Article publié dans l’Humanité dimanche du 07 novembre

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JOUR J, 23h15. Comment les Républicains veulent limiter le droit de vote et de représentation

Des problèmes commencent à surgir en Ohio, en Floride, notamment, dont on reparlera peut-être dans les heures à venir. Le moment de lire ou relire cet article paru dans l’Humanité du 30 octobre.

Charcutage électoral et lois restreignant l’accès au vote des plus démunis : voilà comment les Républicains tentent de désamorcer la « bombe à retardement » démographique, selon la formule de Scott Keeter, directeur d’études au Pew Research Center, le grand institut américain d’enquêtes d’opinion. Plutôt que de tenter de séduire les « minorités » par un nouveau discours, le G.O.P. (Grand Old Party, son surnom) tente d’amoindrir et, à défaut, de contourner le vote des Latinos et des Africains-Américains.

Dans près d’une dizaines d’Etats où il se trouve au pouvoir, le parti de droite a voté, au nom de la lutte contre la fraude, des lois imposant des nouvelles conditions pour l’inscription sur les listes électorales, notamment la production d’une pièce d’identité avec photo, principalement un permis de conduire dont ne disposent pas un grand nombre parmi les plus défavorisés. Ces projets ne passent pourtant pas comme une lettre à la poste : fin août, une cour fédérale a censuré la loi texane. Les juges ont cité l’exemple de citoyens qui résidaient à des centaines de kilomètres du bureau le plus proche pouvant leur délivrer le nouveau document exigé. « Pareil voyage serait particulièrement décourageant pour les travailleurs pauvres », ont-ils estimé. D’autres lois d’Etat du même acabit ont également été retoquées. Mais le parti républicain n’est jamais en retard d’une idée rétrograde. En Floride, les personnes condamnées pour crimes non-violents ayant purgé leur peine ont été déchues de leurs droits civiques, par une nouvelle loi. 200.000 personnes, parmi lesquels 23% d’Africains-Américains, ne pourront donc  pas voter. Au total, les organisations des droits civiques estiment que 5 millions de citoyens, appartenant aux catégories ayant assuré la victoire d’Obama en 2008, seraient empêchés de voter le 6 novembre.

Comme le parti de Romney ne peut pas empêcher tous les électeurs des « minorités » de voter, il faut rendre le plus « indolore » possible leur poids électoral. Il faut dire que le parti républicain a un problème particulier : sa base arrière, le Sud, est la partie du pays où le dynamisme démographique des « minorités » est le plus fort. A l’immigration latina (Texas, Floride mais aussi la Caroline du Sud, la Georgie), s’ajoute l’afflux d’Africains-Américains qui quittent les villes du Nord et du Midwest pour rejoindre la « Sun Belt ». Les législatures républicaines ont donc procédé à des redécoupages qui reviennent, selon le quotidien progressiste The Nation « à reségréguer le Sud ».

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Sondage J-1 : statu quo annoncé

Obama à la Maison Blanche, les Républicains majoritaires à la Chambre et les démocrates au Sénat : voilà la photographie donnée par les derniers sondages.

Présidentielles. L’institut Rasmussen donne à Romney un petit point d’avance au plan national tandis que CNN annonce une égalité parfaite. Mais le plus important, on le sait, réside dans le résultat des « swing states ». Dans l’Ohio, cela va de l’égalité à un avantage de 5 points pour Obama… Romney reste solide en Floride. Coude-à-coude en Virginie. Mais léger avantage au président sortant dans le Colorado, le New Hampshire et l’Iowa. Au total, le site Real Clear Politics (RCP) crédite Obama de 303 grands électeurs contre 235 à Romney. Le petit génie des sondages, Nate Silver, qui officie au New York Times donne au président 86% de chances de l’emporter.

Chambre des représentants. En 2010, lors des élections de mi-mandat, une abstention record (82 millions d’électeurs contre 132 lors de la présidentielle de 2008) sanctionnait les démocrates qui perdaient 63 sièges, leur pire revers depuis 1938. Des Républicains radicalisés par les Tea Parties prenaient ainsi le contrôle de la Chambre. Cette année, le curseur ne frétille pas beaucoup. Selon RCP, les républicains obtiendraient 224 sièges (la majorité est à 218) contre 178 aux démocrates. 33 sièges font l’objet d’un duel serré. Quoi qu’il en soit, la chambre restera « rouge » (la couleur du parti républicain).

Sénat. Ce serait également la stabilité à la chambre haute du Congrès. Les démocrates garderaient leur majorité (53 sièges contre 47) mais l’avantage étant plus ténu, des surprises peuvent encore survenir.

Si Obama est réélu et si les Républicains maintiennent leur stratégie d’obstruction (on ne voit franchement pas pourquoi ils en changeraient), soit l’Amérique repartira pour deux années de bisbilles stériles entre White House et Capitol Hill, soit il faudra au président réélu trouver d’autres leviers que le traditionnel jeu politique washingtonien. Laissons tout de même voter les Américains.

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