La Géorgie fait de Biden un président de plein exercice

La victoire historique des deux candidats démocrates lors des sénatoriales partielles donne une majorité dans les deux Chambres au président élu. Qu’en fera-t-il ? (Article publié dans l’Humanité du 7 janvier 2020.)

Fin février 2020, les électeurs africains-américains de Caroline du Sud étaient venus à la rescousse du candidat Biden en lui offrant une éclatante victoire, début d’un come-back qui mènerait le vieux pacha centriste de la politique à l’accession à la Maison-Blanche. Début janvier 2021, les électeurs africains-américains de Géorgie, autre État sudiste, ont sauvé sa présidence, ou tout au moins sa capacité à en faire quelque chose, en élisant deux sénateurs démocrates dans cet ancien bastion républicain. On y trouvera deux confirmations : l’électorat noir constitue l’épine dorsale de la coalition démocrate et les changements démographiques font tomber peu à peu le vieux Sud conservateur dans l’escarcelle des démocrates. Après la Virginie, de plus en plus fidèle au candidat du parti de l’âne depuis 2008, voici la Géorgie qui bascule. Il faut aussi souligner le rôle crucial joué par Stacey Abrams, candidate démocrate au poste de gouverneur en 2018, battue d’un cheveu, et cheville ouvrière, depuis, d’une vaste campagne d’inscription sur les listes électorales : près d’un million de personnes au total.

Entre la présidentielle de novembre et les « runoffs » (deuxièmes tours) de mardi, les marges sont souvent infimes, mais le résultat n’en est pas moins spectaculaire. Après avoir voté pour la première fois pour un démocrate depuis Jimmy Carter (régional de l’étape), « l’État de la pêche » va envoyer à la Chambre haute du Congrès deux élus au profil peu habituel, quasiment tous deux novices dans l’arène politique : Raphael Warnock, 51 ans, pasteur de l’Ebenezer Church (où officia Martin Luther King), et Jon Ossoff, producteur de films documentaires de 33 ans. Lors d’un scrutin ultramédiatisé, dont la participation a approché celle de novembre, ils ont battu les deux sénateurs républicains ultraconservateurs sortants (de 50 000 voix pour le premier et de plus de 15 000 pour le second).

La défaite pour le parti de Trump est cinglante. Et le président encore en exercice y a largement apporté son écot en divisant la famille conservatrice, à coups d’accusations contre le gouverneur et le secrétaire en charge des élections, qui ont validé le résultat de la présidentielle (12 000 voix d’avance pour Biden.) Il n’endossera évidemment aucune responsabilité du désastre géorgien, tout occupé qu’il était encore à faire invalider le vote du collège électoral, que le Congrès devait certifier hier. Le fait que la moitié du groupe républicain à la Chambre et une bonne dizaine de sénateurs le suivent dans cette tentative désespérée qui cousine avec le coup d’État en dit long sur l’état de l’establishment républicain. Il annonce une guerre de tranchées peut-être sans précédent dans les deux chambres.

Car, si Joe Biden dispose d’une majorité au Congrès, elle est infiniment plus ténue que celle qui a accompagné les premiers pas de Barack Obama. Les démocrates n’ont que quatre sièges d’avance à la Chambre des représentants. Quant au Sénat, l’égalité parfaite (50-50) donne une voix prépondérante à la vice-présidente, Kamala Harris, à la condition que le groupe démocrate ne subisse aucune déperdition. Pour le dire autrement, les lois – plus ou moins progressistes – tiendront au bon vouloir du sénateur démocrate mais très conservateur de la Virginie-Occidentale, Joe Manchin. Dans ses mémoires, Barack Obama raconte comment sa réforme de la santé a été rabotée et finalement dénaturée (même s’il n’utilise pas ce mot) par les tractations au Sénat, chambre profondément inégalitaire puisque chaque État, quelle que soit sa population, est représenté par deux élus. À la Chambre, en revanche, le faible avantage des démocrates donnera sans doute plus de poids à l’aile gauche, incarnée par le « Squad » (Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaib, Ilhan Omar et Ayanna Pressley), renforcé par Cori Bush, Jamaal Bowman ou encore Mondaire Jones. Jusqu’ici, les progressistes ont un peu l’impression d’être les dindons du cycle électoral.

Dans ses nominations, Joe Biden ne leur a quasiment accordé aucune place. Fin 2020, Bernie Sanders faisait remarquer que le pôle progressiste, représentant « entre 35 % et 40 % de la coalition démocrate », n’avait pas trouvé sa place au sein de l’administration encore en construction. Incapacité stratégique de Joe Biden à dépasser son caractère profondément « centriste » ? Calcul tactique avant les sénatoriales de Géorgie afin de ne pas apeurer les électeurs modérés ? Volonté de l’establishment de marginaliser l’aile gauche ? Les réponses viendront très rapidement, au travers des derniers choix des membres de l’administration (le nom de Bernie Sanders revient régulièrement pour occuper la fonction de ministre du Travail), ainsi que des très puissantes présidences de commissions dans les deux chambres. Pour Matt Bruenig, fondateur du think tank de gauche People’s policy project, c’est, en quelque sorte, l’heure de vérité : « Avec un contrôle démocrate du gouvernement, il n’y aura pas d’excuses pour de mauvaises politiques. »

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Les dossiers chauds qui attendent la Maison-Blanche

Malgré une majorité ténue dans les deux chambres, le nouveau président démocrate est attendu sur plusieurs fronts. Jouera-t-il petit bras ou se montrera-t-il à la hauteur des enjeux ? (Article publié dans l’Humanité du 7 janvier 2021.)

Aussitôt investi – ce sera le mercredi 20 janvier –, Joe Biden devra s’atteler à préparer un plan national pour endiguer la pandémie du coronavirus. Il a, de longue date, annoncé qu’il s’agirait de la priorité des priorités alors que plus de 350 000 Américains sont déjà décédés et que l’hécatombe se poursuit au rythme de plusieurs milliers par jour (3 658, mardi 5 janvier). Le contraste avec la gestion de la crise par Donald Trump devrait être parmi les plus marqués. Joe Biden assure qu’il s’appuiera sur l’avis des scientifiques pour prendre ses décisions. En revanche, angle mort de sa politique, il refuse une réforme radicale du système de santé pour le rendre réellement universel, dans l’esprit du Medicare for All de Bernie Sanders. D’autres dossiers attendent sur un bureau de la Maison-Blanche que connaît bien le 46e président.

Smic à 15 dollars. Après un peu moins d’une décennie d’une bataille lancée par quelques salariés de fast-foods à New York, le salaire minimum à 15 dollars est une réalité pour un tiers du pays. Des villes (Seattle en pionnière) puis des États (Californie et New York en tête) en ont fait la norme. Chemin traditionnel suivi par les mesures progressistes ces dernières années, de la légalisation du mariage gay à l’instauration de congés maladie et parentaux. Alors que les inégalités sociales ont retrouvé leur niveau d’avant le New Deal de Roosevelt, la majorité démocrate de la Chambre des représentants a voté, à l’été 2019, une loi pour en faire la norme dans l’ensemble du pays, mais le Sénat, alors républicain, y a ensuite fait obstacle. Avec les deux chambres « bleues », l’heure du Smic à 15 dollars est peut-être venue. En fin de campagne présidentielle, Kamala Harris a animé un meeting virtuel sur le sujet en compagnie de Bernie Sanders. Un signe ? Un signal ?

Dette étudiante. C’est le deuxième sujet sur lequel la gauche – mais pas uniquement elle – met la pression. L’endettement étudiant, avertissent de nombreux économistes, est une bulle prête à exploser au visage de l’Amérique. Selon les derniers chiffres, qui datent de 2019, il se monte à 1 600 milliards de dollars, soit trois fois plus qu’en 2007 ; 45 millions d’Américains se sont endettés pour financer leurs études supérieures et la moyenne de leur ardoise se monte à plus de 35 000 dollars. Signe inquiétant : les défauts de paiement augmentent. Avant un éventuel krach, la gauche propose d’effacer la dette et, afin d’assécher les sources futures d’endettement, de décréter la gratuité des études universitaires publiques. Joe Biden se contente pour l’instant de vouloir prendre en charge 10 000 euros de la dette de personnes travaillant dans certains métiers de service, comme l’enseignement. Même l’élu de Caroline du Sud, Jim Clyburn, qui est un indéfectible soutien, trouve que le compte n’y est pas.

Peine de mort. La semaine prochaine, trois exécutions capitales auront lieu dans les pénitenciers fédéraux. Avant de vider les lieux, Donald Trump ne sème pas que le désordre, il sème aussi la mort. Dans le programme de Joe Biden figure une proposition de loi afin d’abolir la peine de mort « au niveau fédéral et d’inciter les États à suivre ». Le nombre d’exécutions diminue d’année en année (17 en 2020) et seulement une poignée d’États (principalement dans le Sud) perpétuent cette pratique. Au point que le Death Penalty Information Center parle d’une « abolition de fait ». Une abolition de droit serait historique.

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Le Sénat en balance: autant en emporte la Géorgie

Si les démocrates font basculer aujourd’hui les deux sièges de sénateur, le président Joe Biden pourra disposer in extremis des moyens de gouverner. Sinon, ce sera l’impuissance. (Article publié dans l’Humanité du 5 janvier 2020.)

Joe Biden sera-t-il un président sans réel pouvoir ? C’est en Géorgie que se joue, aujourd’hui, le destin du premier mandat du 46e président des Etats-Unis, via deux sièges de sénateurs. L’enjeu est limpide : si les démocrates emportent les deux scrutins, ils disposeront, en plus de celle qu’ils détiennent à la Chambre des représentants, d’une majorité au Sénat (où ils disposent actuellement de 48 sièges sur cent) grâce à la voix prépondérante de la vice-présidente Kamala Harris. Sinon, les républicains maintiendront leur emprise sur la chambre haute et ainsi leur capacité de blocage, ne laissant à Joe Biden que le domaine limité des décrets.

Un Etat républicain qui a basculé chez les démocrates en novembre, deux duels « accrocheurs », toute l’attention médiatique du pays si ce n’est du monde, un Donald Trump en élément perturbateur : le « runoff » (second tour) géorgien est aussi spectaculaire et haletant qu’un scénario hollywoodien débridé, à l’image de ce que fut une campagne présidentielle hors-norme. La « composition » des duels dessine ces deux Amériques qui vont en découvre une nouvelle fois. D’un côté, le sénateur sortant républicain ultra-conservateur, David Perdue, homme d’affaires accusé d’avoir profité d’informations confidentielles sur la pandémie pour faire son beurre en achetant des actions dans une entreprise fabriquant des équipements de protection individuelle, est opposé au démocrate Jon Ossof, un millennial (33 ans) surdiplômé (Georgetown, London School of Economics), producteur de films documentaires. Le 3 novembre dernier, le premier a devancé le second (49,73% contre 47,95%) mais n’ayant pas atteint la barre des 50% se voit contraint à un second tour. De l’autre, Kelly Loeffler, multimillionnaire dont la famille possède le New York Stock Exchange (la Bourse de New York) affronte Raphael Warnock, un pasteur de 51 ans qui officie à l’Ebenezer Church d’Atlanta, l’église où le pupitre fut un temps occupé par Martin Luther King.

Le casting ne serait évidemment pas complet sans… Donald Trump, aussi omniprésent que manifestement encombrant pour son propre parti. En guise de vœux, dès le 1er janvier, il a lancé sur tweeter une nouvelle diatribe contre ces deux scrutins qu’il juge « illégaux et invalides. » Comment dès lors, le G.O.P. (Grand Old Party, surnom du parti républicain) va-t-il pouvoir mobiliser ses électeurs si le grand chef, toujours populaire auprès de sa base, affirme que cela n’en vaut pas la peine ? Depuis sa défaite, le président battu mais toujours en poste sème la zizanie dans la grande famille républicaine, notamment en Géorgie, un Etat traditionnellement conservateur qui a accordé une dizaine de milliers de voix d’avance à Joe Biden. Ici, comme ailleurs, le milliardaire a crié à la fraude. Ici, plus qu’ailleurs, il a vilipendé l’attitude des élus républicains qui ont validé les résultats, à commencer par le gouverneur Brian Kemp et le secrétaire aux élections, Brad Raffensperger. L’hôte de la Maison Blanche est même allé beaucoup plus loin (lire ci-dessous). Perdue et Loeffler tentent de se tenir à équidistance des acteurs de ce psychodrame familial en ne désavouant pas le pater familias, afin de ne pas démobiliser la base, tout en ne sombrant pas dans une théorie du complot qui repousserait sans doute les plus modérés des républicains. Pour sortir de cette nasse, le duo républicain joue une carte qu’il pense maîtresse sur ces terres encore largement conservatrices. « Nous sommes le pare-feu pour empêcher le socialisme d’arriver en Amérique », a ainsi lancé Kelly Loeffler, s’attirant une ovation du public venu l’écouter dans une petite bourgade bien comme il faut, située dans le Nord de l’Etat, crucial pour les républicains.

Ces derniers savent que c’est dans les parties rurales de la Géorgie qu’ils pourront contrer la puissance de feu des démocrates dans la métropole d’Atlanta. Les démocrates ont toujours régné dans la principale ville de l’Etat. Un changement s’est pourtant produit durant ces deux dernières décennies : les banlieues entourant la ville sont de moins en moins « rouges » et de plus en plus « bleues ». Conséquence d’un afflux de nouvelles populations, principalement africaines-américaines, membres de la classe moyenne. 65% des habitants arrivés ces dix dernières années ont voté démocrate, clé du succès de Biden en novembre. Pour décrocher la timbale sénatoriale, le duo Ossof-Warnock joue sur le même registre : l’antitrumpisme modéré. A titre d’exemple, les deux candidats s’opposent à deux des mesures-phrases de l’aile gauche : le Medicare for All et le New deal écologique. Les derniers sondages (pour ce qu’ils valent) leur accordent une légère avance. Les meetings prévus hier de Donald Trump et Joe Biden sont-ils susceptibles de faire bouger le curseur ? Réponse (au mieux) dans la nuit de mardi à mercredi.

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Géorgie: les clés du « runoff »

La présidence de Joe Biden se joue le 5 janvier lors deux deux élections sénatoriales dans un Etat traditionnellement conservateur mais qui a basculé chez les démocrates en novembre dernier. (Article publié dans l’Humanité dimanche du 24 décembre 2020.)

« Si on m’avait dit, il y a quatre ans, ce qui allait se passer en Géorgie, je ne l’aurais pas cru : ni la purge massive électorale, ni la campagne de Stacey Abrams de 2018 puis celle pour inscrire sur les listes électorales, ni encore moins les résultats de 2020. » A l’instar de Laurel Snyder, pas grande monde n’aurait misé un dollar sur une bascule du « rouge » vers le « bleu » de cet Etat du Sud. Et lorsque cette écrivaine résidant à Atlanta, déroulait, en quelques mots ce scénario, lors d’un webinaire, organisé mi-décembre, des « Ecrivains contre Trump », ses acolytes opinaient franchement du bonnet. C’est la Floride qui s’affichait comme LE « swing state » que démocrates et républicains s’arrachaient. Et c’est au Texas, où les changements démographiques étaient bien plus avancés, que l’on promettait un destin d’Etat indécis. Finalement, le 3 novembre, Joe Biden a devancé Donald Trump de près de 13.000 voix. Et le 5 janvier, c’est ici, en plein cœur du Sud que tout va se jouer pour l’administration Biden lors d’un « runoff » (disons l’équivalent d’un second tour) qui promet d’être le plus médiatique des « runoff ». Deux sièges de sénateurs y sont en jeu. L’enjeu est simple : les démocrates l’emportent et ils auront 50 sénateurs, à égalité avec les républicains, mais la voix prépondérante de la vice-présidente Kamala Harris leur permettra de disposer des moyens de leur politique. S’ils perdent, ne serait-ce que l’une des deux élections, et ils seront condamnés à voir leurs initiatives législatives bloquées par la digue républicaine du Sénat.

Les démocrates peuvent-ils reproduire l’exploit du 3 novembre dans un Etat au long passé conservateur ? « La vague bleue peut-elle survivre à Trump ?», reformule Lauric Henneton, maître de de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, lors d’un webinaire sur les « villes nord-américaines à l’heure de Trump » organisé par réseau EUNA (Etudes Urbaines Nord-Américaines). En Géorgie, la « vague bleue » (Joe Biden a augmenté le capital électoral de Hillary Clinton d’un tiers, passant de 1,8 à 2,4 millions de voix) s’est incontestablement nourrie du rejet de la figure de Donald Trump. Le jour même où le président sortant perdait cet Etat, le sénateur républicain David Perdue devançait Jon Ossof (49,7% contre 47,9%), échouant pourtant à franchir la barre des 50%, ce qui conduit, en fonction d’une règle locale, au fameux « runoff. »

Finalement, le président battu est peut-être en train de rendre un fier service à son ennemi Joe Biden en s’impliquant autant dans la campagne des sénatoriales et en semant la zizanie au sein du G.O.P. (Grand old party, le surnom du parti républicain). Il s’en est successivement pris au secrétaire républicain aux élections, Brad Raffensperger, accusé d’avoir couvert la fraude en validant les résultats après un recompte puis le gouverneur républicain, Brian Kemp, de les avoir certifiés. Une partie des trumpistes les plus acharnés appellent à boycotter le scrutin du 5 janvier qui se jouera sans doute à quelques milliers de voix près. Mais, Trump ou pas Trump, l’émergence des démocrates dans cet Etat qui lui fut fidèle jusque là signature de la loi sur les droits civiques dans les années 60 n’en reste pas moins un phénomène durable. Il tient aux changements démographiques et à l’immense travail d’inscription sur les listes électorales.

« Il y a un double processus : densification et diversification. C’est lorsqu’il y a densification par la diversification qu’il y a changement», résume Lauric Henneton. En résumé, le curseur électoral évolue vers les démocrates lorsque les nouveaux habitants sont membres des « minorités. » Le cœur du boom démographique se situe dans la métropole d’Atlanta, où « la croissance démographique repose quasi-exclusivement sur les noirs.» Joe Biden y a recueilli 1,5 million de voix contre 1 million pour Barack Obama en 2008. Selon une enquête, les habitants arrivés ces dix dernières années ont voté démocrate à 65%. Les sciences sociales l’avaient étudiée : la « nouvelle grande migration » (en référence à la « grande migration » qui vit, entre 1910 et 1950, des millions de noirs quitter le Sud et ses lois ségrégationnistes pour se rendre dans les grandes villes du nord-est et du Midwest) favorise sur le long terme les démocrates. Mais encore faut-il que ces électeurs potentiels votent. Les républicains l’ont bien compris, eux, qui ont mené une purge électorale de près d’1,5 million d’électeurs avant l’élection de 2018, ce qui permit à Brian Kemp de se défaire de Stacey Abrams. Cette dernière a ensuite mené, avec son organisation Fair Fight un immense travail d’inscription sur les listes électorales (800.000 personnes en deux ans), sans lequel Joe Biden n’aurait jamais entrevu le moindre espoir de victoire. Désormais inscrits en masse, les électeurs doivent se déplacer le 5 janvier : c’est tout le travail des militants politiques et syndicaux (entretien ci-dessous)

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« Un Sénat républicain bloquerait tous les projets de lois progressistes »

Entretien avec Rebekah Ward, présidente de l’UCWGA (United Campus Workers of Georgia) qui syndique tous les salariés des universités de l’Etat sur les raisons de cet engagement. (Publié dans l’Humanité dimanche du 24 décembre 2020.)

De quelle manière votre organisation est-elle impliquée dans la campagne et pourquoi cette élection est-elle si importante du point de vue des syndicalistes que vous êtes ?

Rebekah Ward. Nous menons actuellement une campagne pour appeler ou rendre visite à tous les employés des universités de Géorgie qui sont des électeurs inscrits pour les encourager à aller voter pour ce « runoff ». Cette approche a un double avantage. D’abord, nous sommes plus susceptibles de les convaincre que des personnes extérieures qui sont moins au fait des problématiques auxquels ils font face en tant que salariés. Ensuite, cela nous permet de parler à des gens qui n’ont pas encore rejoint le syndicat et de les sensibiliser sur le fait de s’y investir. Nous savons que les élus progressistes constituent une part importante du processus de changement. Mais les autres ingrédients sont des mouvements sociaux et syndicaux forts.

En quoi est-ce aussi important pour les salariés de Géorgie d’avoir un Sénat à majorité démocrate ?

Rebekah Ward. Nous avons souffert ces quatre dernières années d’une administration Trump profondément raciste, sexiste et anti-syndicale. Alors que Joe Biden a remporté 81 millions de voix, nous avons l’opportunité de faire voter des lois progressistes, telles que l’abandon des dettes de loyers accumulées pendant la pandémie, que les violences policières soient traitées au niveau fédéral et le fait de pouvoir se syndiquer plus facilement. Mais ces buts seront infiniment plus durs à atteindre avec un Sénat républicain qui peut bloquer tous les projets de lois progressistes.


Quelles sont les premières mesures que vous attendez de l’administration Biden ?

Rebekah Ward. La plus urgente des priorités est d’atténuer l’impact de la pandémie du Covid 19. Nous avons besoin d’une politique de tests massifs, de traçabilité, d’aide urgente pour les chômeurs, d’abandon des créances de loyers, comme je le mentionnais dans ma réponse précédente, de l’effacement de la dette étudiante et de demander des comptes aux employeurs qui ont placé les travailleurs dans des conditions dangereuses. Une nouvelle et meilleure loi CARES (1) est un besoin urgent durant la première semaine de ces 100 premiers jours qui traditionnellement, dans la politique américaine, marquent l’empreinte d’une administration en termes d’initiatives de politiques publiques.

(1) Votée au printemps 2020 en réponse au début de la pandémie, elle prévoyait notamment le versement d’une aide 1200 dollars par célibataire et 2400 dollars par famille, mesure promue par l’aile gauche du parti démocrate.

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L’Amérique célèbre la défaite de Trump plus que la victoire de Biden

Avec la Pennsylvanie et le Nevada en sa faveur, le candidat démocrate dispose d’une majorité au collège électoral qui sera peut-être renforcée par des victoires en Géorgie et dans l’Arizona. (Article publié dans l’Humanité du 9 novembre 2020.)

L’Amérique – tout au moins une frange majoritaire – a salué la défaite de Trump, samedi et jusque tard dans la nuit autant que la victoire de Joe Biden. Elle sait qu’elle n’en a certainement pas fini avec le trumpisme et rien n’est moins sûr qu’elle ait gagné un « bidenisme » au change, mais l’occasion était trop belle, le soulagement trop important. SI le comptage officiel des bulletins se poursuit, plus aucun doute ne plane sur une victoire assez nette de l’ancien vice-président de Barack Obama (lire encadré). C’est CNN qui a lancé, en premier, son annonce : « Nous projetons que Joe Biden sera le 46e président des Etats-Unis. » Quelques minutes plus tard, Fox News, la chaîne de Rupert Murdoch, suivait le mouvement, obligé de se rendre à l’évidence.

Largement en tête dans le vote populaire (plus de 4 millions de voix à l’heure om ces lignes étaient écrites et sans doute de 6 à 7 au final), dans le cadre d’une participation historique, Joe Biden a également remporté le « collège électoral ». La Pennsylvanie et le Nevada sont tombés dans l’escarcelle du candidat démocrate tandis que l’Arizona et la Géorgie (où un recompte aura lieu) penchent en sa faveur. Cela lui donnerait un total de 306 grands électeurs, le même nombre que Donald Trump en 2016. Le président nationaliste ne sera donc que l’homme d’un mandat comme George Bush et Jimmy Carter avant lui.

Joe Biden a rapidement pris la parole depuis Wilmington (Delaware), la ville où il a grandi et dans laquelle il demeure toujours. C’est à partir de cette base, proche de Washington, qu’il a bâti sa carrière politique en devenant à 29 ans le plus jeune sénateur de l’Histoire. Il sera l’un des piliers de cette chambre haute jusqu’en 2008, année où il deviendra vice-président du pays avec l’élection de Barack Obama, épousant ou devançant les virages à droite du parti démocrate sur la baisse des impôts ou les politiques pénales répressives.

« Je m’engage à être un président qui rassemble et non pas qui divise », a-t-il promis. Après avoir remercié la « coalition large et diverse » qui l’a portée à la présidence via ‘une victoire claire », il a insisté sur l’aspect réconciliation : «Voyons-nous, parlons-nous », « donnons-nous une chance. » Cet appel au rassemblement peut-elle être entendu dans une Amérique divisée comme jamais, avec notamment une partie de l’électorat trumpiste qui ne reconnaît toujours pas la défaite de leur « champion. » Mais cet espère d’œcuménisme peut-il faire office de méthode de gouvernement ?

En l’état actuel, le président Biden qui prêtera serment le 20 janvier ne dispose pas des leviers indispensables pour mener les politiques contenues dans son programme. Si les démocrates accusent un recul d’au moins une dizaine de sièges à la Chambre des représentants, ils y garderont une majorité. Mais le Sénat reste aux mains des républicains, au moins jusqu’au 5 janvier. Ce jour-là, se déroulera un deuxième tour pour les deux sièges de sénateurs de l’Etat de Géorgie. Si les candidats démocrates l’emportaient dans ce bastion républicain devenu « swing state », au point que Joe Biden devance, en l’état du décompte, Donald Trump de 10195 voix, le parti de Biden disposerait de 50 élus, tout comme les républicains. En ce cas, c’est la voix de Kamala Harris, la première femme et la première enfant d’immigrés, à occuper cette fonction, qui s’avère décisive. Si tel était le cas, un bras de fer s’engagerait entre l’aile gauche et l’establishment démocrate. Joe Biden a été élu sur un programme (lire ci-contre) avec nombre de propositions progressistes mais beaucoup moins radicales que celles portées par Bernie Sanders durant la campagne des primaires démocrates. D’une certaine façon, le débat a déjà commencé. Quelques démocrates centristes rendent responsable la gauche, et sa proposition de Medicare-for-All (un système de santé public universel) notamment, et de la victoire moins large que prévue des démocrates. Alexandria Ocasio-Cortez s’est chargé de la riposte immédiate. « Je pense que c’est la grande leçon que nous avons apprise : des élections à forte participation ne provoquent pas automatiquement des victoires démocrates, a-t-elle dit au New York Times. Mais nous avons aussi appris que si nous ciblons de manière très précise la participation, alors cela se montre bénéfique. Je crois que nous avons appris que nous ne pouvons pas nous éloigner des politiques progressistes. »

Comment la gauche va faire valoir ces options progressistes ? Les approches divergent. « La gauche a besoin de passer immédiatement à une opposition à l’administration Biden», selon le magazine marxiste Jacobin. Selon des sources proches d’Elizabeth Warren devrait rencontrer Joe Biden et lui proposer d’être sa secrétaire au Trésor, poste crucial dans toute administration. Un premier test pour le nouveau président : donnera-t-il suite à la sénatrice connue pour ses positions anti Wall-Street ou renouera-t-il avec la modération centriste des années Obama, dont on sait désormais qu’elles ont aussi contribué à faire le lit de Donald Trump.

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Au bout du suspense, avec Biden dans le rôle principal

Les bulletins étaient toujours dépouillés hier dans six États clés alors que le candidat démocrate devançait toujours le président sortant. Recomptes et recours judiciaires sont à prévoir. (Article publié dans l’Humanité du 5 novembre 2020.)

On a désormais totalement intégré le fait : aux États-Unis, la réalité dépasse la fiction. Surtout en matière politique et électorale. Chaque jour qui passe depuis le 3 novembre confirme et amplifie cette règle. Hier, la balance penchait en faveur de Joe Biden mais le poids de quelques États pouvait encore inverser la tendance. Donald Trump a crié victoire très tôt, trop tôt, et quelque soit l’issue du dépouillement n’en démordra pas. Jusqu’où ? En tout cas, l’incroyable scénario risque encore de se dramatiser ce week-end avec une possible situation digne d’une république bananière : deux candidats se déclarant vainqueur.

Joe Biden en route vers le cap des 270 grands électeurs

Alors que Donald Trump se déchaînait sur Twitter, Joe Biden a fait, mercredi soir, vingt-quatre heures après la fermeture des derniers bureaux, une apparition très présidentielle. « Je ne suis pas venu vous dire que j’ai gagné », a-t-il aussitôt dit. « Mais je suis venu vous dire que lorsque le dépouillement sera terminé, nous pensons que nous allons gagner. » « Toutes les voix doivent être comptées », a encore ajouté le candidat démocrate. Et c’est précisément ce processus qui se poursuivait hier, de façon plus ou moins laborieuse, selon les endroits. Alors que Joe Biden, grâce à une victoire confirmée dans le Michigan (avec 150 000 voix d’avance), dispose de 253 grands électeurs, tout proche du chiffre « magique » des 270, contre 214 à son concurrent républicain, l’issue était encore incertaine dans six États. Pourtant, heure après heure, le paysage s’éclaircit pour le camp démocrate. Joe Biden est toujours en tête dans l’Arizona (onze grands électeurs) et le Nevada (6), deux gains qui seraient suffisants. Il accusait, en revanche un retard en Géorgie (16) et en Pennsylvanie (20). Mais, dans ces deux États, les bulletins restant à dépouiller sont des votes par correspondance en provenance des grandes villes massivement démocrates. Y aura-t-il assez de réserves afin de venir coiffer sur le fil Donald Trump ? La crainte de ce dernier est palpable. En Géorgie, les républicains ont lancé des recours dans une douzaine de comtés. Une victoire dans l’un de ses deux États lui donnerait une marge plus confortable et le mettrait sans doute à l’abri de manœuvres judiciaires, y compris jusqu’à la cour suprême, du camp républicain. En 2000, la plus haute instance judiciaire du pays avait ordonné l’arrêt du comptage des voix en Floride alors que les cartons en provenance du comté de Broward, massivement africain-américain et démocrate, attendaient leur tour, donnant de fait la victoire à George W. Bush face à Al Gore. Pour 537 voix. Il sera beaucoup plus difficile pour le G.O.P. (Grand Old Party, son surnom) de faire avaliser ce même type de hold up par la Cour Suprême dans plusieurs États, d’autant si la marge se compte en milliers de bulletins. Les appels de Donald Trump à recompter les voix dans l’État du Wisconsin (20 500 voix d’avance pour Biden) ont même été jugés sans fondement par l’ancien gouverneur, lui-même républicain évangélique et ultra-conservateur. Il a rappelé qu’en 2011 et 2016, les recomptes n’avaient fait varier que de quelques centaines de voix les totalisations.

Insinuations, rumeurs, accusations non fondées, guérilla judiciaire : tout le manuel trumpiste 

Le 22 novembre 2000, des républicains bon teint en costume débarquaient dans le bureau centralisateur du comté de Miami-Dade, tentant de mettre fin au recompte. L’épisode est connu sous le nom d’« émeute Brooks Brothers » du nom de la plus ancienne marque de vêtement bon chic bon genre du pays. Mercredi, à Phoenix, près de 150 supporters de Donald Trump ont manifesté face au bureau électoral du comté de Maricopa, le plus peuplé du pays. Ils étaient pour la plupart mal habillés et pour beaucoup coiffés de la casquette rouge MAGA (Make America Great Again), mais c’est un détail. Certains étaient armés, dont quelques-uns de fusils semi-automatiques AR-15. « La seule façon dont Biden peut gagner l’Arizona c’est la fraude. Je n’accepterai pas une victoire de Biden. Je ne veux pas vivre sous un joug communiste », a pesté Jim Williams, 67 ans, rapporte l’AFP. Leur « commandant » se trouve à la Maison Blanche et leur donne en quelque sorte des ordres via Twitter. « STOP THE COUNT » (ARRÊTEZ LE COMPTAGE), a-t-il intimé hier après-midi. « Nous agissons en justice pour suspendre le dépouillement (en Pennsylvanie, N.D.L.R.) en attendant plus de transparence », a déclaré Bill Stepien, le directeur de campagne de Donald Trump. Il n’y a, en l’occurrence, aucune opacité : des bulletins dûment envoyés par la poste, enregistrés à leur réception, sont dépouillés et comptés par des agents assermentés sous l’autorité du bureau électoral de l’État, organisme public. À ces tentatives de placer la justice au centre du jeu, s’ajoutent un déferlement de fausses informations. Donald Trump a sonné la charge, affirmant que des « bulletins surprises » avaient afflué de partout, par centaines de milliers, dans les États où il était jusqu’alors en tête. Un personnage apparaît central dans cette offensive : Rudy Giuliani, ancien maire de New York au moment des attaques terroristes du 11 septembre 2001 et avocat de son état. On le retrouvait déjà au cours de l’affaire ukrainienne, qui a valu une procédure d’impeachment à son patron, tentant de révéler en vain les affaires troubles supposées de Hunter Biden, le fils du candidat démocrate. Il a demandé, mercredi, à la Cour Suprême de Pennsylvanie qu’elle déclare invalide 125 000 bulletins envoyés par correspondance, au prétexte que les observateurs républicains n’étaient pas équipés de jumelles lors du transfert des urnes pourtant scellées dans les bureaux de dépouillement. Il a, le même jour, accusé la commission électorale d’être « corrompue » et « partisane ». Insinuations, rumeurs, accusations non fondées, guérilla judiciaire : tout le manuel trumpiste respecté. Dans quel but, précisément ?

Les tribunaux ou la Chambre des représentants comme derniers recours

Donald Trump sait qu’il est de tradition aux États-Unis que le comptage des voix s’étale sur plusieurs jours après le jour du vote. Il n’est pas non plus sans ignorer qu’en démocratie, même imparfaite, chaque voix compte et donc que chaque bulletin doit être compté. Sa rhétorique incendiaire et le climat délétère qu’il favorise ont donc un autre objectif : justifier sa défaite ou créer une situation où il lui sera possible de « voler » la victoire qu’il prétend pourtant avoir remportée. Le scénario qu’il choisira pour y arriver dépendra de l’ampleur de sa défaite au collège électoral. Si un seul État peut y faire basculer la majorité, alors la Cour Suprême peut entrer en piste et rejouer la partie de 2000, avec la Pennsylvanie ou la Géorgie, par exemple, en lieu et place de la Floride. Si la différence numérique implique au moins deux États, il sera alors sans doute question de la mise en œuvre d’un autre plan qu’a envisagé l’universitaire Lawrence Douglas, dans son livre « Will he go ? » Les républicains peuvent « geler » le résultat de ces deux États soit par décision judiciaire, soit car il y a deux « certifications » concurrentes (par un gouverneur démocrate et une assemblée locale républicaine). Aucune majorité ne se dégagerait lors de la réunion du collège électoral le 14 décembre. C’est alors la Chambre des représentants qui élirait le président. Mais, au terme de la Constitution, le vote ne s’y déroule pas par élu (les démocrates sont majoritaires) mais par délégation d’État : les républicains sont majoritaires dans 26 États, les démocrates 23. Donald Trump rempilerait. Très hypothétique mais pas totalement fictionnel.

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Deux blocs sociologiques émergent des urnes

Si l’électorat de Joe Biden, jeune et plus populaire, demeure identique à celui de Hillary Clinton, celui de Donald Trump, toujours majoritairement blanc a marqué des points auprès des minorités. (Article publié dans l’Humanité du 05 novembre 2020.)

Le scrutin présidentiel de mardi, exceptionnel par l’ampleur de la mobilisation des électeurs, a confirmé que les deux Amériques politiques qui s’affrontent sont aussi deux Amériques sociologiques : plus jeune, diplômée et diverse du côté de Biden, plus âgée et blanche du côté de Trump. L’électorat de Joe Biden ressemble (presque) à celui de Hillary Clinton…en plus volumineux (80 millions de voix prévus par rapport aux 65 millions de 2016). Il est plus jeune : 62% parmi les 18-29 ans, 52% chez les 30-44 ans. Le candidat démocrate continue de dominer parmi les électorats africain-américain (87-12) et latino (66-32) mais avec une érosion par rapport aux scrutins différents. L’ancien vice-président de Barack Obama devance le candidat républicain dans les catégories populaires (57% chez ceux qui gagnent moins de 50.000 dollars par an) et les classes moyennes (56%). La percée annoncée par les sondages et voulue par les stratèges démocrates chez les blancs diplômés (49-49) ne s’est pas réalisée. Paradoxal alors que, sur la seule base de l’antitrumpisme le candidat a recueilli la plus forte proportion de l’électorat de l’ère moderne.

Avec de 73 à 75 millions de voix, Donald Trump retrouve voire dépasse l’audience générale de W. Bush en 2000 (30,5%), bien au-dessus de sa propre performance de 2016 (27,15%). Ce seul chiffre met en lumière une ressource insoupçonnable en tout ca insoupçonnée par de nombreux observateurs du trumpisme. Le président sortant est majoritaire parmi les hommes blancs (58%, -4% par rapport à 2016) mais également parmi les femmes blanches (55%, +3%), de même que parmi les plus de 50 ans (51%) Sans surprise, il réalise son meilleur score parmi les blancs sans diplôme (64%). Il faut ici se méfier des clichés. Ne pas disposer de sésame universitaire n’est pas synonyme de situation sociale précaire, surtout pour les plus âgés des salariés qui ont commencé leur carrière dans un contexte où la « formation sur le tas » et la promotion sociale avaient encore une certaine effectivité. Trump est minoritaire parmi toutes les catégories de revenus sauf parmi ceux qui gagnent plus de 100.000 dollars (54%). Cela confirme ce que plusieurs études avaient mis à jour ces dernières années : l’archétype de l’électeur trumpiste est un « faible diplôme, haut revenu. » Un quart seulement de son électorat répond à un critère fondamental des catégories populaires (pas de diplôme, revenu inférieur au revenu médian.)

Sa « base » n’a donc pas changé fondamentalement, sauf… Elle a effectivement pris quelques couleurs grâce à sa progression dans quelques parties de l’électorat : il recueille 18% chez les hommes noirs (contre 13% en 2016, 11% pour Mitt Romney en 2012 et 8% pour John Mc Cain en 2008), particulièrement entre 30 et 44 ans. Même constat parmi les hommes latinos (36%, +4%), avec une pointe parmi les plus de 60 ans (39%). On peut formuler deux hypothèses : la campagne de Trump a réussi à éroder le vote démocrate chez les jeunes actifs noirs et des latinos plus âgés, certainement plus conservateurs. Il a réussi à doubler son score (de 14% à 28%) parmi les L.G.B.T. En Georgie, cette part monte à 33%. Là encore, le phénomène est plus masculin que féminin. Le point commun de ces électorats est que le parti démocrate les considère comme « captifs. » Dans le New York Times, le chroniqueur Charles Blow commente : « Tout ceci pointe le pouvoir du patriarcat blanc et l’attraction qu’il a pour ceux qui en dépendent ou y aspirent. Cela perce quelque soit le genre ou l’orientation sexuelle ou même la race (…) Des personnes qui ont historiquement été oppressés vont se tenir aux côtés de leurs oppresseurs et vont aspirer au pouvoir par sa proximité. » Cela dénote également d’un brouillage des repères dans une Amérique où les inégalités explosent, un racisme ordinaire est promu directement depuis la Maison Blanche.

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Trump et Biden, pour une poignée de grands électeurs

Joe Biden a remporté le suffrage universel mais n’est pas encore assuré d’une victoire au collège électoral. Dans une tentative unique de coup de force, Donald Trump a proclamé sa victoire, alors que des bulletins sont encore à dépouiller. (Article publié dans l’Humanité du 4 novembre 2020.)

Le spectre de 2016 et d’une nouvelle victoire de Donald Trump au collège électoral malgré une défaite au vote populaire a rôdé durant toute la nuit. Puis l’ombre de 2000 – l’intervention inopinée de la Cour Suprême afin de délivrer la victoire au candidat du parti républicain – a obscurci la levée du jour. Mais c’est finalement un scénario original qui semble s’écrire pour l’édition 2020 : une victoire de Biden pour une poignée de grands électeurs en complément de quelques millions de voix d’avance. Les totalisations finales seront certainement rendues publiques vendredi au plus tard mais, à l’heure où ces lignes étaient écrites, le puzzle s’assemble favorablement pour le candidat du parti démocrate face au sortant républicain qui, justement, a tenté de contrecarrer cet alignement des planètes par une initiative unique dans l’histoire du pays : l’autoproclamation.

La tentative du coup de force

« Nous avons gagné l’élection. » Alors que des millions de bulletins étaient encore à dépouiller, Donald Trump a tenté dans la nuit de mardi à mercredi de court-circuiter le processus électoral. C’était prévisible si ce n’est prévu. Et on sait pouvoir compter sur le président sortant pour ne jamais reculer devant une faute de goût ou un faux pas volontaire. En l’occurrence, il s’agit sans doute de la plus grave atteinte au fonctionnement démocratique des institutions dont il est censé être l’un des garants. « On est devant et de loin, mais ils essaient de nous voler l’élection », avait-t-il tweeté, quelques minutes auparavant, assurant qu’il porterait l’affaire devant la cour suprême. Sans vergogne, les républicains avaient assumé de nommer au plus vite Amy Coney Barrett afin de disposer d’une cour au grand complet. « C’est une situation extrêmement inflammable et le président vient de jeter une allumette au milieu », a réagi Chris Wallace à Fox News, la chaîne préférée des conservateurs.  La plus haute instance judiciaire du pays ne mettra pas son nez dans les opérations de dépouillement et comptages tant que celles-ci ne seront pas terminées. Elle pourrait intervenir à un stade ultérieur en cas de contestation d’un an ou plusieurs Etats de résultats assez serrés. « Ce n’est ni mon rôle ni celui de Donald Trump de déclarer qui a gagné l’élection. C’est la décision du peuple américain », a réagi Joe Biden. Cette tentative de coup de force s’apparente à un aveu de faiblesse de la part du locataire de la Maison Blanche. Quel candidat, sûr de son fait, ne souhaiterait pas que le processus de dépouillement aille à son terme et livre un verdict aussi transparent qu’indiscutable ? Elle n’en repose pas moins sur une situation que peu d’observateurs avaient prédit ou anticipé : non seulement, Donald Trump n’avait pas été emporté par une vague bleue mais son petit canot de sauvetage, chahuté par les flots, entre autres, de son inaction face à la pandémie, se portait encore plutôt pas mal.

Les ressources du trumpisme

En quatre ans, la base minoritaire de Donald Trump demeure minoritaire tout en se renforçant de plusieurs millions d’électeurs : 63 millions en 2016, 66 millions (en cours). Aucun vote sanction à l’horizon. Plutôt même une adhésion élargie. Dans le cadre d’une participation record (le chiffre final n’est pas encore connu mais les prévisions tablaient sur 156 à 160 millions d’électeurs), le milliardaire a attiré à lui une part de l’électorat (autour de 30%) plus importante qu’en 2016 (27%). Il rejoint le niveau de mobilisation de W. Bush en 2004. Les progressions sont souvent spectaculaires : de 4,6 à 5,6 millions de voix en Floride, de 4,6 à 5,8 au Texas, de 2,1 à 2,8 en Caroline du Nord, de 2 à 2,5 en Géorgie. Le point commun de ces Etats est qu’ils figurent dans la catégorie des « swing states ». L’enjeu a surmobilisé l’électorat trumpiste. Dans quelle mesure les sondages qui annonçaient un raz-de-marée démocrate ont-ils eu pour effet de convaincre des électeurs conservateurs ou nationalistes de sortir de leur réserve civique ? D’où viennent ces électeurs tellement bien « cachés » qu’aucun institut de sondage ne les avait repéré ? Aucune réponse satisfaisante ne peut être trouvée dans l’enquête sortie des urnes réalisée par le New York Times. L’avance de Donald Trump aurait fondu de 21% à 15% parmi les électeurs blancs tandis que la part même de ceux-ci dans l’électorat général reculait de 70% à 65%. Le président nationaliste et xénophobe progresse certes parmi les minorités (32% de l’électorat latino contre 29%, 8% du vote africain-américain contre 12%) sans que cela ne puisse expliquer pour autant la percée générale. Des études plus pointues aideront à éclairer ces zones d’ombre mais il ne fait aucun doute que Trump a réussi à faire voter des centaines de milliers, voire des millions d’électeurs jusqu’alors en marge ou hors du système électoral, au cœur de sa cible privilégiée : des blancs de plus de 50 ans, sans diplôme mais aux revenus moyens ou confortables.

Les limites de l’antitrumpisme de Biden

Pour la septième fois en huit scrutins présidentiels, le candidat démocrate devance son adversaire républicain en nombre de voix. Au final, Joe Biden disposera d’un matelas d’avance plus confortable que celui d’Hillary Clinton. Le parti démocrate ne pourra se contenter de ces maigres satisfactions. Quoi qu’il arrive, victoire ou défaite de Biden au bout du comptage, l’ancien vice-président de Barack Obama a manqué sa double cible : noyer le président sortant sous une force électorale jamais vue et emporter avec le Sénat afin de chasser les républicains de tous les lieux de pouvoir à Washington. Et si, au fond, le problème se nichait dans la formulation même : battre les républicains plutôt que promouvoir son propre programme ? Après la victoire de l’ancien vice-président de Barack Obama face au sénateur socialiste du Vermont lors de la primaire démocrate, la stratégie des élites a été établie et appliquée jusqu’au jour J : Joe Biden devait cultiver l’antitrumpisme comme unique signe de ralliement. Le meilleur moyen, leur semblait-il, de rassembler Alexandria Ocasio-Cortez, la députée socialiste de  New York, et John Kasich, l’ancien gouverneur républicain anti-avortement et anti-syndicaliste de l’Ohio. Avec reproduction presque à l’infini de cette alliance défensive dans chaque Etat décisif. Même si Joe Biden devient, le 20 janvier prochain, le 46e président des Etats-Unis, ce choix s’est avéré défectueux bien que longtemps payant dans les sondages. La Floride incarne cette impasse. Afin de ne pas prêter le flanc aux attaques des républicains sur le caractère « socialiste » de son programme, Joe Biden y a mené une campagne, comme ailleurs dans le pays, sur le retour à la décence. Résultat : Donald Trump l’emporte plus largement qu’en 2016 (375.000 voix de plus contre 113.000), grâce notamment à une surmobilisation des cubains-américains de Miami, tandis que l’une des mesures-phares de la plateforme du parti démocrate, le salaire minimum à 15 dollars de l’heure, était plébiscité par 60,8% des électeurs du même Etat. Bernie Sanders avait alerté à plusieurs reprises durant ces dernières semaines sur le manque de substance de la campagne de Joe Biden, appelant à être plus offensif et à mettre en avant le projet « le plus ambitieux depuis la Grande société de Lyndon Johnson. » S’il est élu, Joe Biden devra se souvenir de ce programme même s’il ne l’a pas porté auprès des Américains.

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De la vague bleue au hold up, les quatre scénarios d’une élection hors norme

Alors que 160 millions de votes sont attendus, Joe Biden est le favori, mais les chances de Donald Trump demeurent. L’Amérique va sans doute connaître l’élection la plus civique de son histoire et peut-être la plus surprenante, voire incontrôlable. (Article publié dans l’Humanité du 3 novembre 2020.)

Cette élection rentrera certainement dans les livres d’Histoire. C’est presque acquis. Tout y contribue. L’enjeu : faire du « premier président blanc » (la formule est du journaliste écrivain africain-américain Ta-Nehisi Coates) l’homme d’un seul mandat. Le contexte sanitaire : la pandémie en est à son troisième pic, a frappé 9 millions de personnes et en a abattu 230.000 morts. La méthode : alors que les bureaux de vote ouvrent ce matin comme de tradition le premier mardi qui suit le premier lundi de novembre, on s’apprête à vivre l’élection présidentielle la plus civique depuis les années 60. Demeure cette inconnue : par quelle porte entrera-t-elle dans ce grand panthéon des événements ?

La vague bleue

Personne ne s’attend à vivre une soirée électorale comme les autres, avec le puzzle des Etats qui s’assemble au fil de la nuit américaine et le nom de l’élu connu au petit matin. Les raisons en sont multiples : refus de Donald Trump de s’engager à accepter les résultats du vote ; participation historique qui va engorger, ici et là, un système électoral désuet ; processus de comptage d’un nombre historiquement élevé de bulletins envoyés par correspondance. Un seul scénario peut déjouer la perspective d’une interminable attente: un résultat tellement clair et massif qu’il ne peut être contestable. En l’occurrence, et en l’état des derniers sondages comme des analyses des votes anticipés, il ne peut clairement pas s’agir d’une déferlante en en faveur de Donald trump. Seule une vague démocrate peut clore le chapitre de l’élection 2020, quelques heures seulement après la fermeture des derniers bureaux de la côte ouest. Quelle forme peut-elle prendre?  Tout d’abord, une avance nette dans le vote populaire, même si, au final, celui-ci n’est d’aucune importance : disons, entre 5 et 10% (la dernière moyenne des sondages indiquaient 7,5%), soit de 7 à 15 millions de voix d’avance. Elle serait alors de même ampleur que la dernière « vague bleue » en date, celle des élections législatives de mi-mandat : 10 millions de voix et 8,5% d’avance. Ce « landslide » (raz de marée) national doit, pour ne souffrir d’aucune contestation, se matérialiser dans les Etats clés. Hypothèse : Joe Biden remporte largement les trois du Midwest (Pennsylvanie, Michigan et Wisconsin) perdus par Hillary Clinton en 2016, et empoche, en supplément l’Arizona et la Caroline du Nord avec une marge confortable, soit un total de 304 grands électeurs (majorité à 270). Si la Floride voire la Géorgie s’ajoutent à la liste, c’est banco pour le parti de l’âne. A l’unisson, les républicains perdent leur majorité au Sénat et les démocrates maintiennent la leur à la Chambre des représentants. Présidence-Chambre-Sénat : grand chelem pour les démocrates, qui peuvent rapidement se lancer dans la transition et dans les premières mesures marquantes du mandat. C’était le scénario rêvé des stratèges démocrates jusqu’à la résurgence de craintes avec d’ultimes sondages

Le chaos

Sans « vague bleue », c’est la boîte de Pandore. Joe Biden remporte le vote populaire par une marge plus étroite que celle indiquée par les sondages depuis des mois. Dans nombre de « swing states », les résultats seront suffisamment serrés pour que Donald Trump n’y reconnaisse pas sa défaite (si tel est le cas) et fasse envoyer l’armée d’avocats à pied d’œuvre depuis de nombreux mois. Coup de tonnerre même : en fin de soirée, le président sortant annonce que son avance est telle en Pennsylvanie qu’il ne peut plus être rattrapé sauf fraudes massives. Sur les écrans, les chiffres qui s’actualisent lui accordent une forme de véracité : il devance largement Joe Biden. Mais ce sont les votes effectués en personne le jour même (mode privilégié par les républicains) qui s’affichent. Le résultat du vote par correspondance, utilisée majoritairement par les démocrates, n’apparaissent pas encore. Il reste des millions de bulletins à compter : ils ont été enregistrés par les autorités et l’on peut suivre en direct sur internet le volume restant à dépouiller. Peu importe, Trump créé la confusion. Des groupes armés font leur apparition autour de bureaux où sont centralisés les bulletins. Trump persiste et revendique la victoire en Floride et en Caroline du Nord, alors que les opérations de comptage ne sont pas terminées. Avec le Texas et la Georgie qui tombent dans son escarcelle, il twitte : « SECOND MANDAT. MERCI L’AMERIQUE. » Les avocats des deux candidats ont lancé des dizaines de recours devant des tribunaux. Les décisions de juges fédéraux sont contradictoires tandis que la contestation des  totalisations est contestée, ici par un camp, là, par un autre. En Pennsylvanie, on s’écharpe pour savoir si les signatures sur chaque enveloppe reçue sont bien correspondantes. Au Texas, les démocrates font appel d’une décision judiciaire qui annule le vote de 120.000 citoyens effectués à Houston en « drive-through » (bulletin déposé à un comptoir au volant de sa voiture.) En Georgie, les associations de défense des droits civiques constatent que des dizaines de milliers d’Africains-Américains n’ont pas pu voter alors qu’ils étaient dûment inscrits. En Floride, les machines censées comptabiliser les bulletins multiplient défaillances et pannes. Les comtés les moins aisés – notamment autour de Miami, où réside une forte population africaine-américaine – en sont les principales victimes. Bref, la situation de 2000 en Floride est de retour, mais démultipliée à l’échelle de plusieurs Etats. Dans les rues, rassemblements et manifestations se multiplient, avec parfois accrochages et affrontements. Ensuite ? C’est le principe de la boîte de Pandore : on ne sait ce que l’on y trouve en l’ouvrant.

 2016, le remake

Autre scénario possible: Joe Biden recueille 49,95% des voix, soit 80 millions de voix. Donald Trump : 46,1% et 73,8 millions de voix. Comme annoncé par le politologue Michael Mc Donald, le taux de participation est historique : 67% (bien plus que les 63,8% de Kennedy-Nixon en 1960 et les 61,6% d’Obama-Mc Cain en 2008). Avec 6,2 millions de voix de plus que Donald Trump, Joe Biden double l’avance de Hillary Clinton. Pourtant, il subit le même destin et ne prêtera pas serment le 20 janvier 2021. Donald Trump dispose de 279 grands électeurs contre 259 à l’ancien vice-président de Barack Obama. Au bout des comptes, recomptes et décisions de justice, les résultats validés sont sans appel. Le président sortant a remporté la Floride avec 65000 voix d’avance. Il a surtout réédité son exploit de 2016 en Pennsylvanie (18000 voix d’avance), exploitant au mieux, dans cet Etat qui profite du boom du gaz de schiste et du gaz naturel, de la « gaffe » de Biden appelant à sortir de l’ère des énergies fossiles. Et réalisé un « comeback » dans l’Arizona, Etat historiquement conservateur dont les changements démographiques laissaient augurer d’un virage vers les démocrates, pour devancer de 8000 voix Joe Biden. Jamais, depuis la fondation du pays, la distorsion entre le « vote populaire » et le collège électoral n’a été de cette ampleur. L’Amérique antitrumpiste descend dans la rue pour demander une réforme du système, par ailleurs souhaitée par une majorité d’Américains. La réponse des républicains est claire : NO. En vingt ans, ce système leur a permis de remporter la présidence tout en étant minoritaire en voix. Des appels à la sécession montent dans le Vermont, à New York et en Californie.  

Le hold up

Cette bonne vieille démocratie américaine n’a pas réussi à organiser une élection juste et équitable aux résultats incontestables. Le collège électoral est censé se réunir, Etat par Etat, le 14 décembre afin que les grands électeurs – qui ne sont tenus par aucun mandat, dans un tiers des Etats – désignent le président. Problème : aucune issue n’a été trouvée dans un certain nombre d’Etats. Pire : en Caroline du Nord et en Pennsylvanie, deux « certifications ont été envoyées » à Washington, l’une par le gouverneur démocrate, l’autre par les assemblées à majorité républicaine. A partir de là, deux versions sont envisageables. Saisie, la cour suprême exige que le vote ait lieu en temps et en heure. En l’absence des délégués de plusieurs Etats, aucune majorité ne se dégage. Ce qui renvoie la décision à la Chambre des représentants. Astuce de la Constitution : on n’y vote pas par député, mais par délégation. La Californie et ses 53 députés compte autant que le Wyoming et son unique député. Même si le parti de Joe Biden et Nancy Pelosi a renforcé sa majorité de quelques unités le 3 novembre, 27 Etats ont une majorité de députés républicains contre 23 à majorité démocrate. Donald Trump est réélu président des Etats-Unis. Ou alors, par un moyen ou par un autre, une majorité des neuf juges de la plus haute instance judiciaire du pays accordent sur le tapis vert le plomb d’une défaite en or d’une victoire. La juge Amy Coney Barrett, nommée au pas de charge par les républicains du Sénat, apporte la voix décisive. Donald Trump n’avait pas caché son intention de faire trancher une Cour Suprême au complet. Le (mauvais) tour est joué.

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