Archives de Catégorie: Eclairages

Armes à feu: la surprenante enquête

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315 millions d’armes pour 320 millions d’Américains : l’affolante statistique, (re)découverte après le massacre de Newton, nous avait presque collectivement poussés à penser que tous les Américains étaient des dingues des « guns », presque tous « coupables ». Et voici qu’une enquête bouscule une idée reçue. Plus même, les données de la dernière livraison du General Social Survey (GSS), grande enquête sociologique réalisée depuis 1972 par le National Opinion Research Center (NORC) de l’Université de Chicago, et présentées par le Violence Policy Center, une fondation favorable au contrôle des armes (http://www.vpc.org/) nous indique que de moins en moins d’Américains possèdent une arme à feu. Vous avez bien lu, oui. En 2010 (date de la réalisation de l’étude qui vient de sortir), 20% des Américains étaient détenteurs d’une de ces armes contre 30% en 1985 à son plus haut. Une arme se trouve ainsi dans 32% des foyers (contre 54% en 1977).

Un certain nombre de facteurs expliquant cette spectaculaire décroissance sont ensuite.

Le vieillissement de la population détentrice d’armes – des hommes blancs, et le peu d’intérêt des jeunes pour les armes.

La fin de la conscription militaire.

Le recul de la pratique de la chasse.

Les mesures qui limitent l’utilisation des armes.

On pourrait ajouter aussi : la baisse de la part des Blancs dans la population.

La question vient alors naturellement : pourquoi ce blocage américain sur les armes alors que la base sociale de ces utilisateurs baisse ?

Pour esquisser une réponse, voici : la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby (plus des fabricants que des possesseurs, d’ailleurs) a incontestablement marqué des points idéologiques et politiques dans la bataille d’interprétation du second amendement. Celui-ci dit : « Une milice régulée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit du peuple à détenir et porter une arme ne doit pas être enfreint. » Le lobby y voit un droit « personnel » de chaque Américain. C’est cette lecture qui a été reprise dans une loi votée sous Reagan. Car, oui, l’affaire est récente. Elle ne date pas des Pères fondateur ou du Far West. La lutte idéologique de la NRA a participé de la (contre) révolution conservatrice lancée au début des années 70.Mais à l’instar du conservatisme américain à bout de souffle, la NRA ne dispose plus d’une majorité. Une carte de la possession d’armes (voir ci-dessus) nous éclaire assez rapidement : le « pays des armes » est principalement celui qui vote Romney. C’est aussi le « pays de la Bible ». Le Sud et les grandes plaines. Ce même « bloc évangélico-conservateur » défait, une fois de plus, dans les urnes, qui va tenter par l’obstruction des élus républicains au Congrès, d’empêcher des évolutions législatives alors que des évolutions réelles dans le pays ont déjà eu lieu.

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Falaise fiscale : deux, trois choses sur l’acte I

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La grosse frayeur est passée : les Etats-Unis n’abordent pas l’année  en situation de défaut de paiement. Mais l’accord trouvé in extremis ne donne que deux mois de répit : fin février, la question du plafond de la dette se reposera. En attendant l’acte II, que retenir de l’acte I ?

–          Mini-défaite pour les Républicains.

On aurait pu aussi écrire : mini-victoire pour Obama. Mais comme ce sont les Républicains qui détiennent la majorité au Congrès et qui ont décidé de faire de l’obstruction systématique, prenons le compromis dans ce sens-là. 238 représentants et 41 sénateurs membres du Grand Old Party avaient en effet signé « l’engagement de Norquist », du nom de l’ultra-conservateur républicain. L’engagement ? Refuser toute hausse d’impôt fédéral, quelle qu’elle soit. Certains des appelants se sont déjugés et ont voté l’accord qui s’est dessiné à l’heure du réveillon. Les impôts augmenteront bien pour les familles gagnant plus de 450.000 dollars par an (400.000 pour un célibataire). Le relèvement est modeste (de 35 à 39% pour les revenus salariaux et de 15 à 20% sur les dividendes). Durant sa campagne, Barack Obama avait fixé le seuil à 250.000 dollars. Il a transigé mais on peut légitimement considérer qu’il a marqué un point sur le principe même si l’épisode signe un énième échec de sa stratégie de recherche de solutions « bipartisanes ».

–          Confirmation de la polarisation croissante de la vie politique

Si quelques républicains – des sénateurs, surtout – ont abandonné en rase campagne la vache la plus sacrée de leur parti, une immense majorité des élus ont refusé de transiger. On peut trouver l’une des explications dans une enquête récente de Nate Silver, le « M. Sondage » du New York Times (http://fivethirtyeight.blogs.nytimes.com/2012/12/27/as-swing-districts-dwindle-can-a-divided-house-stand/?emc=eta1). En 2012, le nombre de circonscriptions disputées n’a jamais été aussi faible (35 contre en 1992) et celui des districts ultra-bleus ou ultra-rouges jamais aussi élevé : 117 pour les démocrates (contre 65 en 1992) et 125 pour les républicains (58 en 1992). A Washington, les députés sont en quelque sorte les porte-paroles fidèles de leurs électeurs, nous dit le journaliste. Le redécoupage de 2010, effectué suite au recensement de la population, a renforcé l’homogénéité sociale et politique des districts électoraux. La seule chose que peut craindre un représentant républicain élu avec 75% des suffrages c’est d’être concurrencé sur sa droite lors des prochaines primaires s’il ne s’avère pas assez ferme sur les « fondamentaux ». Comme les représentants sont élus tous les deux ans…  Et comme les électeurs républicains se radicalisent… Le processus vaut aussi pour le côté démocrate de l’échiquier, aussi bien avec la radicalisation des électeurs eux-mêmes (voir dans le précédent post la façon dont les démocrates déclarés abordent le sujet de la falaise fiscale : https://presidentiellesamericaines.com/2012/12/26/mur-fiscal-ce-quen-pensent-les-americains/) que des députés. Les rangs du « caucus » progressiste au Congrès, créé en 1991 (http://cpc.grijalva.house.gov/), n’ont jamais été aussi bien garnis. Il est désormais le plus important « caucus » parmi les élus démocrates tandis que le caucus des « blue dogs » (démocrates conservateurs) est passé en quelques années de 54 à 14… Pour information, le graphique en tête du poste montre que les courbes de la polarisation à la chambre des représentants celle des inégalités sociales (mesurées par le coefficient de Gini) s’épousent parfaitement, comme les travaux de Nolan McCarty, Keith T. Poole et Howard Rosenthal l’ont mis en lumière dès 2006 (voir http://voteview.com/polarized_america.htm). Pour un tableau complet de cette polarisation : http://www.people-press.org/files/legacy-pdf/06-04-12%20Values%20Release.pdf.

– Comme les économistes prévoient un accroissement des inégalités dans les années à venir…

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Armes à feu : Los Angeles contre l’Utah

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Depuis quelques jours, il n’y en a que pour l’Utah. Des dépêches, des articles qui reprennent les dépêches, des reportages télés. Jeudi, 200 enseignants (contre une quinzaine habituellement) ont participé à la formation annuelle au maniement des armes. Quelques semaines après le massacre de Newton, chaque média y voit évidemment une progression d’une réaction inspirée par la NRA (National Rifle Association), le puissant lobby, qui, par la voix de son président, a déclaré la semaine dernière : « Le seul moyen d’arrêter un méchant armé d’un revolver, c’est un gentil armé d’un revolver. »

On a même eu droit au titre ou au lancement : « l’idée fait son chemin aux Etats-Unis ». Il est évident que la peur entretenue après Newton a provoqué, chez de nombreux Américains, une position de repli et d’armement. Mais encore faut-il préciser que l’Utah, dont on fait le théâtre de tout un pays, est le 45e Etat par sa population (2,7 millions d’habitants dont 60% de mormons), que c’est un bastion du parti républicain (Romney, régional de l’étape, y a recueilli 72% des suffrages), très lié à la NRA, et qu’il figure déjà dans le peloton de  tête des Etats avec le plus fort taux d’armes par habitant.

Il y a une autre Amérique dans sa façon de se comporter après Newton : c’est l’Amérique de Los Angeles (3,8 millions d’habitants soit 40% de plus que l’Utah), bastion démocrate (Obama y a décroché trois-quarts des suffrages). Mercredi, la ville a réalisé une opération d’échange d’un type un peu particulier : des bons d’achat contre des armes à feu. 100 dollars pour un pistolet, 200 pour un fusil d’assaut. « Je pense que tout le monde a été traumatisé, a déclaré Antonio. Villaraigosa, le maire. Les gens se sont dit ’’on ne va pas attendre le Congrès, j’en ai marre des débats interminables sur la législation des armes à feu, je veux agir. » »  Bilan : 2037 armes à feu, dont 75 armes d’assaut et deux lance-roquettes, récupérés.

Sur la question des armes à feu, Los Angeles et l’Utah symbolisent parfaitement le bras-de-fer à l’œuvre aux Etats-Unis. Mais que l’on cesse de nous faire croire, par des reportages qui cèdent toujours au sensationnalisme et au cliché, que toute l’Amérique est à l’image de l’Utah…

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« Mur fiscal » : ce qu’en pensent les Américains

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Dans quelques jours, si rien ne change, les Etats-Unis finiront dans le « mur fiscal ». Enfin, ils se préparent surtout à sauter dans le vide puisque outre-Atlantique, il s’agit du « fiscal cliff ». Allez savoir comment une « falaise » est devenue un « mur », ici… Bref. Les Républicains font de l’obstruction, comme d’habitude. Et Barack Obama fait des concessions (comme d’habitude), pourtant considérées comme insuffisantes par ses adversaires (encore et toujours, comme d’habitude). Et si nous sortions un peu du face à face Maison Blanche-Capitole pour savoir ce qu’en pensent les Américains. Une enquête réalisée par le très sérieux Pew Research Center.

Commençons par les mesures rejetées.

56% sont opposés à au recul de l’âge d’éligibilité (actuellement 65 ans) à Medicare (le système de protection sociale pour les seniors), 55% à la baisse des dépenses militaires. 55% également au recul de l’âge de la retraite (55%). 58% disent « non » à la réduction des fonds publics pour les services sociaux et 77% à celle du budget de l’éducation.

Les mesures majoritaires, désormais.

Réduire les pensions de retraite pour les hauts revenus : 51%

Réduire les prestations Medicare pour les plus hauts revenus : 51%.

Augmenter le taux d’imposition sur les revenus du capital et des dividendes. : 52%.

Limiter les défiscalisations : 54%.

Augmenter les impôts pour les revenus de plus de 25000 dollars : 69%

Apparaît clairement une option : celle de faire payer leur «  part juste » (fair share) aux plus hauts revenus qui ont bénéficié de deux plans de réductions massives sous Bush (2001 et 2003) et qui n’ont jamais été aussi peu imposés depuis les années 20.

Si l’on entre dans le détail en fonction du positionnement partisan des personnes interrogées, on peut tirer quelques enseignements intéressants :

–          La mesure phare de l’augmentation des impôts pour les plus riches reçoit l’assentiment des démocrates (86%), mais aussi des indépendants (68%) et même des républicains (52%). La position « ultra » sur ce sujet (comme sur d’autres) des élus républicains au Congrès ne reflète même pas l’approche de leur électorat. Obama pourrait (devrait) en jouer.

–          Tout comme il pourrait (devrait) s’appuyer sur la grande cohérence politique de sa base sociale et électorale. Que pensent les électeurs démocrates ? Qu’il faut augmenter les impôts pour les plus riches (86%), on l’a vu. Mais aussi, contrairement aux électeurs républicains,  qu’il faut réduire le budget militaire (57%), ou augmenter le taux d’imposition sur les revenus du capital et des dividendes (62%).

Bref, l’opinion publique est clairement derrière Obama. Comment s’en servira-t-il contre les Républicains. S’en servira-t-il, simplement ?

 

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Armes à feu: ce que dit la Constitution

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Depuis le massacre de Newton, on a de nouveau entendu et lu que le droit de porter des armes était garanti par la Constitution. Or, ce n’est pas le cas.

Que dit le second amendement ? « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».

Un mot d’abord sur le contexte historique. Cet amendement fait partie du Bill of Rights voté en 1791 qui inscrit dans le marbre les droits fondamentaux des citoyens des Etats-Unis.  La « milice bien organisée », citée dans l’amendement, renvoie évidemment à celle dont le rôle fut si important, pendant la guerre d’indépendance opposant les colonies à la Monarchie britannique, infiniment supérieure en termes de puissance militaire régulière. Dans la Constitution, ce droit apparaît comme un bouclier face à d’éventuelles menées tyranniques.

Depuis deux siècles, le second amendement est l’objet d’une bataille d’interprétation. Pour aller au plus vite, on peut dire que c’est l’approche du lobby de la NRA (National Rifle Association) et du parti républicain – droit individuel – qui domine face à la lecture du camp favorable à la régulation et au contrôle. Ce dernier souligne – à juste titre, à notre avis – que le second amendement parle d’un droit « collectif », puisqu’il est stipulé « le peuple », non « les citoyens » et que la référence au cadre – « une milice bien organisée » – de ce droit est explicite. Ce droit n’est donc pas illimité.

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Que fera Obama de sa victoire ?

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Les électeurs du « Yes, we can » ont finalement décidé de ne pas se laisser voler leur victoire de 2008 en laissant des Républicains, plus extrêmes que jamais, revenir à la Maison Blanche. Ils se sont rendus aux urnes en plus grand nombre que ne le laissaient présager les sondages. Barack Obama devance ainsi de plus d’un million de voix Mitt Romney, ce qui lui permet de remporter l’immense majorité des « swing states » et d’être largement majoritaire dans le collège électoral (303 à 206, en attendant la fin du décompte en Floride). Les premières enquêtes montrent que le président doit sa réélection à la mobilisation des jeunes et des Latinos, dont le rôle politique ne pourra se limiter à sauver tous les quatre ans la mise des démocrates…

C’est à la fois une sacrée victoire et une sacrée défaite. Le sens du scrutin du mardi 6 novembre tient en cette réalité gémellaire. Une sacrée victoire, évidemment, pour Barack Obama dont on ne peut contester qu’il a hérité de l’une des pires situations de l’Histoire du pays, entre la Grande Récession et deux guerres en cours. Une sacrée défaite, de manière toute aussi évidente, pour les Républicains et leur candidat, Mitt Romney. Ils s’étaient jurés, en prenant possession de la Chambre des représentants en 2010, de faire d’Obama « le président d’un seul mandat ». Ils ont échoué. Pire, pour le Grand Old Party : depuis la fin de la guerre froide, son candidat n’a obtenu l’assentiment de la majorité des électeurs qu’à une seule reprise, en 2004, pour la réélection de George W. Bush, en plein choc post-traumatique collectif. A cinq reprises, désormais (1992, 1996, 2000, 2008 et 2012), une majorité des votants lui ont préféré le représentant de son adversaire séculaire.

La question est désormais de savoir ce que le président réélu compte faire de sa victoire. Si le vote de mardi change beaucoup de choses puisqu’il le relégitime, il lui offre paradoxalement le même paysage parlementaire. Les Républicains gardent leur majorité – même légèrement amoindrie – à la Chambre des représentants tandis que les démocrates renforcent leur contrôle sur le Sénat.

Comme on se doute trop de ce que les républicains feront eux de leur victoire – l’ignorer voire la dénier, blâmer Romney puis poursuivre leur dérive -, Obama devra, jusqu’aux prochaines élections parlementaires en 2014, affronter leur obstruction. Comment y fera-t-il face ? Par la recherche illusoire du consensus, véritable constante de son premier mandat ? Sortira-t-il du jeu washingtonien que les Américains, autant ceux de droite que de gauche, vomissent ?

Pour situer l’enjeu, il faut refaire un peu d’Histoire, comme nous y invite l’intellectuel new-yorkais, Eli Zaretsky, dans son récent ouvrage « Left ». Il rappelle qu’à chacune des grandes crises du pays (l’esclavagisme, la crise économique de 1929 et ses suites, les années 60), la gauche a joué un rôle central dans le contenu des réponses apportées (l’abolition, le New Deal, les transformations culturelles). Son analyse : les Etats-Unis traversent une quatrième grande crise qui nécessite l’émergence d’une quatrième gauche. Coupons court aux éventuelles spéculations : Barack Obama ne sera jamais l’incarnation de cette gauche. Au mieux, il pourrait s’appuyer sur les acteurs et les mouvements progressistes de la société dont les référendums locaux ont encore montré à quel point ils comptaient dans ce pays. Il devrait commencer par faire son deuil du grand mythe du consensus. Lincoln a-t-il aboli l’esclavage par consensus ? Lyndon Johnson a-t-il signé la loi sur les droits civiques suite à un consensus ? La première décision de Roosevelt ? Fermer les banques, faire voter une loi régulatrice et les y soumettre. A rebours, le premier geste de Reagan ? Virer les contrôleurs aériens en grève. Aucune « révolution » américaine n’a germé dans une chimère « bipartisane ».

En lui confiant un second mandat, malgré certaines déceptions ou récriminations, le « peuple de 2008 » a envoyé un double message : le refus absolu des recettes républicaines et, en miroir, l’appel à des solutions aux problèmes du pays. Lors de son discours, à Chicago, mercredi matin, Barack Obama a assuré que la mobilisation des électeurs démocrates et cette campagne le rendaient « plus déterminé et inspiré que jamais ». Il avait grandement raison d’insister sur l’incroyable travail militant et l’organisation huilée qui lui ont sans doute permis de décrocher ce second mandat. Une question, encore une, mais la plus candide de toutes, consume notre plume : pourquoi n’utiliser cette force qu’une fois tous les quatre ans ?

Son premier test se profile déjà à l’horizon: la « falaise fiscale ». La formule renvoie à la question de l’endettement et au compromis passé en août 2011 entre démocrates et républicains qui arrive à expiration le 31 décembre. Si aucun nouvel accord n’est trouvé, un mécanisme dit « de séquestration » entrera automatiquement en vigueur le 1er janvier : expiration des réductions d’impôts pour les plus riches décidées sous Bush comme de la baisse de cotisations sociales incluses dans le plan de relance d’Obama ainsi que des coupes dans le budget de la défense et des programmes sociaux. Un banc d’essai grandeur nature pour « Obama II ».

Article publié dans l’Humanité dimanche du 07 novembre

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JOUR J, 23h15. Comment les Républicains veulent limiter le droit de vote et de représentation

Des problèmes commencent à surgir en Ohio, en Floride, notamment, dont on reparlera peut-être dans les heures à venir. Le moment de lire ou relire cet article paru dans l’Humanité du 30 octobre.

Charcutage électoral et lois restreignant l’accès au vote des plus démunis : voilà comment les Républicains tentent de désamorcer la « bombe à retardement » démographique, selon la formule de Scott Keeter, directeur d’études au Pew Research Center, le grand institut américain d’enquêtes d’opinion. Plutôt que de tenter de séduire les « minorités » par un nouveau discours, le G.O.P. (Grand Old Party, son surnom) tente d’amoindrir et, à défaut, de contourner le vote des Latinos et des Africains-Américains.

Dans près d’une dizaines d’Etats où il se trouve au pouvoir, le parti de droite a voté, au nom de la lutte contre la fraude, des lois imposant des nouvelles conditions pour l’inscription sur les listes électorales, notamment la production d’une pièce d’identité avec photo, principalement un permis de conduire dont ne disposent pas un grand nombre parmi les plus défavorisés. Ces projets ne passent pourtant pas comme une lettre à la poste : fin août, une cour fédérale a censuré la loi texane. Les juges ont cité l’exemple de citoyens qui résidaient à des centaines de kilomètres du bureau le plus proche pouvant leur délivrer le nouveau document exigé. « Pareil voyage serait particulièrement décourageant pour les travailleurs pauvres », ont-ils estimé. D’autres lois d’Etat du même acabit ont également été retoquées. Mais le parti républicain n’est jamais en retard d’une idée rétrograde. En Floride, les personnes condamnées pour crimes non-violents ayant purgé leur peine ont été déchues de leurs droits civiques, par une nouvelle loi. 200.000 personnes, parmi lesquels 23% d’Africains-Américains, ne pourront donc  pas voter. Au total, les organisations des droits civiques estiment que 5 millions de citoyens, appartenant aux catégories ayant assuré la victoire d’Obama en 2008, seraient empêchés de voter le 6 novembre.

Comme le parti de Romney ne peut pas empêcher tous les électeurs des « minorités » de voter, il faut rendre le plus « indolore » possible leur poids électoral. Il faut dire que le parti républicain a un problème particulier : sa base arrière, le Sud, est la partie du pays où le dynamisme démographique des « minorités » est le plus fort. A l’immigration latina (Texas, Floride mais aussi la Caroline du Sud, la Georgie), s’ajoute l’afflux d’Africains-Américains qui quittent les villes du Nord et du Midwest pour rejoindre la « Sun Belt ». Les législatures républicaines ont donc procédé à des redécoupages qui reviennent, selon le quotidien progressiste The Nation « à reségréguer le Sud ».

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Sondage J-1 : statu quo annoncé

Obama à la Maison Blanche, les Républicains majoritaires à la Chambre et les démocrates au Sénat : voilà la photographie donnée par les derniers sondages.

Présidentielles. L’institut Rasmussen donne à Romney un petit point d’avance au plan national tandis que CNN annonce une égalité parfaite. Mais le plus important, on le sait, réside dans le résultat des « swing states ». Dans l’Ohio, cela va de l’égalité à un avantage de 5 points pour Obama… Romney reste solide en Floride. Coude-à-coude en Virginie. Mais léger avantage au président sortant dans le Colorado, le New Hampshire et l’Iowa. Au total, le site Real Clear Politics (RCP) crédite Obama de 303 grands électeurs contre 235 à Romney. Le petit génie des sondages, Nate Silver, qui officie au New York Times donne au président 86% de chances de l’emporter.

Chambre des représentants. En 2010, lors des élections de mi-mandat, une abstention record (82 millions d’électeurs contre 132 lors de la présidentielle de 2008) sanctionnait les démocrates qui perdaient 63 sièges, leur pire revers depuis 1938. Des Républicains radicalisés par les Tea Parties prenaient ainsi le contrôle de la Chambre. Cette année, le curseur ne frétille pas beaucoup. Selon RCP, les républicains obtiendraient 224 sièges (la majorité est à 218) contre 178 aux démocrates. 33 sièges font l’objet d’un duel serré. Quoi qu’il en soit, la chambre restera « rouge » (la couleur du parti républicain).

Sénat. Ce serait également la stabilité à la chambre haute du Congrès. Les démocrates garderaient leur majorité (53 sièges contre 47) mais l’avantage étant plus ténu, des surprises peuvent encore survenir.

Si Obama est réélu et si les Républicains maintiennent leur stratégie d’obstruction (on ne voit franchement pas pourquoi ils en changeraient), soit l’Amérique repartira pour deux années de bisbilles stériles entre White House et Capitol Hill, soit il faudra au président réélu trouver d’autres leviers que le traditionnel jeu politique washingtonien. Laissons tout de même voter les Américains.

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Késako (4) : pourquoi Obama et Romney ne feront pas 100%

Cela vous a peut-être chatouillé à la lecture des sondages. Obama et Romney au coude à coude 48-48. Ou l’un devance l’autre 49-48. Bref, l’addition des pourcentages attribués par les enquêtes d’opinion aux candidats des deux grands partis ne font jamais 100%. L’explication est simple: parce qu’il y a d’autres candidats en lice, dont personne ne parle jamais comme c’est le cas à chaque élection. Ces « petits » candidats n’ont pas réussi à remplir les conditions dans tous les Etats mais une immense majorité des Américains auront la possibilité de voter pour l’un d’entre eux. Présentation succincte.

Gary Johnson, du parti libertarien, à la droite du parti républicain. Favorable à un minimum de réglementations (pas d’Etat-Providence, pas d’impôt), au libre-échange et aux libertés (y compris celle, pour les individus, de se droguer, et celle, pour les Etats, de prendre des mesures de ségrégation raciale) il sera présent dans l’ensemble des Etats exceptés deux. Le parti républicain craint un « scénario 2000 » à rebours. Il y a douze ans, Ralph Nader, des Verts, avait recueilli 2,73% au plan national et 1,63%, soit 97000 voix, en Floride là où il en manquait 500 à Al Gore pour battre W. Bush et accéder à la Maison Blanche. Cette année, Gary Johnson pourrait priver Mitt Romney des quelques voix qui viendraient à lui manquer dans l’Ohio ou le New Hampshire : c’est en tout cas la crainte de quelques stratèges républicains qui en ont surtout fait un argument auprès des électeurs de droite afin qu’ils ne dispersent par leurs suffrages.

Jill Stein, candidate du Green Party. Présente dans une quarantaine d’Etats, elle subit de plein fouet la « jurisprudence 2000 » et l’effet vote utile qui joue à plein en faveur d’Obama. Pendant cette campagne, ce médecin du Massachusetts a été arrêtée alors qu’elle tentait de pénétrer dans l’université au sein de laquelle allait se dérouler un des débats Obama-Romney, arguant que la démocratie américaine méritait un vrai débat. « Nous n’avons pas besoin de diriger l’Amérique comme une entreprise ou comme les militaires. Nous avons besoin de diriger l’Amérique comme une démocratie », répète cette femme de 62 ans. La pierre angulaire de son programme, c’est un « new deal vert » : transition vers une économie durable, droit d’avoir un emploi à salaire décent, un secteur financier servant les Américains, renforcement du pouvoir citoyen.

Virgil Goode, du Constitution Party, lui-aussi à droite du parti républicain. Formation d’extrême-droite, même, selon de nombreux observateurs. En 2008, les candidats de cette formation avaient recueilli moins de 200000 voix.

Rocky Anderson, du Justice Party, ne sera présent que sur les bulletins d’une quinzaine d’Etats. Le candidat est un ancien maire de Salt Lake City qui se situe à gauche de l’échiquier politique. Il se prononce pour une réforme du financement des campagnes, la fin des réductions d’impôts pour les plus riches et une protection sociale universelle.

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Sondages J-2: coude à coude dans l’Ohio

La liste des Etats prétendant au statut de « faiseur de roi » se raccourcit de jour en jour. Il n’en reste quasiment plus qu’un : l’Ohio. Romney ne sera pas président s’il n’emporte pas cet Etat du Midwest. Un Républicain n’a jamais occupé la Maison Blanche sans avoir préalablement gagné entre Cleveland et Colombus. Obama pourrait s’en passer à condition de remporter la majorité des autres « swing states » (Floride, Virginie, Colorado, New Hampshire, Iowa). Le sondage du jour, réalisé par le Columbus Dispatch, donne deux points d’avance au président sortant (50-48). La marge d’erreur étant de 2,2 points, l’incertitude règne encore et toujours. Romney est majoritaire chez les électeurs blancs (53-45) mais le carton plein d’Obama parmi les Africains-Américains (95%) lui donne le léger avantage évoqué. « Obama a un avantage, mais une forte participation des républicains pourrait donner l’Ohio à Romney », commente le journal, sans vraiment se mouiller. On pourrait ajouter : une forte mobilisation des démocrates (qui fera l’objet d’un « post » demain) placerait l’Ohio dans l’escarcelle d’Obama quelle que soit la participation des républicains.

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